Les bourses mondiales ont virevolté comme jamais au premier semestre

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Malgré la nette reprise observée depuis la mi-mars, le bilan de la première partie de l’année reste plus que morose pour la plupart des bourses mondiales. Qui a gagné et qui a perdu? Et dans quelle mesure ce semestre fou a-t-il changé les règles du jeu boursier?

Où étiez-vous pendant le pire krach boursier du siècle ? Plus que probablement en confinement. Où étiez-vous pendant le rallye boursier le plus spectaculaire du siècle ? Plus que probablement en confinement. Le 30 juin signe la fin du semestre boursier le plus contrasté de notre histoire, où les extrêmes se sont côtoyés suite à l’émergence d’un ennemi aussi imprévisible qu’invisible.

Le coronavirus a fait basculer les actions dans les abysses pour les faire ensuite remonter vers des niveaux record. La pénurie de liquidités a été suivie par une flambée inédite de mesures de relance de la part des pouvoirs publics et des banques centrales. Le "bull market" (marché haussier) est subitement devenu un "bear market" (marché baissier) pour redevenir aussi rapidement un "bull market". Et le tout en à peine six petits mois ! Qui sont les gagnants et qui sont les perdants ? Et quelles leçons pouvons-nous en tirer pour l’avenir ?

Quelques réussites individuelles

Commençons par le grand gagnantCopenhague. La bourse danoise est la seule au monde à afficher une croissance à quasiment deux chiffres (+9,78% depuis le début de l’année). Le Danemark menace ainsi dangereusement la suprématie du vainqueur absolu du moment: la bourse technologique Nasdaq, qui aborde l’été avec une hausse de 10%. Les Danois doivent ces résultats impressionnants au poids important des entreprises pharmaceutiques, comme le producteur de vaccins Novo Nordisk et la vedette du monde biotechnologique Genmab, qui a réussi à conclure un contrat avec le géant pharmaceutique AbbVie en pleine crise du coronavirus.

+9,78%
Copenhague
La bourse danoise est la seule au monde à afficher une croissance à quasiment deux chiffres.

Le contraste avec le pays voisin, la Norvège, est frappant: à cause de sa forte exposition au secteur pétrolier, le pays a perdu près d’un quart de sa valeur boursière et fait moins bien que des pays comme le Botswana ou le Monténégro, qui ont bien résisté. Aux côtés de Copenhague et du Nasdaq, on trouve deux Etats baltes – la Lituanie et la Lettonie – qui sont les seules bourses au monde à clôturer le semestre dans le vert.

En dehors de ces quelques succès, la situation n’est pas rose pour le reste du continent européen. Les bourses européennes ont en effet dû abandonner 12% en moyenne au cours de la première partie de l’année. Aux Etats-Unis, les dégâts sont plus limités. A la mi-juin, l’indice S&P 500 a retrouvé son point d’équilibre pour ensuite replonger et clôturer le semestre en légère perte (-5,5%). La Chine, berceau du coronavirus, a fait encore mieux avec une perte minime d'un peu plus de 3% de l’indice Shanghai Composite.

"La Chine et les Etats-Unis restent nos marchés préférés pour la seconde partie de l’année, mais l’Europe a amorcé un mouvement de rattrapage", explique Vincent Juvyns, stratégiste en chef chez JPMorgan AM. La grande banque américaine a changé son conseil de vente en "position neutre" pour les actions européennes. L’Europe a été pénalisée à cause de la forte présence du secteur bancaire, qui souffre du contexte de taux bas et du risque accru de défauts de paiement.

"Mais cela rend le Vieux Continent plus attrayant pour la seconde partie de l’année", poursuit Juvyns. "L’Europe dispose d’un filet social plus performant que les Etats-Unis, où les chiffres du chômage explosent. Notre sécurité sociale – plus développée – est souvent critiquée, mais en cas de crise, elle protège le pouvoir d’achat dont l’économie a précisément besoin."

"La Chine et les Etats-Unis restent nos marchés préférés pour la seconde partie de l’année, mais l’Europe a amorcé un mouvement de rattrapage."
Vincent Juvyns
Stratégiste en chef chez JPMorgan AM

En Amérique Latine – aujourd’hui le principal foyer de Covid-19 au monde – rien ne va plus. Les bourses de Colombie et du Brésil en font les frais à cause respectivement de leur forte exposition au secteur (cyclique) de la construction et de la chute de la demande dans le secteur pétrolier. Leurs bourses se traînent 40% en dessous de leur niveau du 1er janvier 2020.

