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Les investisseurs belges adoptent le bitcoin via des chemins détournés

Le bitcoin séduit de plus en plus d'investisseurs belges. ©REUTERS

De nombreux investisseurs trouvent sans trop de problèmes le chemin vers ces investissements d’un nouveau genre, malgré les interdictions en vigueur.

L’ascension du bitcoin suscite l’intérêt des épargnants et des investisseurs belges, qui peuvent investir dans le bitcoin de différentes façons. Ils peuvent acheter le bitcoin ou d’autres cryptomonnaies directement via des plates-formes spécialisées, ou ils peuvent investir dans des trackers ou ETF, à savoir des fonds d’investissement cotés qui répliquent le cours du bitcoin.

"À l’instar de ce qui se passe sur les marchés d’actions traditionnels, nous observons un effet 'mois de janvier' sur le bitcoin", constate un courtier. Les bourses affichent en effet souvent de meilleures performances pendant les premiers jours de l’année vu que les investisseurs disposent d’argent frais, ayant reçu leur prime de fin d’année ou leur 13e mois.

Plaintes en hausse

Depuis des années, les autorités de contrôle mettent les investisseurs en garde contre les placements en bitcoins et autres cryptodevises à cause des risques élevés. Le marché des devises virtuelles n’est pas régulé, ce qui signifie qu’il ne bénéficie pas d’une garantie d’État. En cas de vol ou de fraude, les investisseurs risquent de perdre tout leur argent. Et les fraudes sont légion sur ce marché.

Plus tôt cette semaine, la FSMA (l’autorité de contrôle belge) a annoncé que le nombre de plaintes contre les devises virtuelles et des plates-formes douteuses avait augmenté. Une autre raison est que le bitcoin est très volatil et n’est donc pas conseillé aux investisseurs "bons pères de famille".

Malgré cette image de "cow-boy" et les nombreuses mises en garde des autorités de contrôle, plusieurs courtiers belges permettent apparemment à leurs clients d’accéder à des ETF bitcoin. Chez Bolero, le courtier en ligne de KBC, les clients peuvent par exemple acheter des parts de fonds indiciels bitcoin à la société américaine Van Eck et à la firme suédoise XBT. Ces fonds sont négociés sur les bourses de Francfort et de Stockholm. Bolero indique n’avoir reçu jusqu’ici que quelques demandes pour ces produits.

Degiro permet également à ses clients d’acquérir des fonds Van Eck tandis que ceux de Lynx peuvent investir dans la société américaine Grayscale Bitcoin Trust, cotée sur la bourse américaine. BinckBank Belgique indique qu’elle compte ajouter ces fonds indiciels à son offre. Par contre, Keytrade Bank ne propose aucun tracker bitcoin.

Pas d’exagération

Pourtant, la loi belge interdit depuis 2014 la commercialisation de produits d’investissement dérivés du bitcoin et autres devises virtuelles. Selon la FSMA, il n’y a cependant pas réellement d’abus de la part des courtiers belges qui permettent d’accéder à ces trackers bitcoin.

"Les ETF, dont le rendement est directement ou indirectement lié à une cryptodevise, ne peuvent en effet pas être commercialisés auprès des clients particuliers."
Un porte-parole de la FSMA

"Les ETF, dont le rendement est directement ou indirectement lié à une cryptodevise, ne peuvent en effet pas être commercialisés auprès des clients particuliers", explique un porte-parole de la FSMA. En d’autres termes, tout ce qui pousse les clients à acheter – publicité, offres spéciales ou toute autre façon de pousser les particuliers à réaliser de tels investissements – est interdit. Le simple fait qu’un courtier reprenne un des fonds indiciels bitcoin dans le top 10 de ses produits les plus vendus est considéré comme un délit.

Ce n’est cependant pas le cas si les clients trouvent eux-mêmes le chemin des trackers bitcoin chez leur courtier. "Il n’est pas interdit aux courtiers de donner accès aux bourses étrangères et à l’ensemble de leur gamme d’instruments via leur plate-forme", explique-t-on à la FSMA. "C’est la même chose pour ces ETF."

Interdiction de vente au Royaume-Uni

Les courtiers peuvent donc permettre à leurs clients d’accéder aux fonds bitcoin et autres produits apparentés, pour autant qu’ils ne fassent pas trop de bruit. Cependant, la question se pose de savoir si les investisseurs particuliers pourront encore investir longtemps dans ces titres. L’autorité de contrôle britannique interdit depuis la semaine dernière la vente aux particuliers d’ETF et autres produits ayant comme sous-jacents des valeurs en crytodevises. La raison? Il y aurait trop de fraudes, trop de volatilité et trop de peu de connaissances de la part des clients pour que ces produits soient autorisés auprès du grand public. Ceux qui souhaitent malgré tout investir dans ces produits doivent disposer du statut d’investisseur professionnel.

Les courtiers s’attendent à ce que l’Europe emboîte le pas au Royaume-Uni. "Certains courtiers qui proposent ces fonds se demandent s’ils continueront à permettre à leurs clients particuliers d’y accéder", explique un observateur. "Je ne serais pas étonné que l’autorité de contrôle suive cela de très près. Elle devrait selon moi annoncer la couleur, car de plus en plus d’investisseurs se tournent vers ces produits et la probabilité de voir la bulle éclater augmente de jour en jour."

Quel regard le fisc porte-t-il sur le bitcoin?

Devez-vous payer des taxes si vous négociez des devises virtuelles comme le bitcoin? La façon dont le fisc considère ces produits dépend de la manière dont vous investissez dans les cryptodevises.

Pour ceux qui achètent et vendent directement des bitcoins, la situation est la plus complexe. Le négoce de bitcoins se fait par l’intermédiaire de plates-formes non régulées. C’est donc à vous qu’il revient de déclarer les plus-values.

Si vous investissez une partie de vos avoirs en « bon père de famille » dans des bitcoins, vous ne devrez rien déclarer. Mais si vous êtes un trader actif qui profite des fluctuations de cours pour maximiser ses bénéfices, les revenus des cryptodevises seront taxés comme «revenus divers», au taux forfaitaire de 33%. Les traders professionnels voient leurs revenus taxés à des taux progressifs, qui oscillent entre 25 et 50%.

Les ETF ou autres trackers qui répliquent le cours du bitcoin sont soumis à la taxe boursière. Le montant de la taxe dépend du pays où le tracker est enregistré. Les fonds de bitcoins devront également être inscrits sur un compte-titres qui, s’il dépasse le montant de 1 million d’euros, sera taxé au taux de 0,15% par an dans le cadre de la nouvelle taxe sur les comptes-titres.

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