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"Les marchés sont truqués"

Frank Vranken (Puilaetco) souligne n'avoir jamais vu une situation pareille sur les marchés de toute sa carrière. ©Kristof Vadino

Frank Vranken, stratégiste en chef chez Puilaetco, explique la hausse des marchés par l'injection massive de liquidités par les banques centrales.

Frank Vranken, stratégiste en chef chez Puilaetco, constate une énorme dichotomie entre les marchés d’actions et la conjoncture économique. Les bourses continuent de grimper alors que les indicateurs conjoncturels illustrent le choc que vivent les économies mondiales face à la pandémie de Covid-19. Le stratégiste avoue n’avoir jamais observé une telle situation en 28 ans de carrière. L’explication tient selon lui en une seule cause: les abondantes liquidités sur les marchés.

Les marchés d’actions sont-ils trop optimistes?

Les marchés sont parfois trop optimistes ou trop pessimistes. Mais dans le cas présent, on assiste à une vague de liquidité instaurée par les banques centrales qui dessert les marchés. La Réserve Fédérale américaine a injecté des milliards de dollars et s’apprête à en injecter davantage. Face aux énormes taux d’endettement des États, les banques centrales ont tout fait pour maintenir les taux d’intérêt extrêmement bas comme au Japon. Sinon, les pays auraient du mal à se financer. La seule façon d’y arriver, c’est en asseyant la courbe des taux et en injectant davantage d’argent sur les marchés. On n’assiste pas à un pari sur les valorisations sur les marchés. On est dans la logique "j’ai des liquidités, que faire?". Les futurs bénéfices des sociétés sont actualisés à un taux d’escompte très bas, ce qui donne des valorisations loufoques. Les marchés sont truqués. Les banques centrales faussent la donne.

Certains secteurs en profitent davantage. Pourquoi?

On assiste à une sécession entre les secteurs de la nouvelle économie comme la technologie et les secteurs plus anciens. Mais on voit une rotation s'opérer en faveur des banques. Celle-ci n'a rien à voir avec le sentiment des investisseurs envers les banques. Mais la masse de liquidités sur les marchés a conduit à rechercher des titres avec de meilleures valorisations. Les banques affichent une valorisation de 30% de leur valeur comptable, comme s'il n'y aurait plus de banques dans quelques années. Le marché ne tient que par les banques centrales. Toutefois, certaines sociétés ne pourront pas repayer leurs emprunts. Elles ne pourront pas profiter de la force des banques centrales qui n'achètent que des obligations de grandes sociétés.

"On est dans la logique 'j’ai des liquidités, que faire?'".
Frank Vranken
Stratégiste en chef chez Puilaetco

Quel est le risque avec cette situation inédite?

La situation est perverse. Tant que l'économie bat de l'aile, les marchés auront la conviction que les banques centrales viendront au secours des économies et imprimeront de l'argent, pour soutenir les États qui émettent de la dette. Tant que ce mécanisme tourne, les marchés vont continuer de monter. Le risque repose sur une amélioration de l'économie qui amènerait les banques centrales à lever le pied. On assisterait alors à un jeu de chaises musicales, car l'appui aurait diminué. À ce moment-là, des titres pricés comme dans le meilleur des mondes risqueraient d'être remis en question.

"Tant que l'économie bat de l'aile, les marchés auront la conviction que les banques centrales viendront au secours des économies et imprimeront de l'argent."
Frank Vranken
Stratégiste en chef chez Puilaetco

Les marchés n'anticipent pas une amélioration économique?

La hausse des marchés est purement monétaire. Les investisseurs n'anticipent pas une amélioration économique. Le monétarisme a amené à des taux d'intérêt négatifs, et fait escompter des gains de sociétés avec des taux extrêmement bas qui ne sont plus en ligne avec la réalité. Les banques centrales commencent à dupliquer la politique monétaire au Japon, où les taux à long terme sont maintenus extrêmement bas. Le Japon affiche une dette sur PIB de 200%. Mais tant que les investisseurs paient pour la dette, la situation dure. Je n'ai jamais vu ça dans ma carrière. Mais ce jeu peut durer pendant des années.

On assiste à une japonification des économies européennes?

Emprunter coûte de l'argent. Or le fait de garder en vie des sociétés qui disparaîtraient si les taux d'intérêt remonte à 2-3% ralentit la croissance car celles-ci rendent la vie impossible aux bonnes sociétés. La survie des meilleures sociétés fait qu'on augmente la productivité. Ce n'est pas du tout le cas.

 

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