Les entreprises familiales font mieux que la Bourse

Jan et Karel Boone, de Lotus Bakeries. ©Lieven Van Assche

L’entreprise familiale moyenne fait beaucoup mieux que les entreprises cotées sans ancrage familial. Le surplus de rendement s’élève à près de 7% par an, selon une étude de Deminor.

Nos entreprises familiales véhiculent de nombreux clichés. Deminor, qui assiste les actionnaires et fournit des conseils aux entreprises familiales, a décidé d’étudier les chiffres pour la Belgique.

Selon Deminor, la performance boursière supérieure des entreprises familiales est due à une gestion opérationnelle de plus haut niveau.

Le bureau de consultance voulait surtout vérifier si la conclusion étonnante d’une enquête mondiale de Credit Suisse s’appliquait à notre pays. L’an dernier, la banque suisse a en effet constaté qu’une sélection mondiale de 1.000 entreprises familiales cotées en Bourse affichait un surcroît de rendement annuel de 4 points de pourcentage par rapport à l’indice mondial MSCI.

Deminor a ainsi étudié les performances de 169 entreprises cotées sur Euronext Bruxelles ces quinze dernières années (de 2003 à 2017). Elles ont été subdivisées en entreprises familiales et en entreprises non familiales. Pour qu’une entreprise soit classée dans la première catégorie, il faut qu’une ou plusieurs familles détiennent une participation significative dans le capital et aient au moins un représentant au conseil d’administration.

17,4%
Rendement exemplaire
Les entreprises familiales enregistrent un rendement annuel moyen de 17,4%, contre 10,6% pour les entreprises non familiales.

Deminor considère par conséquent le géant de la bière AB InBev comme une entreprise familiale. "Les familles (Van Damme, de Spoelberch, de Mévius, NDLR) pèsent sur le management d’AB InBev", affirme Guillaume Dasnoy, consultant chez Deminor qui a participé à l’enquête. Leur recensement fait état de 50 entreprises familiales contre 119 entreprises non familiales. Le premier groupe recèle d’autres noms connus, comme Solvay, Bekaert, Kinepolis, Lotus Bakeries, Ter Beke et Sioen.

©Mediafin

Deminor a ensuite calculé le rendement annuel moyen des deux groupes, dividendes inclus, dans l’hypothèse où la totalité du portefeuille était vendue à chaque fin d’année et réinvestie selon les mêmes pondérations. Conclusion ? Les entreprises familiales enregistrent un rendement annuel moyen de 17,4%, contre 10,6% pour les entreprises non familiales.

La Belgique confirme donc la tendance internationale, et fait même un peu mieux: ici, les entreprises familiales battent l’indice généraliste de la Bourse de 4,5 points de pourcentage, contre 4 points de pourcentage pour le monde entier, selon Credit Suisse.

Pourquoi?

Les entreprises familiales sont-elles fondamentalement plus rentables grâce à une meilleure gestion. D’autres facteurs interviennent-ils?

Deminor s’est d’abord intéressée à leur performance opérationnelle en comparant le bénéfice net au total du bilan, un critère typique de la performance économique des entreprises. Dans ce domaine aussi, les entreprises familiales se distinguent: leur "rendement de l’actif " moyen est supérieur de près de 2 points de pourcentage à celui des entreprises non familiales.

Peut-être ce rendement plus élevé est-il une compensation pour le risque plus élevé que prendraient les actionnaires des entreprises familiales? Ce n’est pas le cas, conclut Deminor après avoir étudié plusieurs paramètres. En théorie, une grande entreprise est moins risquée qu’une petite entreprise, plus sensible aux fluctuations. Mais les capitalisations boursières sont à peu près équivalentes dans les deux catégories, et ce facteur n’intervient donc pas.

Outre une possibilité de générer un effet de levier sur le rendement, un taux d’endettement élevé représente également un risque. Est-ce le secret des entreprises familiales ? Au contraire: les entreprises familiales affichent un taux d’endettement plus faible. Le rapport entre les dettes nettes et les cash-flows opérationnels de 2,3 est inférieur à celui des entreprises non familiales. "En matière d’endettement, 2,5 ressemblent à un plafond au-delà duquel les entreprises familiales ne vont pas. Dès que le management menace de le dépasser, les familles interviennent – car c’est finalement leur patrimoine personnel qui est en jeu ", explique Louis Vanheurck, qui a collaboré à l’étude. Selon Deminor, la moindre liquidité des actions des entreprises familiales, qui justifierait une prime de risque, peut peut-être expliquer une petite partie du surcroît de rendement, mais son effet aussi est réduit.

L’hypothèse selon laquelle les entreprises familiales distribueraient davantage de dividendes est balayée par Deminor. Le ratio de distribution y est moins élevé qu’au sein des entreprises non familiales, même si la tendance est à la hausse.

Deminor conclut que les meilleures performances boursières des entreprises familiales sont en grande partie dues à la qualité de la gestion opérationnelle.

Plusieurs facteurs devraient intervenir simultanément; une enquête de suivi devra les déterminer. Par exemple, les intérêts des actionnaires et du management convergent davantage au sein des entreprises familiales, ce qui réduit le risque de voir des managers provoquer la perte de l’entreprise dans leur quête d’un bonus maximal. Les bonus y font d’ailleurs l’objet d’un examen plus critique, et l’implication émotionnelle de la famille réduit le risque d’initiatives hasardeuses.

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