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Les caprices de Trump ont fait flancher les Bourses

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La Bourse européenne qui a payé le plus lourd tribut aux derniers caprices de Donald Trump, c’est celle de Francfort. Elle a perdu 4,57% sur la semaine. À Bruxelles, le Bel 20 s’est contracté de 2,6% à 3.869,18 points.

Que vaut encore le discours optimiste du nouveau président de la Banque centrale américaine (Fed) sur l’économie américaine, quand deux jours plus tard le Président des Etats-Unis annonce vouloir taxer les importations d’acier de 25% et de l’aluminium de 10%? Le brouillard s’est répandu comme une traînée de poudre sur l’ensemble des marchés financiers de la planète. De Wall Street aux places asiatiques, en passant par celles d’Europe.

En ayant exprimé mardi son "sentiment personnel" selon lequel "l’orientation économique s’est renforcée depuis décembre", Jerome Powell le nouveau patron de la Fed qui a tenu son premier oral semestriel devant le Congrès américain, a donné à penser aux investisseurs que les hausses des taux d’intérêt allaient s’accélérer outre-Atlantique. Ce qui a eu pour conséquence d’affaiblir la tendance sur les Bourses.

C’est l’annonce deux jours plus tard par Donald Trump d’une augmentation des droits de douane pour l’acier et l’aluminium, que les marchés ont plus nettement basculé dans un trend dépressif.
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Mais c’est l’annonce deux jours plus tard par Donald Trump d’une augmentation des droits de douane pour l’acier et l’aluminium, que les marchés ont plus nettement basculé dans un trend dépressif. Ils ont alors accumulé des pertes avoisinant les 3-4% en 2 jours. Du coup, l’indice Dow Jones de la Bourse de New York a porté son repli à 3,5% sur la semaine, à 24.429 points (à vendredi 18h). En Europe, l’indice Stoxx 600 a, lui, reculé de 3,68% à 367,13 points. Déjà que cet indice avait eu beaucoup de mal à remonter la pente depuis la correction des marchés il y a un mois. Le voilà de retour à ses plus bas niveaux de l’année.

La Bourse européenne qui a payé le plus lourd tribut aux derniers caprices de Donald Trump, c’est celle de Francfort. Elle a perdu 4,57% sur la semaine. Malgré la tenue d’élection en Italie ce dimanche dont l’issue est incertaine, le FTSE MIB (-3,35%) de la Bourse de Milan n’a pas cédé autant de terrain. À Bruxelles, le Bel 20 s’est contracté de 2,6% à 3.869,18 points.

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Bien que la Corée soit le principal exportateur asiatique vers les Etats-Unis, la Bourse de Séoul est parvenue à limiter son repli à 2% sur la semaine

L’indice DAX 30 allemand accuse désormais une baisse de 12,2% depuis son pic historique du 23 janvier. Ce jour-là, le DAX 30 avait clôturé à 13.559,6 points, avant de revenir à 11.909 points vendredi. Le fait que l’Allemagne est le pays de la zone euro qui exporte le plus vers les Etats-Unis explique la sous-performance du DAX 30. Mais pas seulement. Bien que la Corée soit le principal exportateur asiatique vers les Etats-Unis, la Bourse de Séoul est parvenue à limiter son repli à 2% sur la semaine, et à 5,6% depuis son sommet historique de la fin janvier.

En fait, on sait que le climat des affaires se détériore depuis plusieurs semaines déjà en Allemagne. L’enquête IHS Markit censée prendre le pouls de l’activité dans le secteur manufacturier allemand, l’a encore confirmé jeudi. La crise politique avait été pointée du doigt. Mais aussi l’ascension de l’euro qui était monté jusqu’à 1,2555 dollar vers la mi-février, avant de revenir à 1,23 dollar à la veille de ce week-end.

Plus d’inflation ou moins de croissance?

Si Donald Trump persiste dans son projet, il y a tout lieu de penser que les semaines à venir seront difficiles pour les marchés d’actions. Ces droits de douane conduiraient à des hausses de prix pour les produits fabriqués et, in fine, à accroître les pressions inflationnistes.

Chef économiste chez Barclays à New York, Michael Gapen estime que "ces droits feraient monter le taux d’inflation de 0,1 point de pourcentage, à la condition que les entreprises arrivent à répercuter totalement la hausse des prix". Le recul du rendement du bon du Trésor à 2,83% contre 2,95% il y a une dizaine de jours, ne permet pas toutefois de pencher pour ce scénario. Jusqu’à présent du moins.

"Dans un scénario conjuguant une sortie des USA de l’Alena avec des droits de 25% sur les importations chinoises et de 10% sur celles venant de Corée du Sud et de Taïwan, la croissance mondiale serait ramenée de 3,2% cette année à 2,5% l’an prochain."
Oxford Economics

Pour d’autres, si une guerre commerciale devait s’ensuivre, cela affectera la croissance mondiale. "Dans un scénario conjuguant une sortie des USA de l’Alena avec des droits de 25% sur les importations chinoises et de 10% sur celles venant de Corée du Sud et de Taïwan, la croissance mondiale serait ramenée de 3,2% cette année à 2,5% l’an prochain", évalue Oxford Economics, leader de la prévision mondiale et de l’analyse quantitative. Ce ralentissement frapperait en premier lieu les Etats-Unis, où, disent certains, la croissance pourrait se réduire de 0,2 point, tandis que des pertes d’emplois seront à prévoir.

Les marchés des métaux de base paraissent opter pour ce second scénario. Les prix ont baissé sur un large front ces derniers jours. Selon les économistes d’ANZ Remarque, "les droits douaniers américains augmentent les risques d’une guerre commerciale mondiale qui freinera la croissance économique et pèsera sur le secteur des métaux".

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