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Les cinq thèmes qui vont dominer les marchés

©REUTERS

Les marchés d’actions vont rester agités cette année en raison d’inconnues sur les Faang, Donald Trump, les banques centrales et l’inflation.

1. Les Faang

L’année passée, les titres Facebook, Amazon, Netflix, Alphabet (Google) et Apple ont progressé de 49,3%, contre 19,42% pour le S&P 500. David Older, responsable actions chez Carmignac, souligne que désormais, ces titres représentent les nouveaux "Nifty fifty", qui représentent la quasi-totalité des gains du S&P 500. "À la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante, les investisseurs s’enthousiasmaient pour les Nifty fifty, les super cinquante. Au faîte de leur gloire, elles se payaient 42 fois leurs bénéfices et représentaient la quasi-totalité des gains du S&P 500", explique-t-il. "Aujourd’hui, les Nifty fifty sont les Faang", ajoute-t-il. Mais depuis la semaine passée, les Faang, ainsi que Baidu, Alibaba et Tencent, ont perdu plus de 200 milliards de dollars de valeur de marché. La chute des Faang a pesé sur le S&P 500, qui a effacé tous ses gains de l’année.

"Aujourd’hui, les ‘Nifty fifty’ sont les Faang."
David Older
gestionnaire de fonds, Carmignac

Les investisseurs n’ont pas bien réagi à la publication des résultats des Faang, à l’exception de Facebook et Amazon. Car le réseau social, en plein scandale sur les données privées exploitées par la firme Cambridge Analytica, a rappelé aux analystes qu’il dégage toujours des bénéfices et qu’il attire toujours de nouveaux utilisateurs. Alphabet, par contre, a vu huit analystes réviser leurs recommandation à la baisse suite à la publication de ses résultats. Ceux-ci s’inquiètent des dépenses d’investissement du site, qui ont doublé en l’espace d’un an. Alphabet dépense notamment pour YouTube TV, qui élargit ses chaînes disponibles.

Le dernier sondage de Bank of America/Merrill Lynch montre que les gestionnaires de fonds continuent de miser massivement sur ces valeurs. "Les grands hedge funds ne font que suivre la même tendance et peuvent faire bouger d’un coup ces valeurs", regrette Michael Purves, responsable de la stratégie chez Weeden & Co.

Autrement dit, les Faang vont continuer à dominer les marchés dans les mois qui viennent. David Older souligne que ces sociétés ont le pouvoir de collecter, d’analyser et d’utiliser les données pour développer leurs activités, ce qui leur confère un avantage de taille. "Facebook et Google dominent le marché de la publicité en ligne. Ils ont attiré à eux deux plus de 80% des dépenses mondiales dans ce domaine l’an dernier", indique-t-il. "Leur capacité de ciblage des annonces les rend encore plus attrayants pour les agences de publicité", ajoute-t-il. Amazon et Netflix savent aussi selon lui exploiter les données de leurs utilisateurs pour "s’adapter très vite aux changements de comportement d’achat, ce qui les rend particulièrement compétitives".

Depuis le début de l’année, les Faang offrent toujours une performance positive, surtout grâce à Netflix et Amazon, dont la capitalisation boursière a désormais dépassé celle d’Alphabet. Elles ont gagné plus de 14% alors que le S&P 500 a fait du surplace.

Les cinq thèmes qui vont marquer les marchés en 2018

2. Les Banques centrales

L’année 2018 avait été annoncée comme une année moins accommodante pour la politique des banques centrales occidentales. Les analystes soulignent que le changement de ton des banques centrales après des années de soutien à l’économie peut amener plus de volatilité sur les marchés.

Aux Etats-Unis, les investisseurs doivent désormais composer avec le nouveau président de la Réserve fédérale américaine. Jerome Powell a repris les rênes de l’institution en février, succédant à Janet Yellen. La présidente de la Fed avait amorcé la politique de retrait des marchés de la Fed et la remontée des taux d’intérêt. Son successeur poursuit sur sa lancée. En mars, l’institution a relevé ses taux à 1,25% et les analystes attendent encore deux hausses cette année, au minimum.

En Europe, la Banque centrale européenne doit en principe mettre fin à son programme de rachats d’actifs en septembre. Ce jeudi, le président de l’institution, Mario Draghi, n’a donné aucune indication sur le calendrier de la banque centrale. Les analystes estiment que la BCE prolongera à décembre ses rachats d’actifs car celle-ci ne peut pas se permettre un arrêt brutal de son soutien au marché. La BCE fait face à un ralentissement de la croissance économique de la zone euro, et cela ne plaide pas pour un arrêt de sa politique monétaire. Mais en attendant septembre, les investisseurs vont rester nerveux face à la réaction de la banque centrale. Chez ING DiBa, l’économiste Carsten Brzeski pense que la BCE communiquera sur son programme de rachats d’actifs en juin.

