Les marchés grippés par l'épidémie croissante de coronavirus

Les bourses européennes et américaines ont vivement réagi à l'annonce d'une propagation du covid-19 en dehors de la Chine, notamment en Italie. Les investisseurs ont délaissé les actions au profit de "valeurs refuges" comme l'or ou les bons d'Etat américains.

D'un extrême à l'autre. La résilience des marchés financiers face au nouveau coronavirus a volé en éclats ce lundi. L'indice Stoxx 600   - qui avait établi un nouveau record jeudi dernier - a dégringolé de 3,79% en une seule séance. Ce qui représente sa plus forte chute depuis juin 2016. Son pendant américain, le S&P 500, lâchait de son côté 3,12% à la clôture des marchés européens. "La séance du jour montre très clairement que les marchés ont été excessivement optimistes", résume Teewe Mevissen, économiste senior chez Rabobank.

Une correction des marchés à court terme est très probable.
Peter Oppenheimer
Stratégiste en chef de Goldman Sachs

La sonnette d'alarme avait pourtant été tirée la semaine passée par Goldman Sachs. Selon son stratégiste en chef, les investisseurs sous-estimaient l'impact du coronavirus. "Une correction (c'est-à-dire une chute de 10% par rapport au dernier pic, NDLR) à court terme est très probable", prévenait-il. Mais les marchés n'y ont guère prêté attention, préférant voir dans les dernières données macroéconomiques la preuve qu'il s'agit d'un problème temporaire.

"Les investisseurs semblent avoir parié sur trois choses. Premièrement, que le virus sera contenu dans les prochaines semaines. Deuxièmement, que la Chine adoptera de fortes mesures de relance budgétaire et monétaire. Enfin, que la demande impactée par le virus sera différée, et non simplement perdue. Malheureusement, aucune de ces choses n'est certaine", explique ce lundi Clara Ferreira Marques, chroniqueuse pour Bloomberg Opinion.

Aviation, luxe... tout y passe

C'est donc la douche froide et aucun secteur n'est épargné. Les valeurs les plus exposées à la conjoncture économique sont naturellement les plus malmenées. En Europe, le compartiment du tourisme a signé la plus forte baisse sectorielle (-5,98%), suivi par celui des matières premières (-5,88%) et celui de l'automobile (-5,52%). Selon l'analyste Stephanie D'Ath (RBC), l'épidémie de covid-19 pourrait faire baisser les bénéfices des opérateurs aériens entre 3% et 4% cette année. Fraport, l'exploitant de l'aéroport de Francfort, pourrait être le plus touché.

6%
du chiffre d'affaires
L'Italie représente environ 6% du chiffre d'affaires pour le secteur du luxe, voire davantage pour des sociétés comme Moncler (11%).

Chez Bloomberg Intelligence, on s'inquiète pour les activités de la compagnie aérienne EasyJet. "Les vols vers le sud de l'Europe, y compris l'Italie, ont représenté environ un tiers des revenus d'EasyJet en 2019", rappelle l'analyste Rob Barnett. En cas de forte hausse du nombre de cas d'infections, il craint que les vols intra-européens baissent davantage qu'au premier semestre 2003, lorsque l'épidémie de SARS avait réduit de 0,4% le trafic aérien en Europe.

Les valeurs du luxe - qui avaient déjà souffert fin janvier - ont à nouveau chuté en bourse. L'Italie représente environ 6% de leur chiffre d'affaires, voire davantage pour des sociétés comme Moncler ou Prada. "Une mise en quarantaine de l'Italie exacerberait les problèmes d'approvisionnement, dans une industrie déjà fortement touchée au premier trimestre compte tenu de sa forte exposition aux consommateurs chinois", craint Deborah Aitken, de Bloomberg Intelligence.

Et maintenant?

Le moment est-il venu de passer en mode défensif sur les marchés? Si beaucoup tablent sur une forte volatilité à court terme, peu de stratégistes osent recommander de sous-pondérer les actions. La faute à des rendements obligataires toujours plus faibles - le 30 ans américain est tombé à un plus bas historique - qui poussent les investisseurs à prendre plus de risque, en espérant que les banques centrales seront là pour éteindre tout incendie. Selon les intervenants de marché, il y a 50% de chances que la Banque centrale européenne (BCE) baisse ses taux en juillet.

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