Les euro-obligations inquiètent les "triple A" de la zone euro

La mise en place d'euro-obligations menace la note triple A des rares pays membres de la zone euro à encore l'avoir. Sur les quatre qui disposent encore de la meilleure note, trois sont d'ailleurs fermement opposés à la mutualisation de la dette.

En quelques années de crise de la dette souveraine, le nombre de pays de la zone euro à disposer d'un rating "AAA", signifiant un risque de défaut quasi nul auprès des trois agences officielles de notation financière, s'est réduit à quatre. L'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg sont en effet les derniers survivants d'une tornade de dégradations de notes qui s'est abattue sur la région depuis trois ans.

Mais ces pays pourraient bien tomber de leur piédestal si le mécanisme des euro-obligations - l'un des sujets principaux d'opposition entre les dirigeants européens - était finalement adopté. Le procédé, qui permettrait de soulager les pays fragiles qui empruntent actuellement à prix fort sur les marchés financiers, ferait peser un nouveau risque - jusque-là inexistant - sur les pays les plus solides. Ainsi, selon Norbert Gaillard, économiste spécialisé dans la notation financière, "tous les pays qui disposent actuellement du triple A seraient dégradés".

Dans le même temps, les pays les moins bien notés verraient sans doute leur note relevée. Au final, la moyenne européenne tournerait autour de "A", voire de "AA" pour les optimistes.

Finlande, Allemagne, Pays-Bas: même combat

Les Pays-Bas et la Finlande, dont la note a été placée sous perspective négative chez Standard and Poor's, se sont rangés aux côtés de l'Allemagne, le fer de lance de l'opposition aux euro-obligations, tous trois désireux de garder leur note de premiers de classe mais, surtout, leurs taux d'emprunts exceptionnellement bas.

En effet, selon les analystes de Jefferies, "le taux d'une euro-obligation à dix ans pourrait s'établir à 3,7%", si l'on calcule la moyenne des taux actuels des membres de la zone euro, sans la Grèce, et pondérée en fonction du montant de la dette existante.

Une bonne nouvelle pour les pays du Sud, dont les taux tournent aujourd'hui autour des 6%, mais une perspective moins enthousiasmante pour l'Allemagne (1,4%), les Pays-Bas (1,8%) ou la Finlande (1,6%). Jyrki Katainen, le Premier ministre finlandais, a d'ailleurs encore rejeté mercredi l'idée d'euro-obligations, affirmant que la zone euro en avait "assez fait" pour aider la Grèce.

Cependant, les pays qui risquent de devoir payer davantage pour se financer avec un système d'euro-obligations ne sont pas tous contre le principe. En tête, la France, dont les taux longs tournent actuellement autour de 2,5%. Mais aussi la Belgique, dont les taux à 10 ans s'apprêtent à franchir, à la baisse, le seuil des 3%.

Mais si l'on en croit Peter Tchir, gestionnaire du hedge fund TF Markets, la création d'euro-obligations n'est pas pour demain. "J'imagine plus facilement l'Europe composer une équipe de foot pour la Coupe du Monde que réussir à mettre une euro-obligation sur le marché", a-t-il plaisanté.

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