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Les taux d'intérêt ont nettement baissé en trois mois

Depuis mai, les taux de référence des marchés obligataires ont perdu près d'un demi-point de pourcentage. ©ANP

Les marchés obligataires contredisent les marchés d'actions, qui sont au plus haut. Ce serait dû à la faible liquidité et aux achats des banques centrales.

Depuis près de trois mois, les taux d'intérêt sont orientés à la baisse. Ça pourrait refléter les inquiétudes des investisseurs au sujet de la propagation du variant Delta du coronavirus, mais la moindre liquidité estivale et les interventions des banques centrales sont aussi à prendre en considération. Reste que la décorrélation entre les marchés d'actions et les marchés obligataires pose question.

-0,18%
Taux belge à dix ans
Le taux d'intérêt des obligations de l'État belge arrivant à échéance dans dix ans est tombé à -0,18%, mercredi, en cours de séance.

Le 19 mai, le taux d'intérêt des obligations belges à dix ans avait culminé à 0,30%. Mercredi, il est tombé à -0,18% en cours de séance, soit une baisse 0,48 point de pourcentage. Les autres taux de référence des marchés obligataires ont suivi le même chemin.

Le rendement du Bund allemand à dix ans, repère des investisseurs en zone euro, est passé de -0,07% à la mi-mai à -0,52% mercredi et le taux des Treasuries américains à dix ans, très suivi aux États-Unis, est tombé à moins de 1,13%, contre 1,70% le 13 mai.

Le Bund à trente ans en négatif

Autrement dit, en moins de trois mois, les principaux taux d'intérêt ont chuté d'environ 0,5 point de pourcentage, un mouvement significatif, surtout dans l'environnement de taux toujours bas qui caractérise le marché obligataire actuellement. Cette baisse des rendements est observée sur l'ensemble de la courbe des taux dans tous les pays.

"Les marchés boursiers et les marchés obligataires semblent percevoir totalement différemment la situation, sans logique commune."
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC

Mercredi, pour la toute première fois, le taux italien à deux ans est tombé en dessous de -0,5%, le niveau fixé par la Banque centrale européenne pour sa facilité de dépôt. Le taux allemand à trente ans est, quant à lui, retombé en dessous de zéro pour la première fois depuis début février. De manière générale, les taux européens sont de retour à leur niveau d'il y a environ six mois.

Habituellement, ce phénomène intervient quand les investisseurs sont inquiets et privilégient des valeurs refuges telles que les obligations des États. Leurs achats font alors grimper les cours de ces titres, ce qui provoque de manière mécanique une baisse de leurs taux d'intérêt. En effet, le coupon attaché à une obligation représente alors un pourcentage moindre du prix de celle-ci, puisque ce dernier a augmenté. Les taux évoluent donc dans le sens opposé des cours des obligations.

Divergence avec les actions

Mais d'ordinaire, les inquiétudes qui provoquent ces baisses de taux conduisent aussi les investisseurs à fuir le risque, et donc à vendre des actions. Or, c'est tout le contraire qui s'est produit au cours des trois derniers mois. Dans ce laps de temps, les principaux indices des marchés d'actions ont grimpé de plus de 5%. Le Stoxx Europe 600 et le S&P 500 de la Bourse de New York enchaînent les records.

"Durant les mois d'été, la liquidité est bien plus faible. L'impact des achats des banques centrales a donc été bien plus important."
Antoine Bouvet
Stratégiste des taux chez ING

"Les marchés boursiers et les marchés obligataires semblent vivre deux vies différentes et percevoir totalement différemment la situation sans qu’il y ait une logique commune", indique Bernard Keppenne, chef économiste de CBC. "Les bourses engrangent des records et profitent, d’une part, d’indicateurs économiques solides, en tout cas en Europe et aux États-Unis, et, d’autre part, des résultats des entreprises qui dépassent les prévisions. Ça, c’est le côté pile. Le côté face, c’est le recul des rendements obligataires. C'est comme si le marché obligataire ne voyait que l’impact négatif du variant Delta et s’inquiétait des perspectives économiques."

Cette divergence entre marchés d'actions et d'obligations est paradoxale mais pourrait avoir une explication. "Durant les mois d'été, la liquidité est bien plus faible", note Antoine Bouvet, stratégiste des taux chez ING. "L'impact des achats des banques centrales a donc été bien plus important."

Le résumé

  • Les taux d'intérêt européens ont régressé d'environ un demi-point de pourcentage en moins de trois mois, un phénomène également observé sur d'autres marchés.
  • Le taux belge à dix ans est tombé à -0,18% mercredi en cours de séance, tandis que le taux italien à deux ans est passé sous -0,5%, une première.
  • Habituellement, cela traduit une inquiétude des investisseurs mais paradoxalement, les marchés d'actions atteignent des records, ce qui démontre un appétit de ceux-ci pour le risque.
  • La divergence entre les taux d'intérêt des obligations et les marchés d'actions pourrait être due à une moindre liquidité durant l'été, combinée à la poursuite des achats des banques centrales.

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