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a prévenu ce jeudi qu’elle pourrait augmenter ses taux d’intérêt plus fort et plus vite qu’elle ne le pensait il y a trois mois en raison de l’amélioration de l’économie britannique. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a même souligné que l’inflation pourrait atteindre 3% à court terme.

Au Japon, pour la première réunion de son second mandat, Haruhiko Kuroda a choisi la continuité sur le volet monétaire, mais la banque centrale a retiré la référence à l’échéance qu’elle s’était fixée pour atteindre 2% d’inflation.

Dans son rapport publié à l’issue d’une réunion de deux jours, la BoJ ne mentionne plus qu’elle espère atteindre son objectif en 2019/20.

3. La remontée des taux obligataires

Le taux américain à dix ans a dépassé les 3% cette semaine. Le taux allemand à dix ans a doublé depuis le début de l’année. Alexandre De Groote, head of fixed income sales chez Degroof Petercam, souligne que le taux américain à dix ans "a atteint les 3% plus rapidement que prévu". "On devrait atteindre 3%-3,25% d’ici la fin de l’année", prédit-il. En Europe, il rappelle que le taux allemand à dix ans avait touché 0,77% au mois de février, avant de retomber à 0,5%. "Il se stabilise désormais", constate-t-il. Mais il remarque que la remontée des taux obligataires américains a des répercussions sur la courbe des taux en Europe. En Belgique, selon lui, le taux à dix ans pourrait atteindre 1,25% avant la fin de l’année. "Tout dépendra du langage de la Banque centrale européenne", souligne-t-il.

Toutefois, des pressions à la baisse sur les taux longs européens demeurent. Car les assureurs japonais, selon l’agence Bloomberg, achètent les emprunts d’État européens qui offrent un rendement supérieur au 0,05% du taux à dix ans japonais. Les obligations européennes leur sont plus intéressantes en raison des taux d’intérêt toujours au plancher en zone euro et au Japon, ce qui diminue le risque de perte lié aux devises et abaisse le coût de la couverture pour les assureurs japonais. Au mois de mars, relève Bloomberg, ceux-ci ont acheté pour 7,1 milliards de dollars d’obligations étrangères, un montant record, et ces achats pourraient se poursuivre ce mois-ci. De quoi empêcher les taux obligataires européens de remonter fort, d’autant plus que la BCE achète toujours des emprunts d’État sur le marché.

La remontée des taux obligataires concerne aussi les taux à court terme. Aux Etats-Unis, le taux à deux ans s’affiche à 2,49%, et celui à cinq ans à 2,82%. "Le taux à 30 ans tourne autour de 3,18%", souligne Alexandre De Groote. "La courbe des taux s’aplatit alors que la Fed monte très vite ses taux à court terme. Mais cela m’ennuie un peu, car une courbe plate ou qui s’inverse s’avère un signe précurseur d’une récession", indique-t-il.

En Europe, les taux obligataires à court terme s’affichent toujours en négatif. "Le gouverneur Ewald Nowotny avait suggéré qu’il fallait ramener le taux de dépôt à -0,20%, mais ses propos personnels ont vite été rappelés à l’ordre", souligne Alexandre De Groote. Le taux à deux ans allemand atteint -0,587% et celui à cinq ans -0,041%. Le taux belge à deux ans s’affiche à -0,521% mais repasse en positif à 0,146% pour l’échéance à cinq ans. Les taux à court terme restent influencés par les taux d’intérêt plancher et le taux de dépôt négatif de la BCE. Celle-ci n’a pas indiqué vouloir dévier de sa politique de taux négatifs alors qu’aux Etats-Unis, la Réserve fédérale américaine a déjà relevé plusieurs fois ses taux d’intérêt. L’écart de taux entre l’obligation à deux ans américaine et l’allemande de même échéance s’est élargi à plus de 300 points.

