analyse

Les États-Unis seront invités à réduire leur production pétrolière

©AFP

Les États-Unis demandent à l'Arabie saoudite et la Russie de réduire leur production pétrolière pour faire remonter les prix. Ceux-ci pourraient exiger que les États-Unis fassent de même.

Un comble. Quand les cours du pétrole étaient jugés trop élevés par les États-Unis au début des années 2000, il suffisait d’un coup fil donné par le président américain de l’époque à l’Arabie saoudite pour les faire baisser.

Suite à la chute des prix du pétrole, 15% des plateformes pétrolières dans le schiste ont été contraintes de cesser leur activité en 2 semaines. ©REUTERS

Cette fois, on assiste à tout le contraire. Devant l’effondrement actuel des cours du brut, voilà que Donald Trump supplie à présent son "ami", le prince héritier Mohammed ben Salmane d’Arabie saoudite de s’entendre avec la Russie, pour conclure un accord sur une réduction de leur production pétrolière. Et cela, dans le but de faire remonter les prix. Car, sous les 30 à 40 dollars, la production américaine de brut souffre d’un manque de rentabilité. Les plateformes d’exploration pétrolière actives dans le schiste cessent les unes après les autres leur activité. Selon un décompte effectué par le groupe parapétrolier américain Baker Hughes, 126 sur 790 puits d’exploitation (rig) se sont retrouvés dans cette situation au cours des deux dernières semaines aux États-Unis.

Initialement prévue pour ce lundi, la rencontre qui devait avoir lieu entre l’Opep qui compte 14 pays membres, et la Russie a été reportée à jeudi. Selon le gouvernement azerbaïdjanais non-membre de l’Opep et qui a été invité à participer à cette rencontre, il semblerait que "le cadre et l’objet des négociations restaient toujours à peaufiner". Comme l’explique Harry Tchilinguirian, analyste auprès de la BNP Paribas, ce n’est pas une mauvaise chose qu’ils aient postposé à plus tard cette réunion. "Il vaut mieux élaborer un minimum d’entente avant d’entamer les discussions ", dit-il.

La Russie plus ouverte?

La Russie, de l’avis des principaux responsables politiques du Kremlin, paraît mieux disposée à reparler d’un sujet qu’elle avait rejeté lors de précédentes négociations avec l’Opep, en mars dernier. Ce refus avait été à l’origine de la décision de l’Arabie saoudite de faire monter sa production de 9,78 mb/j alors à 13 millions mb/j) à compter d’avril. S’en est suivie une chute sans précédent des cours du baril de pétrole qui accusent à ce jour un repli de 50% depuis le début de cette année.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Les protagonistes parviendront-ils à un accord de réduction de leur production? Il le semblerait, d’après Kirill Dmitriev, CEO de Russian Direct Investment Fund. Sur la chaîne d’infos américaines CNBC, il a déclaré que "la Russie et l’Arabie saoudite sont très proches de conclure un accord sur la production pétrolière".

Le doute persiste néanmoins dans les coulisses des marchés, comme en témoigne l’évolution indécise des cours du Brent ce lundi. En fin de journée, ils évoluaient aux alentours de 32,3 dollars, soit en baisse de 6,9% sur le cours vendredi soir.

Contribution américaine exigée

Il est vrai que l’Arabie saoudite et la Russie ont besoin de prix pétroliers plus élevés pour arriver à boucler leur budget national. Mais ces deux pays, en particulier la Russie dont la production pétrolière stagne aux alentours de 11 mb/j depuis le premier accord de réduction concocté par l’Opep à la fin de 2016, souhaitent que les États-Unis, premier producteur de pétrole au monde depuis peu, participent à l’élaboration de cet accord. Ce fait est loin d’être acquis, alors que son secteur pétrolier relève totalement du domaine privé, contrairement à ceux de la Russie et de l’Arabie saoudite.

"L'Arabie saoudite et la Russie ne réduiront leur production que si les Etats-Unis le font aussi."
Jason Bordoff
Directeur du Center on Global Energy Policy à la Columbia University

"Ces deux pays ne réduiront leur production que si les États-Unis le font aussi", fait le pari Jason Bordoff, responsable du Center on Global Energy Policy à la Columbia University. Ce qui paraît peu probable pour les États-Unis.

Dans ce contexte, on voit mal comment les cours du Brent pourraient durablement rebondir. D’autant, qu’en raison de la chute de la demande dans les principales économies du monde en raison de la pandémie de coronavirus, il faudrait que la production mondiale diminue d’au moins 20 mb/j. Soit 2 fois plus que ce que suggère Donald Trump à son "ami" saoudien…

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés