Les distributeurs sous la loupe après leur forte hausse en Bourse

Les actions des distributeurs britanniques tels que Sainsbury ont fait mieux que résister durant le premier semestre 2018. ©Bloomberg

La distribution affiche l’une des meilleures performances sectorielles de 2018 en Europe mais certains titres comme Carrefour et Casino sont à la traîne. Le retail en ligne a le vent en poupe.

Les valeurs européennes de la distribution affichent l’une des meilleures progressions sectorielles depuis le début de l’année. En gagnant plus de 9% depuis début janvier, les actions des plus grands distributeurs d’Europe, repris dans l’indice Stoxx Retail Price, se classent même devant les valeurs pétrolières qui ont bénéficié de la montée du prix du baril au premier semestre.

Revers de la médaille: les titres des groupes de distribution semblent chers aujourd’hui. En moyenne, ils cotent à 19,5 fois les bénéfices estimés pour cette année, contre 14,75 fois pour les actions européennes en général, incluses dans l’indice Stoxx 600. On peut toutefois relativiser en observant le rapport cours/bénéfice qui monte à 32 pour les distributeurs américains…

19,4
Le rapport cours/bénéfices des distributeurs européens atteint 19,5 après la nette hausse enregistrée depuis janvier, ce qui les rend relativement chers.

Le redressement des actions des distributeurs européens s’est amorcé au deuxième semestre, où l’indice Stoxx Retail Price a bondi de plus de 13%, après avoir perdu près de 6% durant les trois premiers mois de l’année. Le secteur de la distribution sortait de deux années compliquées où il avait perdu près de 7% (en 2016) et 3% (en 2017). L’arrivée du géant de la vente en ligne Amazon dans la distribution alimentaire avec l’acquisition de Whole Foods l’an dernier avait provoqué d’importants dégagements sur les actions du secteur.

C’est là l’une des explications de la remontée des cours au deuxième trimestre: les investisseurs ont pu considérer que les actions de la distribution avaient été survendues.

Un autre facteur semble avoir joué: face à l’érosion de leurs parts de marché et à la concurrence de la vente en ligne, plusieurs groupes de distribution ont déployé des efforts pour développer leur offre sur internet et ont élaboré des plans de restructuration qui leur permettent de réduire leurs coûts. En dégageant progressivement des synergies de sa fusion, Ahold Delhaize  a pris de l’avance à cet égard, ce qui semble séduire les investisseurs puisque l’action figure dans le top 10 des meilleures performances boursières du secteur retail en Europe en 2018 avec une progression de 17,29%.

Mais la sauce ne prend pas chez tous les distributeurs. Certains analystes se montrent assez pessimistes à l’égard de Carrefour  , qui doit publier ses résultats semestriels la semaine prochaine. Kepler Cheuvreux juge que la restructuration des hypermarchés en France n’est "pas convaincante". Bloomberg recense dix analystes qui conseillent d’acheter l’action Carrefour, quinze qui conseillent de la conserver et quatre qui recommandent de la vendre. L’objectif de cours moyen se situe à 17,76 euros. L’action perd 25,5% depuis le début de l’année.

D’autres titres sont restés à la traîne en 2018, dont l’allemand Metro  (-38% depuis janvier), actif dans la distribution alimentaire, et le français Casino  qui a publié ses résultats semestriels mardi. Ceux-ci sont meilleurs que prévu, ce qui permet à la chaîne de supermarchés de maintenir ses prévisions pour l’ensemble de l’année. Mais même si ces bonnes nouvelles ont permis à l’action du groupe français de rebondir de plus de 3% mardi, celle-ci affiche toujours l’une des pires performances de l’année, avec une baisse de quelque 30%, signe que le chemin vers un redressement durable est encore long.

Malgré le Brexit

On aurait pu croire que le Brexit affecterait les valeurs britanniques de la distribution, notamment à cause de la faiblesse de la livre sterling face au dollar, synonyme d’inflation accrue au Royaume-Uni. Mais finalement, la monnaie britannique a tenu le coup au premier semestre et les ventes de détail ont résisté.

Les actions de plusieurs distributeurs et détaillants basés à Londres enregistrent de très bonnes performances cette année. Sainsbury  s’envole de plus de 36% depuis janvier, Next  bondit de 37% et Tesco gagne plus de 22%. Reste à voir si cela durera car, depuis la mi-avril, la livre se porte moins bien et la Banque d’Angleterre s’apprête à relever ses taux d’intérêt directeurs, ce qui pourrait freiner la consommation.

Enfin, épinglons le segment des distributeurs européens axés sur la vente en ligne. Ocado  , qui a conclu en mai un partenariat avec l’américain Kroger, a vu son action bondir de 170% cette année, en grande partie grâce à ce deal. Mais au-delà de ce cas très spécifique, la distribution en ligne a le vent en poupe, comme le montrent les fortes hausses de Delivery Hero  (+ 50% en 2018), Just Eat  (+ 11,5%) ou encore Zalando  (+ 9%). Ces retailers en ligne font toutefois face à un défi de taille: la popularité inégalée du géant américain Amazon. Là aussi, il est donc trop tôt pour crier victoire.

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