Les majors pétrolières gagnées par le pessimisme

Le groupe italien Eni va devoir acter une dépréciation d'actifs d'environ 3,5 milliards d'euros, soit environ 4% de la valeur totale de ses actifs. ©Bloomberg

BP, Shell, Eni... Les mauvaises nouvelles s'accumulent parmi les compagnies pétrolières. Les avis sont par contre partagés pour les perspectives à court terme.

Un air de déjà-vu flotte en ce moment au sein du secteur pétrolier. Après le britannique BP et l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell, c'est au tour de l'italien Eni d'annoncer lundi soir devoir acter des dépréciations d'actifs pour le deuxième trimestre. À croire que tous les majors européennes ont durement souffert de la chute des cours du brut ces derniers mois.

Dans le cas d'Eni, la dépréciation d'actifs devrait s'élever autour de 3,5 milliards d'euros. Ce qui représente environ 4% de la valeur totale de ses actifs. Une proportion moins importante que ce qu'ont annoncé ses concurrents BP (<10%) et Shell (20%).

60
dollars le baril
Selon Eni, le Brent devrait atteindre en moyenne 40 dollars le baril cette année et progresser timidement au cours des années suivantes pour s'élever à 60 dollars en 2023.

La compagnie italienne se montre pour autant prudente pour les années à venir. Dans son communiqué, elle explique prendre en compte la possibilité que la pandémie du coronavirus ait "un impact durable sur l'économie mondiale et le marché énergétique". C'est pourquoi, à l'image des autres géants pétroliers, elle a également revu à la baisse ses prévisions à court terme pour les cours du brut. Selon Eni, le Brent ne devrait retrouver son niveau d'avant-crise, c'est-à-dire environ 60 dollars le baril, qu'en 2023.

Le groupe table par ailleurs sur un baril à 40 dollars en moyenne cette année, à 48 dollars en 2021 et à 55 dollars en 2022. Ses prévisions antérieures étaient respectivement de 45, 55 et 70 dollars.

Une reprise "lente et prolongée"?

"Abaisser ses prévisions pour les prix pétroliers semble être à la mode ce mois-ci", souligne Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Europe. Il faut dire que les majors ne sont pas les seules à revoir leurs calculs, de nombreux observateurs les ont imitées. Et il est rare de déceler une note vraiment optimiste.

"Comme la pandémie du coronavirus est loin d'être terminée selon l'Organisation mondiale de la santé, nous nous attendons à une reprise lente et prolongée du marché pétrolier au cours du second semestre 2020."
Will Hares
senior analyst chez Bloomberg Intelligence

"Comme la pandémie du coronavirus est loin d'être terminée selon l'Organisation mondiale de la santé, nous nous attendons à une reprise lente et prolongée du marché pétrolier au cours du second semestre 2020", prévient Will Hares, senior analyst chez Bloomberg Intelligence. Qui plus est, il craint que la résurgence de cas d'infections dans le monde mette en péril la réouverture des économies. Ce qui pourrait peser sur la demande de carburant. "La demande devrait repartir à la hausse, mais selon nous, elle ne devrait vraisemblablement pas dépasser le niveau de 2019, qui était de 100 millions de barils par jour."

Chez BNP Paribas, on se montre néanmoins un peu plus confiant, pariant notamment sur une faiblesse du dollar au cours du second semestre qui soutiendrait les prix pétroliers. "Nous prévoyons toujours un redressement des cours du brut durant le reste de l'année et en 2021, permettant ainsi au Brent d'atteindre en moyenne 61 dollars le baril d'ici le premier trimestre 2021", écrit Harry Tchilinguirian, senior oil economist, dans une note publiée ce mardi.

Cette reprise, ajoute-t-il, suppose cependant que l'accord OPEP+ soit respecté et que l'activité économique continue de se redresser.

Le dividende d'Eni menacé

En attendant, les dépréciations d'actifs actées par les majors européennes vont peser sur leur bénéfice net et menacent par conséquent leur dividende. Equinor et Shell ont déjà franchi le pas en le réduisant drastiquement et d'autres suivront. "Le dividende d'Eni ne nous paraît pas compatible avec sa stratégie agressive de décarbonisation", estime Biraj Borkhataria.

Reste le cas de Total, décrit par certains observateurs comme "la compagnie européenne ayant le meilleur bilan". Une confiance partagée par les investisseurs: Total affiche en bourse une baisse de 29% depuis le début de l'année, contre 34% pour BP, 36% pour Eni et 43% pour Shell.

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