Les sociétés chinoises exclues de Wall Street?

L'action d'Alibaba et celles d'autres groupes chinois étaient sous pression en bourse jeudi. ©4

Une proposition de loi votée au Sénat américain pourrait conduire à exclure les entreprises chinoises de la Bourse de New York. Nouvel épisode du regain de tensions entre Washington et Pékin.

Alibaba, Weibo ou encore JD.com devront-ils renoncer à leur cotation sur les marchés américains? Mercredi soir, le Sénat des Etats-Unis a adopté une proposition de loi visant à exiger que les sociétés cotées prouvent qu’elles ne sont pas contrôlées par un gouvernement étranger.

"Je ne veux pas entrer dans une nouvelle guerre froide mais la Chine doit jouer dans les règles."
John Neely Kennedy
Sénateur républicain

Adoptée à l’unanimité, cette proposition, cosignée par un républicain et un démocrate, prévoit que les actions d’une entreprise seront exclues des places boursières américaines si cette société n’a pas pu prouver son indépendance vis-à-vis de pays étrangers ou si le Public Company Accounting Oversight Board (PCAOB), l’organisme américain chargé de superviser les audits des sociétés cotées, n’est pas parvenu à auditer l’entreprise pendant trois années consécutives pour vérifier si elle est liée à une puissance étrangère.

Jeudi, l’approbation de cette ébauche de loi a pesé sur les cours de bourse de plusieurs groupes chinois cotés aux Etats-Unis, tels que le géant du commerce en ligne Alibaba , le réseau social Weibo , l’application de rencontres en ligne Momo , le groupe de vente sur internet JD.com  ou encore le groupe de vidéos en ligne iQiyi .

Course aux technologies

Une autre valeur chinoise fait l'objet de spéculations: le moteur de recherche Baidu . Non seulement le vote du Sénat américain menace sa cotation mais selon des sources citées par l’agence Reuters, le groupe chinois envisagerait de quitter la bourse du Nasdaq pour se faire coter sur une plateforme boursière "plus proche de la Chine" dans le but de "dynamiser sa valorisation" alors qu'il s'estimerait "sous-évalué" sur le Nasdaq.

-35,76%
Baisse de Luckin Coffee en bourse mercredi
Luckin Coffee, menacé d’être exclu de cotation sur le Nasdaq à cause d’un scandale comptable, a chuté lors de sa reprise de cotation mercredi. Le titre baissait encore nettement jeudi en fin d'après-midi.

Les élus américains s’inquiètent de voir l’argent des investisseurs (fonds de pension, fondations, etc.) en quête de rendement s’orienter vers de grandes entreprises chinoises au lieu de financer les géants technologiques américains et d’ainsi contribuer aux efforts de ces derniers pour s’imposer dans la course à l’intelligence artificielle, à la conduite autonome ou encore à la gestion des masses de données (big data).

"Je ne veux pas entrer dans une nouvelle guerre froide mais la Chine doit jouer dans les règles", a déclaré John Neely Kennedy, le sénateur républicain coauteur de la proposition de loi, cité par l’agence Bloomberg.

Tensions sino-américaines

Le vote du sénat US intervient alors que le groupe chinois Luckin Coffee  est menacé d’être exclu de cotation sur le Nasdaq à cause d’un scandale comptable qui a provoqué une dégringolade de plus de 35% de son action mercredi, après un mois de suspension. Jeudi, en fin d'après-midi, le titre de la chaîne de cafés baissait à nouveau, de plus de 25%.

Ces événements alimentent les tensions sino-américaines qui ont connu une nouvelle escalade ces dernières semaines. Fin avril, le président des Etats-Unis, Donald Trump, critiqué dans son pays pour sa gestion de la crise sanitaire, avait blâmé la Chine au sujet de l'origine supposée de la pandémie et l'avait menacée de représailles commerciales. La Chine avait rétorqué que le gouvernement américain cherchait à noircir les faits pour détourner l'attention de ses propres erreurs.

Mercredi soir, le Président américain en a rajouté une couche, accusant la Chine de lancer des "attaques de désinformation et de propagande contre les Etats-Unis et l'Europe" à propos du coronavirus et de vouloir "à tout prix" que Joe Biden gagne la présidentielle en novembre pour pouvoir "continuer à arnaquer les Etats-Unis". Wall Street n'appréciait guère et s'inscrivait en baisse jeudi en fin d'après-midi.

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