analyse

"Liquidité n'est pas synonyme de prêt"

©AFP

Les économistes sont sceptiques sur la réussite des opérations de refinancement ciblé à long terme (TLTRO) de la BCE pour relancer le crédit bancaire à l'économie réelle.

Il faudrait que le crédit bancaire aux entreprises privées de la zone euro augmente annuellement et régulièrement de 3% pour que l'inflation remonte, estiment des économistes interrogés par Reuters, qui doutent par ailleurs que cela se produise.

Interrogés du 22 au 24 septembre, ces économistes se montrent par ailleurs sceptiques sur la réussite des opérations de refinancement ciblé à long terme (TLTRO) pratiquées par la Banque centrale européenne (BCE) pour relancer le crédit bancaire à l'économie réelle.

Ces économistes pensent enfin que la collecte des banques sera de 175 milliards d'euros lors de la prochaine TLTRO en décembre, un montant identique à celui donné par des professionnels du marché monétaire interrogés par Reuters cette semaine. La collecte avait été de 82,6 milliards d'euros la semaine dernière.

"On peut se demander dans quelle mesure les entreprises et les ménages veulent réellement emprunter".
Philip Shaw
économiste d'Investec

Ce constat laisse penser que le crédit bancaire, en diminution depuis des années, ne décolle pas en raison d'une insuffisance de la demande et non de l'offre.

"Des choses comme les TLTRO n'ont pas été mises à l'épreuve avant et même si nous pouvons en principe considérer qu'elles peuvent avoir quelque effet positif il est difficile de se persuader de leur réussite", dit Philip Shaw (Investec).

La BCE commence à se trouver à court de ressources après avoir, début septembre, réduit à nouveau des taux directeurs qui étaient déjà ultra-bas et annoncé son intention de racheter des obligations sécurisées et des valeurs adossées à des actifs (ABS).

Ces mesures, couplées aux TLTRO, sont censées relancer la croissance et parer au risque de déflation mais si ses opérations de refinancement bon marché à long terme continuent de susciter aussi peu d'enthousiasme, d'aucuns pensent qu'elle devra sauter le pas du rachat pur et simple de dette souveraine, comme le pratiquent la Réserve fédérale, la Banque du Japon (BoJ) et la Banque d'Angleterre (BoE).

De fait, les économistes évaluent à 40% la probabilité qu'elle s'y résolve. Mais elle serait alors en décalage avec la BoE, qui a arrêté la planche à billets, et avec la Fed qui dénoue progressivement son programme dit d'assouplissement quantitatif (QE).

En zone euro, l'inflation annuelle a été de 0,4% en août après 0,3% en juillet mais le chômage élevé pèse sur la demande de biens et de services, ce qui rend peu vraisemblable une hausse des prix générale et brusque.

Seule la BoJ continue de racheter des ABS, des emprunts d'Etat japonais (JGB) et des fonds indiciels mais on s'attend à ce que malgré tout l'inflation reste inférieure à l'objectif officiel de 2% pendant encore longtemps.

"La politique monétaire influera sans doute peu sur une économie aux problèmes structurels aussi graves que celle de la zone euro", dit Stephen Lewis (ADM Investor Services).

Toutes les initiatives annoncées par la BCE ces derniers temps aboutiront à ce que son bilan augmente seulement de la moitié environ des plus de 1.000 milliards d'euros prêtés lors de deux opérations de refinancement à long terme dite LTRO en décembre 2012 et février 2013.

"La seule leçon que la crise nous a apprise pour ce qui concerne les mesures non conventionnelles c'est que liquidité n'est pas forcément synonyme de prêt", observe Philip Shaw, l'économiste d'Investec.

"En définitive, il faut bien qu'il y ait une demande pour ce type de crédit pour que ça fonctionne; or, on peut se demander dans quelle mesure les entreprises et les ménages veulent réellement emprunter".

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