Les marchés inquiets d'un "défaut" grec face au FMI

Pour le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, c’est aux créanciers de faire un geste ©AFP

Athènes a brandi la menace d’un refus de payer le Fonds monétaire international début juin. La Bourse d’Athènes a trébuché. L’euro est au plus bas en un mois.

Paiera? Paiera pas? Le gouvernement grec sème le doute sur le remboursement de 300 millions d’euros au Fonds monétaire international (FMI) théoriquement prévu le 5 juin. Le flou entretenu autour de ce paiement a affecté les marchés lundi. L’euro a continué à reculer face au dollar. La Bourse d’Athènes a subi l’une des plus fortes baisses du jour en Europe.

Faute d’un accord avec ses créanciers sur les réformes exigées en contrepartie de l’aide financière accordée, la Grèce se trouvera bientôt à court de liquidités. Le pays doit encore recevoir une tranche d’aide financière de 7,2 milliards d’euros dans le cadre du plan de sauvetage conclu avec la zone euro et le FMI. Ces derniers ne libéreront cet argent que si la Grèce met en œuvre les réformes promises, qui touchent aux pensions et au droit du travail.

"Cet argent ne sera pas donné et il n’y en a pas à donner"
Nikos Voutsis
Ministre grec de l’Intérieur

Les négociations s’enlisent depuis des mois, si bien que la Grèce racle les fonds de tiroirs pour payer ses fonctionnaires et ses créanciers. Au début du mois, le pays a dû puiser dans un fonds d’urgence pour régler un remboursement de 750 millions d’euros au FMI. Athènes, qui devrait payer plus de deux milliards d’euros à ses fonctionnaires à la fin du mois, doit à nouveau passer à la caisse en juin. Les Grecs devront verser 1,5 milliard d’euros au FMI en quatre étapes. La première surviendra dans dix jours à peine. Le 5 juin, la Grèce doit rembourser 300 millions d’euros au Fonds.

L’euro à moins de 1,10$

"Cet argent ne sera pas donné et il n’y en a pas à donner", a averti dimanche le ministre grec de l’Intérieur, Nikos Voutsis. Après cette menace de défaut de paiement, le gouvernement grec a rectifié sa communication lundi. Un porte-parole de l’exécutif a déclaré qu’Athènes ne posait pas d’ultimatum mais qu’il était urgent de parvenir à un accord avec ses créanciers à court terme, à cause de ses problèmes de liquidités. "Dans la mesure où nous serons capables de payer, nous honorerons toutes nos obligations", a-t-il ajouté.

Mais sur les marchés, les investisseurs ont surtout retenu le risque de voir la Grèce manquer son remboursement au FMI la semaine prochaine. Ce regain d’inquiétude au sujet d’un éventuel défaut de paiement grec a pesé sur l’euro et la Bourse d’Athènes. La monnaie unique est revenue en dessous de 1,10 dollar pour la première fois depuis le 29 avril. À 18h, la devise européenne se traitait à 1,0974 dollar, contre 1,1013 dollar vendredi soir. Depuis le 15 mai, l’euro a perdu plus de 4% face au billet vert.

L’indice ASE (Athens Stock Exchange) a quant à lui reculé de 3,11% lundi, l’une des plus fortes baisses en Europe. Le secteur bancaire a particulièrement souffert. Et pour cause: si les agences d’évaluation financière plaçaient la Grèce en défaut de paiement, la Banque centrale européenne (BCE) ne pourrait plus accepter les obligations du pays en garantie de ses prêts aux banques grecques.

Toutefois, les principales agences de notation ont déjà fait savoir qu’elles ne considéraient pas une absence de remboursement au FMI comme un défaut, s’agissant d’un prêt institutionnel, hors marché. Mais la Grèce devra aussi rembourser près de 7 milliards d’euros à la BCE durant l’été. Or, l’agence Moody’s estime que ne pas honorer ces échéances-là entraînerait un défaut de paiement.

Athènes poursuit néanmoins son bras de fer avec les instances européennes. Interrogé dimanche sur la BBC, le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a affirmé que si la Grèce était contrainte de quitter la zone euro, ce serait "le début de la fin du projet de monnaie unique en Europe".

Il estime que c’est à présent aux créanciers d’Athènes de faire un geste: "Il n’est pas dans l’intérêt de nos créanciers que la vache qui produit le lait soit mangée sous prétexte que le lait ne suffit pas à les rembourser." Le FMI sera-t-il à la diète dans dix jours?

[Suivez Philippe Galloy sur Twitter en cliquant ici]

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés