Les taux pourraient continuer à baisser

©Shutterstock

Les taux d'intérêt de l'Allemagne et de la Belgique sont au plus bas depuis l'automne 2016. La partie basse de la courbe des taux allemands s'inverse. Aux Etats-Unis, l'inversion de la courbe s'accentue. Des stratégistes entrevoient une poursuite de cette chute des taux.

On n'avait plus vu ça depuis deux ans et demi sur le marché des obligations. Mercredi, le taux des obligations gouvernementales belges à dix ans (Olo) est tombé à 0,3%, son plus bas niveau depuis l'automne 2016. De son côté, le taux d'intérêt du Bund allemand à dix ans est tombé à -0,178% pour la première fois depuis le 30 septembre 2016, non loin de son plancher historique de -0,205% touché le 6 juillet 2016 en cours de séance.

En Allemagne, on assiste même à une inversion de la partie basse de la courbe des taux: ce jeudi, le taux du Bund à trois ans se situe à -0,65%, alors que l'échéance à un an présente un rendement de -0,60%. Habituellement, les taux courts sont plus bas que les taux longs.

Inversion de la courbe accentuée

Dans le passé, les récessions ont très souvent été précédées d'inversions de la courbe des taux d'intérêt.

Or, aux Etats-Unis, l'inversion de la courbe des taux s'accentue. Ce jeudi, le rendement des titres américains à trois mois se situe à plus de 2,3%, soit bien au-delà du niveau actuel du taux US à dix ans, qui fluctue ce jeudi autour de 2,25%. L'écart entre ces rendements n'a plus été aussi élevé depuis 2007, d'après les données de Bloomberg.

Recherche de valeurs refuges

Depuis le début du mois de mai, les investisseurs délaissent les actifs risqués (actions, obligations de mauvaise qualité) au profit des valeurs refuges (obligations gouvernementales des pays les plus solides sur le plan financier). Cela provoque une hausse des cours de ces obligations de qualité et, de manière mécanique, une baisse de leurs taux d'intérêt, parce que le coupon attaché à l'obligation devient proportionnellement moins élevé par rapport à la valeur du titre qui augmente.

En réalité, si les actions sont sur la pente descendante depuis quatre semaines, après avoir déjà connu un épisode très négatif au quatrième trimestre 2018, les taux d'intérêt obligataires sont, eux, orientés à la baisse depuis bien plus d'un an déjà. Après avoir atteint 0,8% en février 2018, le taux du Bund à dix ans a entamé une longue glissade. Le taux belge à dix ans se situait quant à lui à plus de 1% en février 2018 et se tasse de la même manière depuis lors.

Vers trois baisses de taux de la Fed

La glissade des rendements obligataires peut avoir plusieurs causes. La principale réside probablement dans les changements d'orientation des politiques monétaires de la Réserve fédérale (Fed) aux Etats-Unis et de la Banque centrale européenne en zone euro. Les deux institutions ont arrêté de durcir leurs politiques dernièrement.

Pourquoi les taux des obligations baissent-ils si rapidement? Parce que l'inflation va reculer davantage? Parce qu'une baisse des taux des banques centrales est plus probable? Ou parce qu'on anticipe un ralentissement plus net de la croissance? Beaucoup de questions, peu de réponses...
Frank Vranken
Chef stratégiste chez Puilaetco Dewaay

Or, d'après les données de Bloomberg, les contrats à terme sur les taux américains indiquent que les marchés tablent désormais sur trois baisses des taux directeurs de la Fed d'ici la fin de l'année prochaine, ce qui pourrait continuer à peser sur l'ensemble des taux d'intérêt des obligations.

Les stratégistes de Morgan Stanley estiment que les taux pourraient continuer à baisser dans la perspective d'un retournement de la conjoncture mondiale.

Une poursuite de la baisse?

"Nous devons nous demander pourquoi les taux des obligations baissent si rapidement", analyse Frank Vranken, chef stratégiste chez Puilaetco Dewaay. "Est-ce parce que nous croyons que l'inflation va baisser davantage? Est-ce que ça préfigure une probabilité accrue de baisses des taux des banques centrales? Ou est-ce simplement le signe que les investisseurs en obligations prévoient davantage de ralentissement de la croissance? Beaucoup de questions, peu de réponses..."

Les investisseurs évoluent donc actuellement dans un marché en manque de visibilité, une situation qui doit beaucoup à l'incertitude liée à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

D'après un stratégiste de Société Générale, les risques géopolitiques, dont la dégradation des relations entre USA et Chine et un retour des craintes sur le Brexit, pointent vers une poursuite de la baisse des taux. D'autres analystes estiment que si les indicateurs conjoncturels (chiffres de l'emploi, indices PMI, etc.) déçoivent dans les prochaines semaines, la tendance à la baisse des taux devrait continuer.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés