Les fonds ont joué au yoyo au premier semestre

La performance semestrielle de l’industrie des fonds de placement permet de tirer plusieurs enseignements... ©arie kievit

Le classement semestriel des fonds de placement a mis au premier plan les classes d’actifs qui ont directement bénéficié de la crise sanitaire, comme la technologie ou les mines d’or.

Après avoir encaissé une correction massive sur pratiquement toutes les classes d’actifs durant le mois de mars, les performances des fonds de placement se sont bien redressées avec de nombreux segments qui sont repassés dans le vert avant la fin juin. Comme à la fin de chaque semestre, nous avons ressorti les 100 meilleurs produits disponibles sur le marché belge, qui ont dégagé une hausse moyenne de 15%.

Parmi les différents compartiments disponibles pour chaque produit, nous avons retenu la tranche de capitalisation disponible dans le grand public, en donnant la préférence à la part libellée en euro ou en dollar. Nous n’avons également pas retenu les compartiments protégés contre la fluctuation de l’euro sur le marché des changes, les fonds indiciels ou gérés passivement, et nous avons également évité les produits peu liquides dont les actifs sous gestion ne dépassent pas 10 millions d’euros. Les valeurs nettes d’inventaires ont été arrêtées au 30 juin.

La performance semestrielle de l’industrie des fonds de placement permet de tirer plusieurs enseignements.

1) Diversité et volatilité

Par rapport aux bilans semestriels précédents, la première chose qu’il est possible de constater est la grande diversité des classes d’actifs représentées, avec aucune catégorie représentée par plus de 20 fonds. La volatilité a également fait un retour marqué durant les six derniers mois, avec par exemple une augmentation de la volatilité à trois ans qui a pu atteindre 50% pour les fonds mixtes (par rapport à la fin 2019) et proche de 100% pour les fonds actions.

La volatilité a fait un retour marqué durant les six derniers mois.

2) Les États-Unis et la Chine

En dépit de la guerre commerciale que continuent de se livrer les deux superpuissances, les fonds exposés sur ces deux pays ressortent comme les grands vainqueurs au niveau géographique. À l’inverse, les actions européennes ou les fonds émergents sont pratiquement absents du classement. La Chine a su juguler rapidement l’épidémie de Covid-19 en prenant des mesures drastiques de confinement, tandis que le marché américain a bénéficié du bon positionnement du secteur technologique face aux défis posés par la crise sanitaire.

3) La croissance…

Une thématique ressort toutefois nettement pour la plupart des classes de fonds reprises dans le Top 100 : la croissance. Denrée rare dans un monde qui se dirige vers une dépression mondiale durant les prochains trimestres, les investisseurs ont privilégié les entreprises qui bénéficient directement de la crise. Outre les 22 fonds de croissance comptabilisés parmi les fonds américains et internationaux, le classement comporte également 18 fonds technologiques. Outre les fonds spécialisés globalement sur la technologie, ce groupe comporte également des fonds thématiques spécialisés notamment sur la disruption, l’intelligence artificielle ou l’économie digitale, trois thèmes qui ont porté le secteur durant le premier semestre.

4) Tendance Covid

L’impact du Covid-19 s’est également fait ressentir au niveau du secteur des soins de santé, puisque le classement reprend six fonds biotech, et trois fonds dont l’historique est inférieur à trois ans, spécialisés notamment dans la santé digitale, les innovations médicales ou les traitements contre le cancer. Il ne s’agit donc ici clairement pas de fonds " pharma " classiques, mais bien de thématiques très attractives qui ont bénéficié de l’attrait des investisseurs pour les valeurs liées (notamment) à la digitalisation des soins de santé. De même, les fonds spécialisés sur la transition énergétique sont également bien représentés, les mesures de soutien décidées (notamment) au niveau de l’Union européenne ayant contribué à maintenir l’intérêt des investisseurs sur un niveau élevé.

5) …et les mines d’or

Au niveau sectoriel, les mines d’or ont affiché la deuxième meilleure performance au niveau des classes d’actifs, avec une progression moyenne proche de 18% pour les fonds repris dans notre échantillon. Après avoir longtemps progressé sur un semestre pour  retomber tout aussi rapidement le suivant, les fonds investis sur le secteur aurifère se sont enfin inscrits sur une tendance positive de long terme, avec des progressions annualisées qui dépassent désormais 11% sur les cinq dernières années.

18%
La progression moyenne des fonds investis sur le secteur aurifère.

6) Les fonds alternatifs

Généralement absent de ces points semestriels, les fonds alternatifs sont également représentés en force dans le classement. Les stratégies " long / short " (qui peuvent se positionner tant à la hausse sur certaines actions qu’à la baisse sur d’autres) ont particulièrement bien tiré leur épingle du jeu dans les mains de gestionnaires qui ont su profiter de la forte volatilité des marchés financiers. Le meilleur fonds alternatif est d’ailleurs un fonds qui profite de la volatilité sur les marchés financiers, et qui avait jusqu’ici dégagé des performances annuelles négatives sur sept des huit derniers exercices. Les huit fonds alternatifs du top 100 affichent d’ailleurs une progression annualisée de seulement 5% sur les cinq dernières années.

7) Les obligations sont de la partie

Le premier semestre a également vu l’arrivée d’une petite dizaine de fonds obligataires, ce qui est relativement exceptionnel dans ce classement généralement dominé par les fonds actifs en actions. Les stratégies profitant de la contraction des rendements sur la dette souveraine américaine ont particulièrement bien performé dans un contexte où le taux directeur américain devrait rester sur un niveau plancher pendant plusieurs années.

8) Les grands perdants

Sans trop de surprise, les fonds exposés sur des secteurs particulièrement affectés par la crise (comme les actions pétrolières) ou celles exposées sur l’Amérique latine (et plus particulièrement les valeurs brésiliennes) ont été plus particulièrement affectées par la crise, avec des reculs qui ont généralement dépassé 30% sur le premier semestre.

9) Les meilleurs gestionnaires

Invesco, Schroders et Franklin Templeton sont parvenus à glisser cinq produits dans le top 100, avec des compositions toutefois très différentes. Schroders est clairement le plus innovant, tous les fonds repris ayant des historiques inférieurs à cinq ans, et des expositions sur les tendances technologiques disruptives, sur la transition énergétique, sur les innovations médicales ou sur les actions chinoises domestiques. A l’inverse, Franklin Templeton est le plus traditionnel des trois, avec des fonds retenus affichant des historiques supérieurs à cinq ans, et des expositions sur des classes d’actifs comme les actions américaines, les métaux précieux, la technologie ou les obligations convertibles.

"Invesco, Schroders et Franklin Templeton sont parvenus à glisser cinq produits dans le top 100, avec des compositions toutefois très différentes."

10) Épargne-pension

Les fonds d’épargne-pension ont dégagé des performances relativement décevantes sur le premier semestre, avec un recul moyen de 6,4%. Sans surprise, ce sont les fonds les plus défensifs qui ont réalisé les meilleures performances (-4%), tandis que les plus dynamiques ont encaissé des pertes plus significatives (-7,8%). Sur un horizon de cinq ans, la performance de la plupart de tous les produits est encore positive, mais la différence entre les fonds dynamiques, équilibrés et prudents est aujourd’hui négligeable.

11) Fonds mixtes

A l’inverse, le premier semestre a permis aux gestionnaires des grands fonds mixtes flexibles de démontrer leur capacité à mieux naviguer les phases les plus mouvementées des marchés financiers. Alors que le plus performant des fonds d’épargne-pension n’est pas parvenu à éviter un recul de 3%, de nombreux grands fonds flexibles ont réalisé des performances nettement supérieures, un bon nombre affichant même une hausse trimestrielle. Avec une hausse supérieure à 5%, PIMCO GIS Dynamic Multi Asset a bénéficié d’un placement sur les actions de qualité et sur les obligations souveraines américaines. Ce fonds est d’ailleurs un des rares qui a enregistré des afflux importants durant le semestre avec des actifs sous gestion qui ont progressé de plus de 25% (pour pratiquement atteindre 2 milliard d’euros), et sera un produit à suivre dans le futur.

2
milliards €
Le montant atteint par les actifs sous gestion de PIMCO GIS Dynamic Multi Asset, qui ont progressé de plus de 25%.

12) Noms connus

Parmi les noms les plus connus des investisseurs belges, on peut citer notamment le retour en forme confirmé pour Carmignac Patrimoine qui a terminé le semestre sur une hausse de 2%, ce qui confirme la capacité de ce gestionnaire à se sublimer durant les périodes difficiles. Les actifs sous gestion restent toutefois orientés à la baisse, la performance sur cinq ans étant toujours négative en dépit de l’orientation plus favorable de ces derniers trimestres. FFG Global Flexible Sustainable (la version durable du fonds BL Global Flexible), Blackrock Global Allocation ou DNCA Evolutif sont parmi les autres stratégies à être ressorties en positif sur le premier semestre.

13) The winner takes it all

Pas moins de 30 des 44 fonds flexibles de notre échantillon ont dégagé une performance supérieure à la moyenne de celles des fonds d’épargne-pension. Et comme durant l’année 2019, les flux entrants sont restés concentrés sur un nombre réduit de produits, notamment R-Co Valor, BL Global Flexible et Flossbach von Storch Multiple Opportunities. Ces trois produits ont généralement confirmé la qualité de leur gestion, avec des reculs modérés pour des stratégies qui sont souvent très lourdement exposées sur les marchés boursiers. Ces trois fonds sont également les seuls à afficher des progressions supérieures à 4,5% par an durant les cinq dernières années.

14) Revenus

Enfin, les fonds mixtes spécialisés sur le versement d’un revenu régulier ont été affectés par les craintes qui ont pesé sur de nombreuses classes d’actifs à rendement élevés suite au déclenchement de la crise sanitaire. La dette d’entreprise à haut rendement a ainsi souffert des craintes d’une hausse des défauts dans les segments les plus risqués (haut rendement) tandis que les actions à dividende élevé ont subi des pressions politiques pour suspendre les versements aux actionnaires durant la crise. La performance annualisée de ces fonds est désormais négative sur les trois dernières années, ce qui est toutefois compensé par des versements annuels attendus autour de 4,5%.

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