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Les marchés d'actions en mode correction

La tendance haussière sur les marchés s'est essoufflée depuis le mois de juin. ©AFP

Le Bel 20 et le DAX ont perdu plus de 5% depuis leur dernier sommet le 21 juillet. Les craintes d'une seconde vague de Covid-19 inquiètent les investisseurs.

Depuis une semaine, les marchés d’actions ont inversé la tendance. Le Bel 20 et le DAX sont entrés en correction avec une perte de plus de 5% par rapport à leur sommet du 21 juillet. Le Stoxx 600 a reculé de près de 3% depuis son pic du 23 juillet. Aux Etats-Unis, le Nasdaq a lâché 2,6% après avoir touché un sommet historique à 10.820,53 points le 13 juillet. Le S&P 500 s’est replié d’un léger 0,6% depuis son pic du 23 juillet. Sur les marchés asiatiques, l’indice de la Bourse de Shanghai s’approche aussi de la correction avec un recul de 4,75% depuis son sommet du 9 juillet. L’indice Hang Seng a lui corrigé de plus de 6% depuis son pic du 6 juillet. Pendant ce temps, le cours de l’or a battu son record historique et les analystes prédisent qu’il pourrait toucher 2.000 dollars. "Depuis quelques semaines, les craintes d’une deuxième vague de Covid-19 qui obligeraient à prendre des mesures contraignantes ont pris le dessus", constate Vincent Juvyns, stratégiste en chef chez JPMorgan Asset Management. 

"Après une hausse pareille, il fallait une stabilisation. La correction que l’on observe actuellement marque une pause sur les marchés, mais on l’avait anticipée."
Koen Maes
Responsable de la stratégie chez Candriam

Depuis le mois de juin, la volatilité est revenue sur les marchés d’actions, avec déjà une première vague de correction, suivie par une remontée temporaire des cours de Bourse. Le recul des marchés a repris depuis lors, alors que la saison des résultats d’entreprise apporte un éclairage sur l’impact de la pandémie sur les sociétés cotées. "Dans l’ensemble, les résultats d’entreprise ne sont pas bons", relève Koen Maes, responsable de la stratégie chez Candriam. "Ceux des sociétés cycliques ne sont pas particulièrement bons, mais on constate que le secteur bancaire rassure les marchés en termes de bénéfice et de génération de fonds propres. Dans le cas d’AB InBev, les résultats sont aussi meilleurs que prévu, même s’ils ne sont pas bons", ajoute-t-il.

Une correction attendue

Le repli actuel des marchés d’actions était attendu par les économistes. Car la forte progression des Bourses mondiales depuis leur point bas de mars, en déconnexion complète avec la réalité économique, interrogeait beaucoup d’observateurs. "Depuis leurs plus bas, les marchés d’actions ont pris entre 30 et 40%, même si ceux-ci restent en-dessous de leurs plus hauts du début de l’année", indique Koen Maes. "Après une hausse pareille, il fallait une stabilisation. La correction que l’on observe actuellement marque une pause sur les marchés, mais on l’avait anticipée", ajoute-t-il.

"Depuis quelques semaines, les craintes d’une deuxième vague de Covid-19 qui obligeraient à prendre des mesures contraignantes ont pris le dessus."
Vincent Juvyns
Stratégiste en chef chez JPMorgan Asset Management

Pour rappel, depuis le début de l’année, le Bel 20 enregistre un recul de 15,4%, le DAX de 6,16%, le Stoxx 600 de 13,24% et le Hang Seng de 12,49%. Par contre, le  Shanghai Composite, le S&P 500 et le Nasdaq affichent une performance positive, de 8,52%, 0,5% et 18% respectivement.

"L’émergence d’une deuxième vague de Covid-19 inquiète les marchés. Ceux-ci avaient fortement rebondi grâce aux plans de relance adoptés partout et à des politiques monétaires très accommodantes. Les investisseurs anticipaient qu’en 2021, la crise toucherait à sa fin et qu’une deuxième vague n’aurait pas lieu", nuance Vincent Juvyns. "On regardait l’exemple de la Chine, qui a connu le scénario parfait avec un premier trimestre catastrophique et un deuxième trimestre bien meilleur que prévu avec une reprise de l’activité industrielle et de la consommation. Les marchés rêvaient que la Chine serve de modèle à l’économie mondiale", ajoute-t-il. "Or, on voit qu’en Europe et aux Etats-Unis, la même direction n’est pas empruntée, et cela alerte les marchés", précise-t-il.

-15%
la baisse du Bel 20
L'indice phare de la Bourse de Bruxelles chute fortement depuis le début de l'année, malgré une remontée spectaculaire après le creux du mois de mars.

Vincent Juvyns dit s’inquiéter de la situation actuelle. "On espérait un redémarrage en septembre, mais pour certains secteurs, cela semble compromis. De plus, on peut craindre que les dépenses publiques dérapent pour soutenir l’économie", indique-t-il.