4. Des cours du pétrole toujours plus élevés

"Les cours du pétrole ont un impact significatif sur les taux d’inflation des nations du G7."
L’international Journal of Economics & Finance

Le baril de Brent, référence pour les marchés européens, a pris plus de 11% depuis le début de l’année. Les prix pétroliers sont remontés à leur niveau de 2014. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a, grâce à un accord entre ses membres, gelé sa production depuis 2017 pour permettre aux cours de l’or noir de s’apprécier. Leurs efforts ont été soutenus par une interruption accidentelle de la production au Venezuela, alors que la crise économique dans le pays touche durement l’industrie pétrolière locale. Francisco Blanch, responsable de la recherche en matières premières chez Bank of America Merrill Lynch, estime que d’autres interruptions de production parmi les pays membres de l’Opep pourraient mener les cours du pétrole au-delà de 80 dollars le baril. L’Angola, un autre pays membre de l’Opep, connaît actuellement une baisse de sa production en raison de champs pétroliers offshore sous-financés. "L’Angola fait face à un sérieux problème, alors que le déclin de son taux de production devient de plus en plus visible", estime Richard Mallison, un analyste chez Energy Aspects. L’Agence internationale de l’énergie indique que depuis 2008, où la production de pétrole de l’Angola a atteint 1,9 million de barils par jour, celle-ci a diminué à 1,5 million et pourrait tomber à 1,3 million en 2023.

En outre, les sanctions américaines contre l’Iran soutiennent les cours du pétrole. "Les cours du pétrole ne devraient pas chuter de manière significative tant que la question du renouvellement des sanctions contre l’Iran n’est pas résolue", prédit Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank. Les Etats-Unis doivent se prononcer avant le 12 mai pour renouveler les sanctions contre l’Iran.

La hausse des prix pétroliers est toutefois contrecarrée par la production américaine. "La hausse de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis reste un thème clé qui pèse sur les prix du pétrole" souligne Lukman Otunuga, analyste auprès de la firme de courtage FXTM.

La récente augmentation des cours de l’or noir inquiète les investisseurs. Car celle-ci apporte des pressions inflationnistes alors que la croissance économique, surtout en Europe, montre des signes d’essoufflement. Chez Invesco, Jason Bloom, responsable de la stratégie, observe que de plus en plus de clients achètent leurs ETF (fonds indiciels) sur les matières premières pour se prémunir de la hausse de l’inflation. "Si la remontée des prix pétroliers reste soutenable, les taux d’intérêt vont remonter plus vite que prévu", prédit Tilak Doshi, un analyste de la firme de consultance Muse, Stancil & Co, qui estime que les pays importateurs, particulièrement en Asie, vont être touchés par cette remontée soudaine des taux d’intérêt. Selon l’International Journal of Economics and Finance, "les cours du pétrole ont un impact significatif sur les taux d’inflation des nations du G7".

La hausse des prix pétroliers explique aussi pourquoi le taux obligataire à dix ans a dépassé 3% cette semaine.

5. Les risques géopolitiques

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, la volatilité a fait son retour sur les marchés. Le président américain, imprévisible, a fait basculer les investisseurs dans un territoire d’"inconnues inconnues" à cause de sa politique internationale. Donald Trump a imposé le 8 mars, de manière unilatérale, des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium. Il a toutefois exempté provisoirement le Canada, le Mexique ainsi que l’Union européenne. Puis son administration a spécifiquement ciblé Pékin en dressant une liste provisoire de produits chinois susceptibles d’être soumis à leur tour à de nouvelles taxes pour compenser ces pratiques jugées inéquitables. Le président américain accuse la Chine de "pratiques commerciales déloyales" qui font du tort aux entreprises et travailleurs américains. Il déplore en particulier le "transfert forcé de technologies américaines" et le "vol de propriété intellectuelle". Le géant asiatique a répliqué avec l’annonce de représailles potentielles dans des proportions identiques, faisant redouter une guerre commerciale.

"Nous pensons que certaines concessions seront faites et qu’en dépit des tweets ponctuels que pourrait diffuser le président américain, la situation finira par s’apaiser", veut croire Fabiana Fedeli, responsable actions fondamentales internationales chez Robeco. Toutefois, "si toutes les négociations venaient à échouer et qu’une véritable guerre commerciale éclatait, les marchés d’actions subiraient un double coup dur", prévient-elle.

La nomination de faucons nationalistes aux postes clés de la Maison-Blanche fait aussi peur à certains investisseurs. Car ils craignent que les Etats-Unis ne se lancent à nouveau dans un conflit avec des États jugés ennemis.

Les prochains mois s’annoncent encore plein de rebondissements avec la politique internationale de Donald Trump, même si cette semaine, les tensions géopolitiques sont retombées avec le sommet entre les deux Corées.

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