I love techno

Au niveau sectoriel, les valeurs technologiques sont en plein essor: suite au recours quasi généralisé au télétravail, au rush sur le commerce en ligne et à la demande de connexions rapides pour échanger des données, le secteur a réalisé en quelques mois un bond en avant qui aurait demandé plusieurs années dans des circonstances normales.

Ceci explique non seulement le triomphe du Nasdaq, mais aussi l’avance de la Bourse d’Amsterdam – dont le poids lourd n’est autre que l’entreprise technologique ASML (qui produit des machines à fabriquer des puces électroniques et représente désormais 15% de l’indice phare AEX) – par rapport à Bruxelles. Amsterdam affiche encore une perte d'un peu plus de 7%, tandis que Bruxelles, où la technologie brille par son absence, doit vivre avec un recul deux fois plus important.

"Pour le second semestre, la technologie semble également être un bon choix", confie Juvyns. "Je ne conseille pas de vendre les gagnants. Les secteurs qui ont bien monté comme les technologies, la pharmacie et dans une moindre mesure les entreprises de télécoms, ont augmenté pour de bonnes raisons. Elles continueront à faire partie des gagnants lorsque la crise du Covid-19 se calmera."

"Pour le second semestre, la technologie semble également être un bon choix."
Vincent Juvyns
Stratégiste en chef chez JPMorgan AM

Pour Juvyns, les secteurs à éviter sont les services aux collectivités et l’immobilier.

Game changers ?

Tant que l’orchestre des banques centrales continue à jouer, les investisseurs peuvent danser, résument les experts de la maison de bourse Quintet (Puilaetco) dans leur analyse des perspectives. Même si l’on rencontre de plus en plus de scepticisme. Jamais les investisseurs ne se sont montrés aussi divisés quant à la durabilité de la reprise boursière, peut-on lire dans une étude de Bank of America. Lorsqu'un plus un ne fait plus deux sur un marché dopé grâce à l’endettement, il est temps de détaler, explique un pessimiste qui préfère rester anonyme.

"Il est très difficile de faire des pronostics", poursuit Juvyns. "Mais j’ai l’impression qu’en cas de deuxième vague, les marges de manœuvre pour remettre l’économie à l’arrêt seront plus étroites. Au lieu de perdre leur temps à discuter pour savoir s’il faut privilégier les actions de valeur ou de croissance, les investisseurs devraient plutôt se diversifier pour protéger leur portefeuille. Je considère les obligations souveraines chinoises comme une valeur refuge: elles offrent un coupon de 7,5% en trois ans sur un marché dont le profil d’endettement n’est pas plus risqué que la Belgique."

Juvyns ne s’attend pas à voir débarquer de nouveaux et jeunes investisseurs pour faire remonter le marché, à l'image de ceux que draine la plateforme Robinhood aux Etats-Unis. "Ils sont là et nous sommes contents qu’ils y soient. Mais leur impact est minime. Le fossé entre les pauvres et les riches continue à représenter une ligne de rupture démographique. Les jeunes ne disposent tout simplement pas des moyens suffisants pour influencer le marché."

Cet été, avec des résultats semestriels attendus en rouge vif – où nous connaîtrons pour la première fois le véritable impact de la crise du coronavirus sur les entreprises –, les investisseurs doivent s’attendre à quelques moments de vérité. Ces résultats pourraient mettre du sable dans l’engrenage du rallye boursier. L’attention des investisseurs devrait également se tourner de plus en plus vers les élections présidentielles américaines. Une victoire de Biden, qui a pris de l’avance dans les sondages, pourrait se traduire par une hausse de l’impôt des sociétés, mais aussi par davantage de sérénité sur le front géopolitique. Sur ce plan également, les investisseurs sont divisés.

"Mais il ne faut surtout pas sous-estimer ce qui se trouve sur la table en Europe", conclut Juvyns. "Si le fonds d’urgence de 500 milliards d’euros concocté par Macron et Merkel trouve du soutien cet été au niveau européen, cela pourrait donner un solide coup de pouce à la reprise."

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