Les gestionnaires d'actifs belges affichent de bons returns en Bourse

De toutes les holdings belges, c'est Bois Sauvage qui a vu la valeur de son action augmenter le plus cette année . ©IMAGEGLOBE

Les actions des holdings belges affichent des returns sur 5 ans sensiblement supérieurs à celui de Berkshire Hathaway, le groupe dirigé par Warren Buffett.

Lorsque les marchés financiers se portent bien, c’est tout profit pour le secteur des holdings cotés à la Bourse de Bruxelles. Si la valeur de leurs participations augmente, le cours de leurs propres actions monte en Bourse.

Ces sociétés sont appelées ainsi parce qu’elles prennent des participations très souvent minoritaires dans d’autres sociétés en vue de les accompagner dans leur développement. On les qualifie parfois aussi de sociétés à portefeuille, ou encore de groupe d’investissements financiers. GBL , Sofina , Ackermans & van Haaren , Brederode , Gimv et Bois Sauvage sont de ce registre.

Ces derniers jours, nous avons poussé notre curiosité à mesurer la performance de leurs actions en Bourse. Cela permettra au lecteur – qui sait? – de se faire sa petite idée sur l’intérêt ou non de détenir l’une ou l’autre de ces actions. De savoir s’il peut profiter de l’expertise de ces gestionnaires professionnels, en même temps que de faire l’économie de devoir effectuer lui-même ses propres recherches pour dénicher les bons placements.

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Bois Sauvage en tête

On s’était déjà livré à cet exercice il y a quelques années. La plupart des actions des holdings enregistraient déjà une belle performance. Lors du précédent comptage en 2016 et qui couvrait la période 2009-2015, Brederode était monté sur la plus haute marche du podium. Son action avait enregistré les meilleures performances depuis la reprise des marchés boursiers en 2009. Elle était suivie d’AvH et de Bois Sauvage.

Les holdings pour éviter le précompte?

Lors de l’assemblée générale des actionnaires de GBL, qui s’est déroulée le 24 avril, l’un des participants regrettait que les investisseurs en actions n’avaient pas davantage conscience de l’intérêt d’être investis dans Adidas par le truchement de GBL, plutôt qu’en détenant directement les actions de l’équipementier allemand. Car, expliquait-il, en tant que holding, GBL peut éviter de payer le précompte mobilier sur les dividendes qui lui sont versés. Avec une participation de 7,5%, GBL est le premier actionnaire d’Adidas.

L’idée de cet actionnaire est sans conteste intéressante. Mais cette affirmation ne se vérifie pas à tous les coups. Pour nous en convaincre, procédons à un petit calcul.

Celui qui a acquis des actions Adidas il y a tout juste un an a, à ce jour, engrangé une plus-value de 16% sur la base du cours de l’action cotée à Francfort. Une performance à laquelle il faut ajouter le montant brut du dividende de 2,60 euros attribué le 10 mai.

Dans le même temps, l’action GBL est montée de 5,8% à Bruxelles et un dividende brut de 3 euros a été attribué le 7 mai.

De toute évidence, celui qui détenait des actions Adidas ces 12 derniers mois a réalisé un placement plus lucratif que celui qui l’était dans GBL. Et le paiement du précompte sur le dividende ne suffira pas à annuler l’avantage affiché par l’action Adidas. 

Ces actions sont-elles parvenues à conserver la tête du classement deux ans plus tard? Effectivement. Mais cette fois, dans un ordre bouleversé. La première marche du podium est occupée cette fois par l’action Bois Sauvage. Ce holding réalise le meilleur return sur 5 ans, de même d’ailleurs qu’au cours des seuls 12 derniers mois. Elle a offert à ses détenteurs un return de 156% au terme des cinq dernières années, équivalent à un fabuleux rendement annuel moyen de 20,6%, selon des données fournies par Bloomberg (voir l’infographie). Sur les douze derniers mois, il a été de 22,6%.

AvH s’octroie la deuxième marche du podium avec un return de 140%, et Brederode la troisième avec + 138%. Sofina, qui nous avait habitués par le passé à d’excellentes performances aussi, se situe en quatrième position, avec un return de 122% en cinq ans. Ce qui reste, doit-on le souligner, un résultat remarquable. GBL termine le classement. Son return s’élève à 79,6%.

Par return, on entend la performance réalisée par le cours d’une action, à laquelle on ajoute le montant du dividende distribué chaque année par la société et réinvesti dans les actions du groupe.

Quelles que soient les performances affichées par les actions de ces holdings, elles se sont toutes mieux comportées que le Bel 20 Return ces dernières années. Le Bel 20 Return est un indice qui suit l’évolution des cours des 20 principales sociétés cotées à la Bourse de Bruxelles et prend en compte les dividendes attribués. Cet indice affiche une progression de 77% depuis mai 2013. Soit une prestation deux fois inférieure à celle de Bois Sauvage.

Par ailleurs, on a coutume de dire que Warren Buffett qui préside aux destinées du holding américain Berkshire Hathaway coté à Wall Street, devrait être une source d’inspiration pour nos gestionnaires belges. On est en droit de se demander si cela ne devrait pas plutôt être l’inverse.

En regard du superbe comportement des actions de nos holdings à la Bourse de Bruxelles, Frédéric Van Gansberghe qui est aux commandes chez Bois Sauvage, Jan Suykens chez AvH, Axel van der Mersch chez Brederode, Harold Boël chez Sofina, ou encore Ian Gallienne et Gérard Lamarche de GBL, pourraient bien se permettre de faire l’une ou l’autre suggestion à leur collègue Warren Buffett. Celle par exemple d’être un actionnaire plus actif. Car, à la différence de la plupart des hodings belges, Berkshire Hathaway n’a pas vocation à se mêler de la conduite des affaires des sociétés dans lesquelles il détient une participation.

La performance de l’action Berkshire Hathaway, qui ne distribue pas de dividende, est "à peine" de 78% entre mai 2013 et aujourd’hui à la Bourse de New York.

Ce qui différencie nos holdings

Les prestations passées et actuelles des holdings belges en Bourse permettent-elles de définir les caractéristiques idéales d’un holding "gagnant"? On l’a vu, ce n’est pas la première fois que Bois Sauvage, AvH et Brederode se disputent la tête du classement des meilleurs élèves de la classe. Comme ce n’est pas la première fois non plus que GBL se retrouve dans les dernières places.

Le chocolat a-t-il porté chance à Bois Sauvage qui est le propriétaire de marques comme Neuhaus (à 100%), Jeff de Bruges (à 66%) et Corné Port Royal (à 100%)? Plus sérieusement, on peut se demander si la taille plus imposante de GBL (15,2 milliards d’euros de capitalisation boursière) ne serait pas un élément qui freine ses performances opérationnelles. Et donc celles de son action en Bourse. L’exemple de Berkshire Hathaway tend à conforter cette thèse. Ce holding américain pèse 484 milliards de dollars à Wall Street.

Vu les belles performances réalisées en Bourse par les actions des holdings qu’ils dirigent, les gestionnaires belges pourraient être une source d’inspiration pour Warren Buffett.

En réalité, l’explication est à rechercher ailleurs encore. Elle tient dans la composition des portefeuilles et, plus précisément, à la nature des investissements réalisés. La bonne santé du marché du private equity, c’est-à-dire celui des entreprises non cotées, et sur lequel des holdings comme Brederode et Sofina sont très actifs, compte pour une bonne part dans leur surperformance en Bourse. Contrairement aux places boursières dont la hausse marque le pas depuis le mois de février, le marché du private equity reste globalement bien orienté. Ce qui bénéficie à ces sociétés, de même d’ailleurs qu’à Gimv aussi très présent sur ce segment. On observe un phénomène tout à fait semblable à la Bourse de Paris, avec le spécialiste du "non coté" Eurazeo. Le return de son action s’élève à 133% entre mai 2013 et aujourd’hui.

GBL, dont l’extrême prudence de ses dirigeants dans le choix des actifs à privilégier n’est un secret pour personne, privilégie plutôt les sociétés cotées. On trouve dans son portefeuille des titres comme LafargeHolcim, Pernod Ricard, Imerys, SGS, Umicore et Adidas. La part du "non coté" est, elle, inférieure à 10%. De la même veine, mais à Paris, Wendel qui vaut 5,4 milliards d’euros, préfère aussi les actifs cotés qui présentent moins de risques. Cela se reflète dans la performance de ses propres actions. Leur return à l’issue des 5 dernières années ne totalise que 50%.

Du côté des holdings peu ou pas présents dans le "non coté", Bois Sauvage doit une grosse part de sa fort belle performance en Bourse au redressement de l’action Recticel (+ 66% en 2 ans). Sa participation de 27,3% dans cette entreprise a une valeur de 145 millions d’euros et représente un peu plus de 20% de sa capitalisation boursière.

Répartition géographique du portefeuille

Opter dans le cadre de ses investissements pour le "non côté" comporte plus de risques. Certes. Mais peut être plus rémunérateur. D’autant que les Bourses font preuve actuellement de plus de volatilité. Sur ce propos, Brederode disait justement dans son rapport d’activité du premier trimestre "avoir poursuivi le développement régulier de ses activités en private equity".

Premiers résultats 2018

En dépit du retour des incertitudes sur les marchés, les chiffres publiés par les holdings pour le début de l’année sont plutôt encourageants. Sofina a vu la valeur de ses fonds propres gagner 0,4% à 169,5 euros par action au 30 avril. Chez GBL, l’actif net réévalué par action a progressé de 1% à 117,06 euros par action.

AvH vient de réitérer sa prévision selon laquelle ses participations sont bien positionnées pour l’ensemble de 2018. Au 1er trimestre, les chiffres d’affaires ont grimpé chez DEME(+15%) et CFE (+30,2%). Banque J. Van Breda a enregistré de fortes performances, tandis que DelenP. Bk a vu ses avoirs confiés baisser en raison de la volatilité des marchés.

De son côté, dans son rapport sur son dernier exercice fiscal, Sofina écrit que "les sociétés non cotées, ainsi que l’exposition hors Europe représentent chacune plus de 50% de son portefeuille". C’est en 2017, précise le holding qui vient de fêter ses 120 ans d’existence, que ce cap des 50% a été franchi. Ses dirigeants font de plus en plus la part belle aux régions à forte croissance, en particulier celles d’Asie. Et aussi, mais dans une moindre mesure, aux Etats-Unis.

Depuis janvier, Sofina a fait l’acquisition d’une participation dans le capital de MissFresh et celui de Zilingo, deux sociétés actives dans l’e-commerce. Il a accru sa participation dans Pine Labs. Aux Etats-Unis, il a pris 20% dans Cambridge Associates. Déjà en 2017, Sofina avait renforcé sa présence dans le capital de certaines sociétés situées en Asie. Parallèlement, il avait réduit ses participations dans les actifs cotés. Sofina a ainsi allégé celles dans Orpéa, Deceuninck et SES l’an passé, et a totalement cédé sa participation dans Eurazeo et Caledonia (Londres). Plus récemment, il a réduit sa participation dans Ipsos.

Exposition aux devises

Qui dit exposition en dehors de l’Europe, pense exposition aux devises. Cela concerne Bois Sauvage qui est actif aux Etats-Unis avec notamment Noel Group (les bouchons Nomacorc), dont il détient 30,4% via sa filiale Surongo America. Mais davantage Brederode et Sofina. Ce dernier indiquait dans un de ses tout derniers rapports que la faiblesse du dollar l’avait affecté en 2017. La remontée du billet vert pourrait donc avoir l’effet inverse.

Parmi les holdings les moins exposés à l’évolution des variations de change, on trouve AvH dont les affaires sont bouclées dans la devise européenne essentiellement. La branche private banking est une des principales composantes de son portefeuille, au niveau du résultat du groupe du moins, suivie de son activité dragage (Deme) et de CFE (construction).

Il y a aussi GBL dont le portefeuille est composé d’actions cotées sur les places de la zone euro, à l’exception de SGS et de LafargeHolcim dont le marché de référence est Zurich. Jusqu’avant sa cession qui a eu lieu il y a deux semaines, GBL détenait un peu plus de 6% du britannique Burberry.

Sur le sujet du dividende

Si l’on sait que le dividende constitue un élément qui compte beaucoup dans la performance d’un investissement, Brederode, AvH et Sofina conservent leurs chances de rester parmi les actions qui vont le plus satisfaire leurs actionnaires. Leurs dividendes ont connu les plus fortes croissances entre mai 2013 et mai 2018. Elle a été, cette croissance, de 82,8% chez Brederode, de 29,4% chez AvH et de 22,9% chez Sofina.

En ne tenant pas compte de la distribution du dividende, le gain sur 5 ans pour le détenteur d’une action Bois Sauvage n’aurait été "que" de 124%. De 120% pour l’action AvH, de 112% pour celle de Brederode et de 99,2% pour Sofina. Pour GBL, le return aurait été de 50,6%.

Chez GBL, qui mène depuis 5 ans une nouvelle politique de dividende qui consiste à en modérer sa croissance au profit de l’investissement, le montant a progressé de 10,3%. Chez Bois Sauvage enfin, le dividende n’a enregistré qu’une modeste avance (+ 4,4%) durant cette période, tout comme chez Gimv (+ 2,04%).

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