"Les banques centrales vont avoir du mal à normaliser leur politique monétaire"

©BNY Mellon IM

Shamik Dhar, économiste en chef du gestionnaire d’actifs anglo-saxon BNY Mellon IM, est le principal porte-parole de la vision macroéconomique et géopolitique du groupe. Il a présenté à L’Echo ses attentes pour les 24 prochains mois, sur fond de disruption et de conséquences de la crise financière 2008.

Le contexte économique va-t-il changer fondamentalement durant les deux prochaines années?

CV express
  • Diplômé de l’université d’Oxford.
  • Sa longue carrière (plus de trente ans) s’est déroulée en grande partie dans le service public, notamment au ministère des Finances, à la Banque d’Angleterre et plus récemment au Foreign and Commonwealth Office, où il occupait la fonction de chef économiste depuis 2014.
  • Il a repris ce rôle auprès de BNY Mellon IM en septembre 2018.

Je pense que le contexte restera grandement similaire à celui qui a dominé durant les dix dernières années. Même aux Etats-Unis, le produit national brut par habitant reste encore largement inférieur à ce qu’il aurait dû être sans la crise financière. Cela suggère une poursuite de la croissance faible et avec une inflation modérée, avec une baisse du taux de chômage qui ne semble plus en mesure d’entraîner une augmentation plus rapide des salaires. Dans ce contexte, les banques centrales continueront d’avoir des difficultés pour normaliser leur politique monétaire, et la faiblesse des taux obligataires continuera de peser sur les économies d’une population vieillissante. Les craintes d’une accélération de l’inflation me semblent exagérées dans l’état actuel des choses.

Quel est l’impact sur votre stratégie d’investissement?

La corrélation entre les actions et les obligations reste encore négative pour le moment. Ces deux classes d’actifs ont donc tendance à se couvrir mutuellement, ce qui explique le succès des stratégies multi-actifs flexibles depuis quelques années. La baisse du stimulus monétaire injecté par les grandes banques centrales va toutefois s’atténuer fortement durant les deux prochaines années, avec des bilans qui auront plutôt tendance à dégonfler. Ce contexte devrait globalement être plus favorable aux gestionnaires actifs.

"La corrélation entre les actions et les obligations reste négative. Ces deux classes d’actifs ont donc tendance à se couvrir mutuellement."
Shamik Dhar
BNY Mellon IM

Quelle est votre appréciation des innovations toujours plus rapides dans nos sociétés?

Nous sommes aujourd’hui dans une phase incroyablement excitante, avec une frontière entre les humains et les machines qui a tendance à disparaître. Nous sommes au début de ce processus, avec de nombreuses innovations qui sont encore à venir et qui constitueront des opportunités majeures pour les investisseurs. L’évolution de la productivité a été relativement décevante depuis la grande crise financière, mais j’estime que cette faiblesse est en partie liée à celle de la demande, et en partie à la difficulté de calculer de manière adéquate le prix des choses, notamment dans le domaine des données. Je ne serais pas surpris que nous assistions à un redressement de la productivité durant les prochaines années.

Les phrases clés

"Même aux Etats-Unis, le produit national brut par habitant reste encore largement inférieur à ce qu’il aurait dû être sans la crise financière."

"La faiblesse des taux obligataires continuera de peser sur les économies d’une population vieillissante."

"Cette révolution technologique a le potentiel d’augmenter la part des salaires dans le revenu dégagé au niveau national, ce qui sera en définitive positif pour nos économies."

Faut-il craindre l’impact des robots sur la force de travail?

Les bouleversements ont toujours donné lieu à une phase de chômage technologique. Cette révolution va entraîner une diminution de la taille des forces de travail au niveau des entreprises, mais ce ne sera pas vrai au niveau national. Les robots ne vont pas subitement prendre tous les emplois, et l’innovation technologique depuis 200 ans n’a jamais entraîné une diminution du niveau d’emploi, mais une augmentation de la demande pour de nouvelles formes de travail. Cette révolution technologique a même le potentiel d’augmenter la part des salaires dans le revenu dégagé au niveau national, ce qui sera en définitive positif pour nos économies.

Quels sont les autres points d’attention pour les deux prochaines années?

Tout d’abord, il existe des opportunités importantes dans le développement des énergies renouvelables, avec des coûts qui deviennent de moins en moins élevés alors que les besoins en capacité restent encore importants afin d’assurer la transition énergétique de nos économies développées. Les investissements dans ce domaine vont rester significatifs. Un autre point d’attention est la prise de conscience des pouvoirs politiques face à la puissance des grands groupes technologiques, qui vont faire face à davantage de contrôles, notamment si le niveau d’innovation n’est plus suffisamment important ou si les prix ne sont plus en adéquation avec la position qu’ils occupent.

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