Les cinq pièges à éviter si vous investissez dans une société de chèques en blanc

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Les SPAC sont la grande hype boursière du moment. Quelques conseils si vous ne pouvez résister à la tentation de suivre cette nouvelle mode.

Une SPAC – ou Special Purpose Acquisition Company – est un véhicule utilisé pour réaliser une acquisition. Vu que leur cible n’est pas connue au moment de leur création, les SPAC ont été baptisées "sociétés de chèques en blanc". Car lorsque vous investissez dans une SPAC, vous émettez en quelque sorte un chèque en blanc avec lequel l’initiateur – appelé "sponsor" – essaiera d’acheter une entreprise. L’opération doit avoir lieu dans les deux ans suivant la création de la SPAC, sinon l’investisseur récupère son investissement. Par convention, une SPAC entre en bourse au prix de 10 dollars par action, qui équivaut donc à sa trésorerie du moment.

Les SPAC existent depuis des décennies mais sont restées longtemps sous le radar. Elles ont souvent offert une solution aux sociétés peu populaires qui ne réussissaient pas à entrer en bourse en suivant la voie classique. Une de ces entreprises est le groupe de communication par satellite Iridium. Il se remettait d’une faillite et est entré en bourse en 2009 par le biais d’une SPAC. Depuis lors, et contre toute attente, l’action a suivi un parcours sans faute.

Auparavant, l’argent investi dans des SPAC pouvait se retrouver dans les poches de personnes mal intentionnées. Aujourd’hui, la législation – très stricte – exige que le cash soit sécurisé jusqu’au moment de l’acquisition. Cela explique pourquoi les SPAC – avant la fusion – ne se négocient jamais loin sous les 10 dollars.

En 2019, le flamboyant entrepreneur britannique Richard Branson a opté pour une SPAC pour son entreprise aéronautique Virgin Galactic au lieu d’une entrée en bourse traditionnelle, ce qui a donné aux SPAC leurs lettres de noblesse. Tout d’un coup, de nombreux CEO – surtout d’entreprises technologiques – se sont mis à considérer les SPAC comme une alternative valable pour entrer en bourse. Les heureux propriétaires de la SPAC Virgin ont vu leur investissement démultiplié.

Les SPAC offrent des gains potentiels élevés combinés à un potentiel de baisse limité tant qu’elles ne sont pas juridiquement transformées en sociétés opérationnelles après l’acquisition de leur cible. Pour leurs défenseurs, détenir quelques SPAC, en plus d’actions classiques, apporte de la diversification à un portefeuille.

1. Évitez ceux qui cherchent l’argent facile

La règle d’or consiste à éviter ceux qui sont à la recherche d’argent facile. Les SPAC sont devenues du "big business" et tout le monde veut sa part du gâteau. De nombreuses célébrités – allant de Shaquille O’Neil à Serena Williams – associent leur nom à une ou plusieurs SPAC pour attirer les investisseurs. Ne vous laissez pas séduire par ces personnalités et préférez-leur des hommes d’affaires expérimentés ayant fait leurs preuves dans un secteur spécifique.

Betsy Cohen est une des premières femmes américaines ayant accompli une carrière impressionnante dans le secteur bancaire. Elle a fondé sa propre banque en 1974. Après une longue carrière, elle s’est lancée dans les SPAC à l’âge de 70 ans. Cohen a lancé sa première SPAC en 2015, longtemps avant qu’elles deviennent à la mode. Le mois dernier, elle a créé sa neuvième SPAC. Toutes ses cibles se situent dans la sphère financière, son domaine d’expertise. Cette année, elle a acheté l’application boursière eToro et le conseiller financier Perella Weinberg. Ceux qui dans le passé ont investi dans ses SPAC – comme la Fintech Acquisition Corp I, II, III, etc. – se frottent les mains.

