Les investisseurs parient sur un retour de l'inflation

Le retour de l'inflation perturbe les investisseurs en actions. ©REUTERS

Le plan de relance espéré aux États-Unis et les campagnes de vaccination font craindre une inflation plus forte. Les taux obligataires reflètent ces attentes.

Le retour de l'inflation s'invite désormais dans les pensées des investisseurs. Aux États-Unis, l'obligation gouvernementale à dix ans a touché 1,19%, un plus haut depuis mars 2020. Les perspectives de la fin d'un confinement grâce aux campagnes de vaccination contre le Covid-19 et le plan de relance espéré sous la présidence de Joe Biden font penser aux investisseurs que les consommateurs vont dépenser beaucoup, dans un futur proche. "Si le Covid-19 reste au cœur de l'équation, avec d'éventuels problèmes, comme des retards dans les campagnes de vaccination, qui pourraient remettre en cause les anticipations des marchés, les prix seront également à surveiller de près avec un rebond mécanique à attendre", a indiqué John Plassard, spécialiste en investissement pour Mirabaud.

Sur les marchés européens, les valeurs du secteur des transports, les titres bancaires et le compartiment de l'énergie, très exposés au cycle économique, ont aussi progressé en raison de ces perspectives. Le Stoxx 600 Banks a pris 1,37%, celui du pétrole et du gaz 0,75% et le compartiment des voyages et loisirs 1,34%.Les banques ont profité de la remonté des taux obligataires en Europe, qui ont accompagné le mouvement sur les taux américains.

"On observe un effet boomerang: l'attente de dépenses massives des États-Unis a fait monter la partie de long terme sur le marché obligataire américain, une situation qui s'explique par la crainte de voir une hausse des prix."
Sebastien Galy
Stratégiste poir Nordea Investment

Toutefois, les indices d'actions ont finalement battu en retraite, avec une clôture en baisse en Europe. Le Stoxx 600 a terminé quasi inchangé. "Ce que l'on observe c'est un effet boomerang: l'attente de dépenses massives des États-Unis a fait monter la partie de long terme sur le marché obligataire américain, une situation qui s'explique par la crainte de voir une hausse des prix" dans le pays, signale Sebastien Galy, stratégiste macro pour Nordea Investment. Cette inflation pourrait à terme se traduire par un resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale américaine, une perspective qui ne réjouit pas les investisseurs.

L'or a lui aussi reculé après la forte hausse des taux longs américains. L'once de métal jaune a laché 0,13% à 1841,41 dollars à Londres ce mardi.

Une inflation à court terme

Plusieurs analystes estiment cependant que l'inflation attendue sur les marchés s'avérera à court terme. Une membre du conseil d'administration de la Banque centrale européenne, Isabel Schnabel, a déclaré qu'une hausse à court terme de l'inflation n'aurait pas d'impact important sur ses décisions, ajoutant qu'elle s'attendait plutôt à une hausse trop lente des prix. Autrement dit, les investisseurs prévoient encore une politique très accommodante des banques centrales.

Du côté de la Réserve féderale américaine, selon des enquêtes d'économistes, la mesure d'inflation préférée de la banque centrale ne devrait dépasser son objectif de 2% même d'ici 2022. Rappelons que les responsables de la Fed disent vouloir voir l'inflation rester au-dessus de ce niveau pendant un certain temps avant d’augmenter les taux d’intérêt.

Pourtant, John Plassard ne partage pas l'avis général. Les services et l'énergie, notamment, viendront perturber les bases de comparaison vers le milieu de l'année, selon lui.

"Cette inflation qui va arriver va perturber la donne pour les banques centrales et pour les marchés financiers. C'est, pour moi, le plus grand risque pour les marchés au-delà du Covid et il faut le suivre de près."
John Plassard
analyste chez Mirabaud

"On va avoir un problème pour les banques centrales avec une inflation comparée qui va tirer notamment l'indice des prix à la consommation aux Etats-Unis vers le haut", estime-t-il. "Cette inflation qui va arriver va perturber la donne pour les banques centrales et pour les marchés financiers. C'est, pour moi, le plus grand risque pour les marchés au-delà du Covid et il faut le suivre de près" ajoute-t-il.

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