analyse

"Les marchés sous-estiment les risques de récession"

©AFP

De plus en plus d'observateurs s'inquiètent de l'impact des tensions commerciales sur la croissance mondiale. Lequel serait sous-estimé par les marchés financiers. Certains espèrent un soutien de la Réserve fédérale américaine dans les prochains mois.

Récession. Un simple mot aux lourdes conséquences qui défraye de plus en plus la chronique ces temps-ci. En témoigne la dernière étude trimestrielle de la National Association for Business Economics (NABE), dans laquelle les économistes interrogés évaluent désormais à 60% (contre 35% lors de la précédente enquête) la probabilité que les États-Unis entrent en récession avant la fin de l'année prochaine. Seuls 15% d'entre eux pensent que cela pourrait arriver dès 2019.

Notons cependant que presque la totalité des économistes ont abaissé leurs prévisions de croissance pour cette année, tablant en moyenne sur une croissance de 2,6% contre 2,9% en 2018.

Comment expliquer cette prudence généralisée? "Le renforcement du protectionnisme commercial est considéré par la majorité des personnes interrogées comme le principal risque pour la croissance, suivi des tensions sur les marchés financiers et du ralentissement de la croissance mondiale", signale Gregory Daco (Oxford Economics), qui a dirigé l'étude de la NABE. "Les risques de récession sont perçus comme faibles à court terme, mais devraient augmenter rapidement en 2020".

40%
Une récession en 2019?
JPMorgan Chase & Co évalue désormais à 40% les risques d'une récession aux États-Unis d'ici la fin de l'année, contre 25% le mois passé.

Un risque sous-estimé par les investisseurs?

Le regain des tensions commerciales entres les États-Unis et la Chine, mais également la volonté de Donald Trump d'imposer des taxes douanières sur toutes les importations mexicaines, passent mal auprès des économistes. Mais qu'en est-il du côté des investisseurs? Si les marchés financiers ont connu en mai leur pire mois de l'année (voire le pire en dix ans pour le Bel 20), certains observateurs affirment que les marchés sous-estiment toujours les risques de récession. Le S&P 500  , l'un des trois principaux indices de Wall Street, gagne encore plus de 9% depuis le début de l'année.

"De récentes conversations avec des investisseurs ont renforcé le sentiment que les marchés sous-estiment l'impact des tensions commerciales. Les investisseurs sont généralement d’avis que la guerre commerciale pourrait durer plus longtemps, mais ils semblent ignorer son impact potentiel sur les perspectives macroéconomiques mondiales."
Chetan Ahya
économiste en chef de Morgan Stanley

Dans une note publiée ce week-end, la banque d'investissement américaine Morgan Stanley l'assure pourtant: une récession mondiale pourrait se profiler dans les neuf mois si les États-Unis imposent des tarifs douaniers de 25% sur 300 milliards de dollars de produits chinois supplémentaires et que la Chine réplique. Cela pourrait entraîner une augmentation des coûts, une baisse de la demande des consommateurs et des investissements envisagés par les entreprises.

Ce n'est d'ailleurs pas la seule banque américaine à tirer la sonnette d'alarme. Selon les analystes de Citigroup, la dernière fois que l'économie mondiale ressemblait à ce qu'elle est aujourd'hui, c'était au début de 2016. À l'époque, s'en est suivi un ralentissement significatif de l'économie dans le monde entier...

Les Américains et les Chinois parviendront-ils à un accord dans les prochains mois? ©REUTERS

La Fed attendue au tournant

Chez Goldman Sachs, les économistes ont abaissé leur prévision de croissance d'un demi-point de pourcentage, à 2%. Et d'estimer par effet de ricochet qu'il y a de plus en plus de chances que la Réserve fédérale américaine (Fed) annonce une baisse de son principal taux directeur prochainement. "Même s’il s’agit d’une décision serrée, les perspectives n’ont pas encore suffisamment changé pour qu'une baisse de taux devienne notre scénario de base", précise toutefois Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman Sachs.

Le sujet fait pour l'heure débat, même parmi les membres de l'institution monétaire. La président de la Fed de San Francisco a reconnu ce lundi que "ces discussions commerciales créent de l'incertitude dans l'économie", tout en appelant à la patience. "Je crois que pour le moment, la patience est précisément l'approche qui convient".

90%
Baisse de taux en vue?
Près de 90% des intervenants de marchés tablent à l'heure actuelle sur une baisse des taux à l'issue de la réunion de la Fed en septembre.

Notons enfin que les perspectives d'une récession aux États-Unis fin 2020 et d'une Réserve fédérale plus accommodante poussent les investisseurs à se ruer vers les "valeurs refuges". À commencer par l'or  , dont le cours est repassé au-dessus de 1.300 dollars l'once. Certains se mettent déjà à rêver d'un bond jusqu'à 1.360 dollars, soit son plus haut niveau en deux ans.

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