Chamath Palihapitiya a réussi à attirer la société aéronautique de Branson dans sa SPAC Social Capital Hedosophia et à écrire l’histoire. ©Bloomberg

Alors que Cohen se tient à l’écart des réseaux sociaux, Chamath Palihapitiya en est un indéfectible fan. Palihapitiya a connu quelques années de gloire en tant que directeur de Facebook, mais est depuis 2011 un investisseur en série dans des entreprises de la Silicon Valley, comme le forum de chat Slack et la mystérieuse société de data Palantir. C’est lui qui a réussi à attirer la société aéronautique de Branson dans sa SPAC Social Capital Hedosophia et à écrire l’histoire. Avec sa cinquième SPAC, il a attiré la très convoitée appli de finances personnelles SoFi. Depuis l’annonce de la transaction, la SPAC se négocie avec une prime de près de 70% au-dessus de sa position de trésorerie. Mais Palihapitiya n’a pas que des réussites à son actif: sa troisième SPAC a racheté l’appli d’assurance Clover Health et le cours est récemment plongé vers à peine plus de 7 dollars. Clover Health a fait l’objet d’un rapport cinglant de la part du "shorter" Hindenburg Research. Même si Palihapitiya est une cible privilégiée des "shorters" dans la sphère des SPAC, son bilan est globalement excellent.

Le banquier d’affaires expérimenté Michael Klein semble aussi avoir fait chou blanc avec la reprise de Multiplan. L’action se négocie à pas moins de 40% en dessous de 10 dollars. Mais le gestionnaire de Churchill Capital peut également réaliser des coups d’éclat: sa quatrième SPAC a attiré le constructeur chinois de véhicules électriques Lucid Motors. L’acquisition doit encore être finalisée, mais le cours de la SPAC caracole déjà 130% au-dessus de son niveau de trésorerie. Un cas unique. Klein a travaillé pendant 23 ans pour Citigroup, où il était proche de l’ancien CEO Sandy Weill. Dans le passé, il a été impliqué dans de nombreuses transactions historiques, de l’introduction en bourse d’Aramco à la fusion des sociétés minières Xstrata et Glencore. Dans son bureau à New York, il possède un Rolodex impressionnant entouré de citations et de gadgets de l’ancien premier ministre britannique Sir Winston Churchill, ce qui explique le nom de sa SPAC.

2. Ne payez pas beaucoup plus que 10 dollars/10 euros par action

Le cours d’ESG Core Investments, une SPAC qui cherche une cible durable, a atteint un pic à 11 euros. Aujourd’hui, vous pouvez l’acheter à un cours inférieur à sa position de trésorerie, ce qui est le cas de la plupart des SPAC n’ayant pas encore choisi de cible. La décote par rapport au cash peut s’expliquer par l’incertitude à propos du timing de l’acquisition. Certains investisseurs ont malgré tout acheté Social Capital Hedosophia VI à près de 18 dollars, ce qui s’explique par leur enthousiasme pour Palihapitiya ou par des rumeurs. Aujourd’hui, la SPAC – qui n’a encore aucune cible en vue – se négocie à 11 dollars. Il est utopique d’espérer acheter une SPAC avec une décote par rapport à sa trésorerie.

Si l’on se base sur la prime, on peut conclure que les investisseurs attendent beaucoup de Bill Ackman. Le cours de la SPAC du gourou des fonds spéculatifs – Pershing Square Tontine Holdings – se situe 25% au-dessus de sa trésorerie. C’est exceptionnel pour une SPAC n’ayant encore aucune cible en vue.

Si l’on se base sur la prime, on peut conclure que les investisseurs attendent beaucoup de Bill Ackman. Le cours de la SPAC du gourou des fonds spéculatifs – Pershing Square Tontine Holdings – se situe 25% au-dessus de sa trésorerie. C’est exceptionnel pour une SPAC n’ayant encore aucune cible en vue. Lors la cotation en bourse de la SPAC, Ackman a réussi à lever un montant record de 4 milliards de dollars, ce qui lui permettra d’aller pêcher dans un étang comptant peu de SPAC concurrentes. Ackman est devenu milliardaire grâce à ses investissements, mais dans le passé, il a aussi essuyé quelques échecs. Il a notamment perdu 1 milliard de dollars en "shortant" à tort Herbalife, au bénéfice d’un autre milliardaire, Carl Icahn.

3. Osez prendre votre bénéfice

Le jour où une SPAC annonce avoir trouvé une cible, les volumes échangés augmentent et on assiste souvent à une envolée du cours. La réaction la plus spectaculaire à une acquisition fut sans aucun doute celle de VectoIQ Acquisition. Sa valeur a été multipliée par huit pendant sa transformation en Nikola, le constructeur de camions électriques. Il ne reste pas grand-chose de ces super bénéfices, entre autres après la publication d’un rapport critique par Hindenburg Research.

4. Investissez dans plusieurs SPAC

Avec les SPAC, vous pouvez adopter une vision à court terme et prendre (une partie de) votre bénéfice au moment de l’annonce, ou vous pouvez conserver l’action pendant la transformation de la SPAC en action ordinaire. Bien entendu, le montant de 10 dollars n’est plus la valeur plancher. Le risque accru de baisse est compensé par un bénéfice potentiel plus élevé. Les anciens propriétaires de Diamond Eagle Acquisition et Kensington Capital Acquisition ont remporté le jackpot en se transformant en Draftkings (paris) et QuantumScape (lithium). Le cours des actions a respectivement été multiplié par cinq et six.

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millions de dollars
Ceux qui ont investi 5.000 dollars dans Amazon en 1997 détiennent aujourd’hui plus de 4 millions de dollars. C’est l’investissement dont tout le monde rêve.

Les SPAC offrent l’avantage de permettre à de jeunes entreprises en croissance d’accéder plus rapidement à la bourse, affirment ses partisans. Nous pouvons citer le célèbre exemple d’Amazon: ceux qui y ont investi 5.000 dollars en 1997 détiennent aujourd’hui plus de 4 millions de dollars. C’est l’investissement dont tout le monde rêve. En règle générale, on suppose qu’une société comme Amazon resterait aujourd’hui plus longtemps dans des mains privées à cause de la prédominance des fonds de Private Equity, qui captent la majeure partie du rendement à long terme. Les SPAC garantissent au contraire une entrée en bourse plus rapide, mais ces investissements dans de jeunes entreprises ne sont pas sans risque. Il vaut donc mieux répartir ses avoirs sur plusieurs SPAC. Une SPAC qui se transforme en diamant peut suffire à digérer neuf échecs.

5. Tenez compte de la fiscalité

Ceux qui conservent une SPAC jusqu’à sa transformation en société opérationnelle doivent tenir compte du fisc. Selon la nature de la transaction, il faut parfois compter avec un précompte mobilier de 30% sur l’investissement. Une enquête menée auprès des banques indique que la levée d’une taxe est plutôt exceptionnelle. Chez BNP Paribas Fortis, on indique n’avoir retenu aucune taxe lorsque Kensington s’est transformé en QuantumScape, et lorsque Social Capital Hedosophia II est devenu Opendoor (immobilier en ligne), un autre succès de Palihapitiya. Petit conseil: ne prenez aucun risque et, avant la fusion, demandez à votre courtier si une taxe sera retenue.

Une étude de Bain portant sur 121 SPAC fusionnées révèle que 40% d’entre elles se négocient en dessous de 10 dollars et que 60% affichent de moins bons résultats que l’indice S&P500.

Une étude de Bain portant sur 121 SPAC fusionnées révèle que 40% d’entre elles se négocient en dessous de 10 dollars et que 60% affichent de moins bons résultats que l’indice S&P500. Les investisseurs ont donc doublement intérêt à s’informer dans le cas d’une SPAC et à séparer le bon grain de l’ivraie.

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