Les trois questions auxquelles la BCE devra répondre

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, tiendra une conférence de presse jeudi à partir de 14h30. Elle devra notamment répondre de la force de l'euro. ©EPA

Le conseil des gouverneurs, l'organe décisionnel de la Banque centrale européenne, se réunit mercredi et jeudi. La question de la force de l'euro sera au cœur de l'attention.

C’est une rentrée particulière pour beaucoup d’entre nous. Même pour la Banque centrale européenne (BCE). Reprise en perte de vitesse, renforcement de l’euro, inflation négative… L’environnement économique reste très incertain et la pandémie du Covid-19 n’arrange pas les choses.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, devra une nouvelle fois jouer les équilibristes entre paroles rassurantes pour les uns et preuves de détermination pour les autres. Voici les principales questions auxquelles elle devra répondre dans le communiqué publié jeudi à 13h45 et lors de sa conférence de presse qui se tiendra à partir de 14h30.

L'Echo

1. L'euro, force ou inconvénient pour la reprise?

C'est le point d'orgue de cette réunion. Profitant de la faiblesse du billet vert, la monnaie unique a gravi les échelons tout au long de l'été pour atteindre 1,20 dollar début septembre. De quoi inquiéter certains membres de la banque centrale quant à son potentiel impact sur une économie fragilisée. L'économiste en chef de la BCE, Philip Lane, a reconnu publiquement que "le taux de change euro-dollar était important" aux yeux de l'institution.

"Christine Lagarde peut souligner que la BCE surveille de près l'euro tout en rappelant que le taux de change n'est pas considéré comme un objectif."
Carsten Brzeski
chief economist chez ING

"Cette appréciation de l’euro pose beaucoup de problèmes à la BCE, car elle réduit le taux d’inflation. En effet, cette appréciation provoque une diminution des prix en euros des biens importés dont la valeur a été libellée en monnaies étrangères", explique Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. Or de nombreux observateurs estiment que l'accès de faiblesse du dollar n'est pas encore terminé malgré son récent rebond.

Christine Lagarde va-t-elle à son tour s'exprimer sur le sujet? Pour Carsten Brzeski, chief economist chez ING, il est encore "trop tôt". "Nous ne nous attendons pas à des commentaires du type Trichet (du nom de l'ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet, NDLR) sur une appréciation 'brutale' de l’euro. Néanmoins, Christine Lagarde peut souligner que la banque centrale surveille de près l'euro tout en rappelant que le taux de change n'est pas considéré comme un objectif."

2. Comment raviver l'inflation en Europe?

Autre sujet de préoccupation: l'inflation. Si cela fait des années que la hausse des prix en zone euro est inférieure à l'objectif de la Banque centrale européenne, c'est-à-dire proche mais inférieure à 2%, la situation est encore plus compliquée aujourd'hui. Le taux d'inflation est ressorti à -0,2%, sur un an en août, après +0,4% le mois précédent.

-0,2%
Inflation négative en zone euro
Selon une première estimation d'Eurostat, les prix à la consommation dans la zone euro ont enregistré en août leur première baisse en rythme annuel depuis plus de quatre ans.

"Ce sont surtout les caractéristiques de cet effondrement qui doivent préoccuper la banque centrale", souligne Éric Dor, qui pointe la baisse de l'inflation sous-jacente, hors énergie, alcool, aliments et tabac. "Le taux de croissance des prix des services se réduit fortement depuis le début de l’année. Ces prix sont censés être un facteur de résistance aux forces déflationnistes. Or ils décrochent complètement."

Comment va réagir la banque centrale et sa présidente Christine Lagarde? Aucune grande annonce n'est pour l'instant attendue par les intervenants de marché. Encore moins une baisse du taux de dépôt. Mais la BCE pourrait préparer le terrain pour de nouvelles mesures dans les prochains mois.

3. Quelles sont les perspectives pour la zone euro?

Cette réunion sera aussi l'occasion pour la BCE de mettre à jour ses prévisions à court et moyen termes. Pour mémoire, la banque centrale a déjà abaissé ses estimations lors de sa réunion de juin et tablait sur une inflation de 0,3% cette année (contre 0,8% auparavant). "Toute [nouvelle] révision à la baisse augmentera la probabilité d'une relance monétaire supplémentaire", prévient Carsten Brzeski.

Selon l'économiste, même si des membres de l'institution ont émis des avis discordants sur l'évolution de l'économie européenne, la BCE devrait probablement acter une reprise en V tout en soulignant encore le niveau élevé d'incertitude.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés