Les particuliers sont de retour sur les actions

William De Vijlder, stratégiste de BNP Paribas ©RV

Le détournement massif des obligations en faveur des actions a-t-il commencé? Selon BNP Paribas, les signes de la "grande rotation" se multiplient sur les marchés depuis le début de l’année

Depuis quelques semaines, le net regain de l’appétit pour le risque entraîne des rotations entre les classes d’actifs, constatent les stratégistes de BNP Paribas, William De Vijlder et Frank Vranken. Les actions des marchés développés ont connu un bon départ cette année. Les petites capitalisations européennes affichaient, au 15 février dernier, une hausse de plus de 6%. Les actions américaines progressaient de près de 7% et les actions japonaises de plus de 10% (en devise locale).

En revanche, la dette de la zone euro a perdu 0,6% depuis le début de l’année. Les performances ont aussi été décevantes dans le haut rendement européen (+ 0,6%). Les rendements obligataires ont donc suivi la hausse des actions, reflétant les anticipations des investisseurs d’une amélioration de l’économie.

Autre signe de cette rotation: les investisseurs internationaux délaissent les marchés monétaires pour revenir aux actions et dans une moindre mesure aux obligations. Les rotations s’effectuent également au sein des classes d’actifs: les investisseurs vendent leurs obligations souveraines pour acheter la dette plus risquée émise par les entreprises ou dans les marchés émergents (voir infographies).

La crise italienne? Un frein temporaire

L’instabilité politique en Italie a quelque peu freiné l’appétit des investisseurs envers le risque mais la tendance ne devrait pas fondamentalement s’inverser. "La volatilité risque de temporairement renverser la tendance", estime Frank Vranken. La promesse de la BCE, l’été dernier, de sortir le bazooka a entraîné une hausse du rapport cours/bénéfices. Les tensions en Italie peuvent entraîner une inversion de cette tendance, mais la situation ne va pas changer.Depuis l’été dernier, les Bourses européennes ont connu un rattrapage grâce à l’écartement de la perspective d’une implosion de la zone euro. Il n’y a pas de changement de ce thème mais celui-ci pourrait temporairement être mis au frigo."

En quête de rendement

Un moteur puissant mène en effet cette rotation: la quête de rendement, dans un environnement de taux toujours très bas, créé par les banques centrales. À la fin de 2012, le rendement des actions de la zone euro atteignait près de 9% (dividende et rachat d’actions compris), dépassant largement le rendement des obligations de la zone euro (2%). La prise de risque est aussi soutenue par le regain d’espoir sur les perspectives économiques mondiales.

Enfin, la peur d’une hausse des taux pousse les investisseurs à réduire leur exposition aux obligations. À tort, selon les stratégistes de BNP Paribas. "J’ai lu deux fois les Minutes de la Fed (NDLR: la publication de ces minutes avait fait chuter les Bourses la semaine dernière) et je ne les ai pas trouvées si agressives, note William De Vijlder. La stratégie de sortie de la Fed sera très graduelle et la Fed fera tout pour éviter de créer un choc. Dans la zone euro, les perspectives ne justifient pas une hausse durable des taux longs. Une hausse des taux ne doit pas constituer un danger immédiat pour les actions."

Et les investisseurs particuliers?

La rotation ne fait que débuter pour les investisseurs institutionnels européens, estiment William De Vijlder et Frank Vranken. Le pourcentage investi en actions par les fonds de pension et les assureurs de la zone euro est en effet extrêmement faible, à moins de 14%, contre 21% environ avant la crise de 2008.

Les investisseurs particuliers devraient eux aussi arbitrer, partiellement, leurs obligations en faveur d’actifs plus risqués, estiment les deux stratégistes. L’idée est de "grimper l’échelle de risque intelligemment", en diversifiant le portefeuille vers la dette émergente et les actions de bonne qualité et à dividende élevé (si l’on dispose d’un horizon suffisamment long). Reste à savoir si les investisseurs particuliers sont réellement prêts à passer à l’achat sur les Bourses, après des années d

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