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Les marchés attendent les banques centrales au tournant

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La revue hebdo des marchés.

Quand la nervosité gagne les marchés financiers. On peut le dire, la semaine qui vient de s’écouler fut particulièrement éprouvante pour les investisseurs. Déja secoués par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, ils ont dû digérer une série de mauvais indicateurs dépeignant un horizon économique défavorable.

En Allemagne, entre autres. Le moral des investisseurs est tombé en août à un plus bas depuis décembre 2011, à -44,1 points. Les économistes craignent que cela ne pèse sur la (trop?) fragile locomotive européenne. Surtout quand on sait que la croissance du produit intérieur brut (PIB) du pays s’est contractée de 0,1% au deuxième trimestre.

Vers une politique "significative et percutante" de la BCE?

Ces mauvaises nouvelles, couplées aux nombreux avertissements sur résultants lancés par de grands groupes allemands, ont eu raison de l’indice phare de la Bourse de Francfort. Le Dax a reculé de 1,12% en cinq séances (contre -0,51% pour le CAC 40 à Paris). La chancelière, Angela Merkel, a reconnu mardi que l’économie allemande traversait "une phase difficile". Mais elle a déclaré ne pas voir "pour le moment (…) la nécessité d’un paquet conjoncturel" de soutien à l’activité. Gageons que les pressions sur son gouvernement risquent de s’accentuer dans les prochaines semaines.

Une porte de sortie pourrait très probablement venir de la Banque centrale européenne (BCE).

La BCE ressortira-t-elle l’artillerie lourde?

En guise de baroud d’honneur avant de la quitter, son président Mario Draghi pourrait mettre le paquet pour tenter de soutenir l’économie de la zone euro. Les analystes tablent sur une baisse du taux de dépôt de 10 points de base, à -0,50%.

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Mais ils sont également de plus en plus nombreux à compter sur un nouveau programme d’assouplissement quantitatif (QE). Ce qui leur a mis la puce à l’oreille? Les dernières déclarations d’Olli Rehn, le gouverneur de la banque centrale finlandaise. "Il est important que nous élaborions une politique significative et percutante en septembre (…) Lorsque vous avez affaire aux marchés financiers, il est souvent judicieux de donner davantage plutôt que décevoir, et il est préférable d’avoir un ensemble de mesures politiques très solide", a-t-il expliqué dans une interview au Wall Street Journal.

Des propos qui ont évidemment pesé sur l’euro – qui a perdu 0,99% cette semaine face au dollar – et sur les rendements d’obligations d’Etat. Le Bund allemand, la référence sur le marché obligataire européen, est tombé pour la première fois de son histoire à -0,70% ce vendredi.

"Un appel au secours"

Les attentes en faveur d’une politique monétaire ultra-accommodante se sont fortement renforcées cette semaine avec la nette augmentation des craintes de récession à l’échelle mondiale. Ce mercredi, un événement très particulier s’est produit sur le marché obligataire. La courbe des taux américains s’est inversée. C’est-à-dire que le rendement de l’obligation d’Etat à 2 ans est passé au-dessus de celui à 10 ans. Du jamais vu depuis la crise financière.

"L’inversion de la courbe est un appel au secours, estime Bank of America Merrill Lynch. Une récession suit en général, avec un délai, mais une action monétaire prompte peut éviter une récession." C’est pourquoi tous les regards sont à nouveau tournés vers les banques centrales. Certains espèrent que la traditionnelle réunion des banquiers centraux à Jackson Hole – qui débute ce vendredi 23 août – apporte quelques indices quant à l’avenir à court terme des politiques monétaires.

Certains investisseurs n’ont toutefois pas attendu ce grand rendez-vous pour se positionner de manière plus défensive sur les marchés financiers. Selon l’enquête hebdomadaire de la Bank of America, ils se sont rués sur les fonds composés d’emprunts publics et d’emprunts en catégorie d’investissement. Les fonds obligataires ont ainsi enregistré des entrées à hauteur de 16 milliards de dollars entre le 7 et 14 août. Soit leur quatrième plus importante collecte hebdomadaire jamais enregistrée.

D’autres valeurs refuges comme l’or ont également bénéficié de cette aversion au risque. Le métal jaune a grimpé jusque 1.528,10 dollars l’once ce vendredi, engrangeant un gain de 0,86% cette semaine.

Côté actions, par contre, le rouge est présent presque partout. L’indice Stoxx 600 a cédé 0,52% cette semaine. Les valeurs cycliques ont été particulièrement malmenées. En témoigne la performance hebdomadaire des secteurs automobile (-2,99%), des ressources de base (-2,05%) et pétrolières (-1,86%). Même constat à la Bourse de Bruxelles. Son indice de référence, le Bel 20, a lâché 1,02% sous le poids des titres KBC (-2,32%), Umicore (-2,53%) et Solvay (-2,42%). Notons tout de même le bond de WDP (+ 4,55%). Encore un signe de l’aversion au risque.

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