Les bénéfices des IPO? C'est pour les initiés

La valeur de la société Lyft, introduite en Bourse sept ans après sa création, était déjà de 24 milliards de dollars au moment de son IPO. ©REUTERS

Aux Etats-Unis, la nouvelle vague d’introductions en Bourse (IPO) est devenue le terrain de jeu des "insiders". La plupart des bénéfices se retrouvent dans les poches des premiers investisseurs et investisseurs institutionnels qui réussissent à obtenir des actions lors des IPO. Les petits actionnaires doivent se contenter des miettes.

Pinterest, Lyft, Slack comptent parmi les investissements du célèbre fonds de capital à risque de la Silicon Valley, Andreessen Horowitz. Le succès des fonds d’investissement comme Andreessen Horowitz, qui sont uniquement accessibles aux "happy fews", révèle une nouvelle réalité sur le marché des IPO (ou Initial Public Offering). En 1997, lorsqu’Amazon est entrée en Bourse trois ans après sa création, son IPO s’est faite à une valorisation d’un peu plus de 400 millions de dollars. Un investisseur ayant acheté pour 1.000 dollars d’actions est aujourd’hui millionnaire, vu que la capitalisation boursière actuelle du distributeur en ligne est de 900 milliards de dollars.

Par contre, la valeur de la société Lyft, introduite en Bourse sept ans après sa création, était déjà de 24 milliards de dollars au moment de son IPO, ce qui exclut un potentiel de hausse comparable à Amazon. Ce potentiel est aujourd’hui beaucoup plus souvent capté par des acteurs comme Andreessen Horowitz qui, grâce à leurs poches bien garnies, peuvent détenir plus longtemps des start-ups avant leur cotation en finançant leur croissance à des conditions intéressantes. Le cofondateur Ben Horowitz l’a reconnu lors d’une interview avec le quotidien économique britannique The Financial Times.

"D’un point de vue purement égoïste, c’est super que les start-ups attendent plus longtemps avant d’entrer en Bourse et produisent beaucoup de valeur sur le marché privé, a indiqué Horowitz. Pour nous, c’est fantastique. Mais une grande partie de cette croissance n’est plus accessible aux investisseurs du marché public, ce qui crée des inégalités. C’est regrettable."

Les start-ups apprécient cet intérêt des fonds d’investissement, car cela leur permet de travailler pendant plus longtemps en toute discrétion, sans les obligations d’information et la pression qui va de pair avec une cotation en Bourse. De leur côté, les fonds nagent dans le cash des particuliers fortunés qui cherchent un rendement supplémentaire dans un univers de taux bas. Les start-ups peuvent devenir des "licornes", en d’autres termes des entreprises non cotées d’une valeur d’au moins 1 milliard de dollars. Aux Etats-Unis, elles sont au nombre de 130, ce qui explique d’emblée pourquoi le nombre d’IPO a fortement reculé ces dernières années.

Rendement négatif après 5 ans

Maintenant que ces licornes se décident enfin à entrer en Bourse, l’enthousiasme des investisseurs qui ont attendu longtemps dans le froid peut facilement s’expliquer. Le danger est cependant réel que cet enthousiasme pousse exagérément les valorisations vers le haut, alors que les investissements dans les IPO sont de facto risqués, comme le confirme un rapport publié par UBS, qui se base sur les chiffres du spécialiste américain des IPO, Jay Ritter.

©Mediafin

Ceux qui obtiennent des actions lors d’une IPO – ce qui n’est pas une sinécure pour les petits investisseurs – peuvent encore espérer engranger un beau rendement. Depuis 1980, les plus-values réalisées le premier jour des IPO s’élèvent en moyenne à 18%.

Ensuite, c’est généralement la chute brutale. Six mois plus tard, lorsque les primo-investisseurs ont pu revendre pour la première fois leurs actions, le rendement tombe à 6%. Si l’on remonte à 2000, la perte moyenne est même de -2% après six mois. Après cinq ans, le rendement annuel moyen est de 6%, soit 4 points de moins que le marché.

Un autre chiffre confirme le danger d’investir dans une IPO: au cours de la période 1975-2011, 60% de toutes les IPO affichaient un rendement négatif cinq ans après leur premier jour de cotation. À l’inverse, un petit club affichait une hausse d’au moins 1.000% (voir infographie).

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