Les chiffres du PIB au deuxième trimestre en Amérique et en Europe ont montré une contraction importante. Le PIB des Etats-Unis, publié jeudi, a chuté de 32,9% au deuxième trimestre, en rythme annualisé, marquant l'entrée officielle de la première économie mondiale en récession.   L'Allemagne, première économie européenne, a dévoilé de son côté un plongeon historique de 10,1% de son PIB au deuxième trimestre et le Mexique une chute de 17,3%, la plus forte de son histoire.

Une réponse politique sans précédent

Toutefois, la réponse des gouvernements et des banques centrales à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19 constitue un facteur de soutien important pour les marchés d’actions, estiment les deux économistes. "La réponse des autorités publiques a été excellente. En Europe, un accord a été arraché pour le plan de relance économique. Il est important sur le plan symbolique. Cela montre que la crise a fait avancer l’Europe", observe Vincent Juvyns. "Pour la première fois, on assiste à un vrai projet européen, qui ne consiste pas à punir les pays à problèmes, mais à les aider avec des dons et des emprunts. La réponse monétaire est aussi du jamais vu", indique Koen Maes.

Des valeurs européennes privilégiées

Suite au plan de relance adopté par les pays de l’Union européenne, des gestionnaires de fonds ont revu leur allocation en faveur des actions européennes. Selon un sondage de Bank of America auprès des gérants de fonds, la part allouée aux actions européennes a augmenté. 21% d’entre eux ont déclaré vouloir investir dans ces titres dans les douze prochains mois, contre 14% en juin lors du précédent sondage. Chez JPMorgan Asset Management, l’Europe est aussi surpondérée. "Nous recommandons d’acheter les actions européennes. La crise sanitaire est mieux gérée que dans d’autres pays, comme les Etats-Unis et ceux d'Amérique latine", indique-t-il. "Le système de protection sociale a souvent joué contre l’Europe. Aux Etats-Unis, lorsque les entreprises voient leurs profits baisser, elles licencient. Ce qui leur permet de redémarrer quand la reprise économique est là. En Europe, le système de protection sociale peut freiner cette reprise. Mais pas cette fois-ci. On assiste à une crise très violente. Alors qu’en 2008, il fallait un prêteur de dernier recours, dans le cas présent, il faut un employeur de dernier recours. Les plans de relance vont permettre aux entreprises de redémarrer", précise-t-il. "La prime de risque est réduite sur les actions européennes", ajoute-t-il.

2.000 dollars
en vue pour l'or
Les cours de l'or pourraient bientôt toucher ce palier, selon de nombreux analystes.

Koen Maes privilégie aussi les valeurs européennes, mais il donne sa préférence pour les titres 'value' dans les secteurs de l’infrastructure et des banques, qui ont souffert jusqu’à présent des conséquences du confinement suite à la pandémie de Covid-19. Le secteur bancaire a dû suspendre ses rachats d’actions et la distribution de dividendes jusqu’en 2021, à la demande des banques centrales européenne et anglaise.  Koen Maes n’est pas le seul à privilégier les banques européennes. Chez Aviva Investors, les gestionnaires de fonds estiment aussi que le secteur pourrait résister à la crise du Covid-19.  "Depuis le début de la crise, les craintes que la récession économique affecte la rentabilité des banques ont entraîné une forte baisse du prix des actions et des obligations émises par les entreprises de ce secteur", écrivent Oliver Judd et Jaime Ramos Martin, respectivement co-responsable de la recherche crédit et gérant d'actions mondiales pour la société de gestion, dans une note. "Il est très difficile de faire des prévisions économiques en raison des incertitudes mais aujourd'hui, nous ne croyons pas au risque d'une nouvelle crise bancaire", fait valoir Olivier Judd. "Malgré des montants très élevés (et supérieurs aux anticipations des marchés), les provisions des banques au premier trimestre se sont révélées absorbables. Dans leur grande majorité, les banques restent rentables."

Des actifs à ne pas négliger

Koen Maes indique également privilégier les valeurs technologiques et biotechnologiques américaines "en raison de leur qualité, leur croissance et leur momentum assez clair." Il recommande aussi de se positionner sur l’or , "une bonne alternative pour diversifier son portefeuille dans un monde où les taux obligataires sont très bas". Vincent Juvyns conseille lui les actions et les obligations chinoises. "Je m’attends à ce que le marché obligataire chinois soit l’actif de la décennie", indique-t-il. "Cette classe d’actifs offre le meilleur rapport risque/rendement", ajoute-t-il. Il ne préfère pas se prononcer sur l’évolution des marchés d’actions à court terme, en revanche. Koen Maes prédit, lui,  que les marchés d’actions pourraient encore reculer de 5 à 10%. "Il faudra être acheteur lorsque les niveaux des marchés seront plus bas pour profiter de la reprise", ajoute-t-il.

A court terme, la volatilité sur les marchés va perdurer, selon les stratégistes. Ils se montrent plus optimistes à moyen terme.

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