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analyse

Les devises émergentes ne sont pas au bout de leur peine

La chute des prix du pétrole qui a amputé les ressources financières des pays producteurs de brut, comme la Russie. Le rouble a perdu près de 16% depuis fin 2019. ©REUTERS

Le rand sud-africain, la livre turque et le réal brésilien comptent parmi les plus attaquées. Certaines comme le yuan chinois et le riyal saoudien sont parvenues à limiter les dégâts.

Annus horribilis pour les devises émergentes. Nombre d’entre elles accusent des chutes depuis la fin de 2019 que l’on avait plus enregistrées depuis des années, et qui rappellent que leurs marchés sont destinés principalement aux investisseurs expérimentés. Toutes ne sont toutefois pas soumises à la même enseigne. "Il y a des devises fortes, d’autres pas", affirme d’emblée Frank Vranken, stratégiste en chef chez Puilaetco. "Leur évolution est liée avant tout à la balance commerciale (exportations-importations) de ces pays, ainsi qu’aux budgets nationaux selon qu’ils soient en surplus ou en déficit."

Parmi les devises qui se tiennent le mieux, outre le sol péruvien (-2,7%), il y a le renminbi chinois (-1,6%) malgré l’épidémie de coronavirus qui a gelé l’activité économique de la Chine en février et mars, et le riyal saoudien (-0,2%), le dollar taïwanais (-0,7%) ou encore le dollar koweïtien (-2,8%). Elles n’accusent que des replis peu significatifs depuis le début de cette année. En revanche, parmi celles qui ont été fort attaquées, on trouve notamment le réal brésilien (-29%), le rand sud-africain (-23,2%), le peso colombien (-17,3%) et la livre turque (-14,3%) qui est tombée à un plancher historique au cours de la journée de jeudi à 7,2690 par dollar. Mentionnons encore le rouble russe qui lâche un peu plus de 16%.

Parmi les devises de l’Europe de l’Est, les pertes sont généralement inférieures à 10%. Il compte le leu roumain parmi les plus résistants, avec une baisse de 4,3%.

Assouplissement monétaire

Les raisons qui affectent ces devises sont multiples. Il y a bien entendu la pandémie du coronavirus qui constitue une sérieuse menace sur le commerce mondial. Les échanges internationaux pour beaucoup de pays émergents actifs sur ce plan ont considérablement ralenti, impactant leur propre activité économique.

Très souvent, la baisse de l’activité contraint les banques centrales des régions émergentes à assouplir leur politique monétaire. Cela, pour à la fois accompagner les mesures de relance économique adoptées par les responsables politiques, et rendre leur monnaie moins attractive aux yeux des investisseurs en recherche de rendement. C’est le cas entre autres de la Turquie, l’Argentine, la Tchéquie et du Brésil où le principal taux directeur a été ramené jeudi à un plancher historique. La devise brésilienne souffre encore d’une situation politique au niveau national assez confuse pour l’heure.

Du fait d’une activité économique en berne et des taux en baisse, les pays émergents ne profitent guère jusqu’à présent de la détente des taux directeurs de la Banque centrale américaine (Fed), ni même de la relative bonne tenue du dollar américain sur les marchés des changes. "La baisse potentielle du commerce mondial ainsi que celle de la croissance économique pourraient l’emporter sur les mouvements de la Fed et du dollar", avance Bhanu Baweja, stratégiste en chef chez UBS.

Chute des prix pétroliers

La chute des prix du pétrole qui a amputé les ressources financières des pays producteurs de brut, comme la Russie, est une autre explication à la mauvaise tenue des devises émergentes.

Certains pays producteurs s’en sortent cependant mieux que d’autres. En particulier, l’Arabie saoudite qui est parvenue à stabiliser le cours de son riyal. Ce pays doit cette performance au fait "qu’il a calqué l’évolution de son riyal à celle du dollar américain. Par ailleurs, l’Arabie saoudite dispose, en plus d’actifs nationaux attrayants pouvant être cédés sur les marchés, de confortables réserves de dollars qui, en cas de nécessité, peuvent être vendus pour acheter des riyals. Ce qui soutiendra sa devise", explique Frank Vranken.

Rebond en perspective?

Peut-on espérer après de telles déconvenues que les monnaies émergentes puissent rebondir? Pour cela, il faudrait notamment que les taux d’intérêt remontent. À l’heure où les prévisionnistes ne prévoient pas de reprise économique à court terme, les chances qu’il en soit ainsi sont quasi inexistantes. La Banque centrale de Tchéquie qui vient de réduire son taux directeur à un niveau jamais vu précédemment a déjà averti: "les taux d’intérêt resteront bas durant longtemps".

"Si le commerce mondial entre en récession, les devises des marchés émergents connaîtront une nouvelle vague de dépréciations."
Bhanu Baweja
Responsable marchés, UBS

De son côté, cité par Bloomberg, Bhanu Baweja affirme que "si le commerce mondial entre en récession, comme on s’y attend, les devises des marchés émergents connaîtront une nouvelle vague de dépréciations". Pas vraiment de bon augure: les indicateurs avancés indiquent tous une contraction prochaine du commerce mondial qui pourrait avoir commencé au premier trimestre…

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