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Même sous pression, l'euro influencera peu l'inflation

L'euro plie sous le poids des politiques monétaires plus fermes d'autres banques centrales que la BCE. ©Marijn De Reuse

L'euro a perdu plus de 7% face au dollar en 2021 et recule aussi face aux autres devises. Ce n'est pas un souci malgré l'inflation, selon plusieurs économistes.

La combinaison de l'accélération de l'inflation et de la baisse de l'euro n'est pas préoccupante. Alors que tout recul de la monnaie unique implique des prix plus élevés parce que les cours des matières premières importées en Europe sont libellés en dollar, plusieurs économistes soulignent qu'actuellement, la dépréciation de la devise européenne n'a que peu d'influence sur la montée des prix à la consommation.

-6%
L'euro face à la livre
L'euro a déjà perdu 6% contre la livre sterling cette année. La monnaie unique est en baisse face à la plupart des grandes devises.

L'euro a déjà perdu plus de 7,5% face au dollar cette année à ce stade. Notre monnaie est tombée à 1,1250 dollar vendredi dernier en cours de séance, soit son niveau le plus bas face au billet vert depuis le 6 juillet 2020, soit il y a plus de 16 mois. La devise européenne est aussi sous pression face à la plupart des autres grandes monnaies mondiales. Depuis le 1er janvier, l'euro a perdu 6% face à la livre sterling , plus de 3% face au franc suisse , près de 4% face à la couronne norvégienne , 3% face au peso mexicain ou encore 8% face au dollar canadien .

Il n'y a guère que par rapport au yen que la monnaie unique s'est appréciée: l'euro a pris 2% contre la devise japonaise depuis le début de l'année, mais depuis le début du second semestre, la tendance s'est inversée: sur cette période, l'euro recule de plus de 2% face au yen.

La politique monétaire de la Banque centrale européenne explique en grande partie le recul de l'euro face aux autres grandes devises mondiales. ©REUTERS

La méforme de la devise de la zone euro doit beaucoup à la Banque centrale européenne (BCE). Malgré la vigueur de la reprise économique et l'accélération de l'inflation, celle-ci maintient une politique monétaire ultra souple pour éviter de pénaliser les pays de la zone euro les plus fragiles sur le plan financier. Voilà qui tranche avec la position d'autres grandes banques centrales. Certaines, comme la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Canada, ont déjà commencé à réduire leur soutien à l'économie et d'autres, comme la Banque d'Angleterre, s'apprêtent à le faire.

Effet à la marge

Comme les banques centrales donnent le ton sur le marché monétaire, les investisseurs anticipent des taux d'intérêt plus élevés dans ces pays, tandis que les attentes pour les taux de la zone euro restent modérées. Par conséquent, les capitaux ont tendance à sortir des placements libellés en euro pour s'orienter vers des pays où les taux sont susceptibles d'être plus rémunérateurs. Ces flux de capitaux font logiquement pression sur l'euro et renchérissent les autres devises.

"La progression des prix des matières premières est si forte que l'évolution de l'euro face au dollar ne rajoute pas beaucoup plus de pression à la hausse."
Eric Dor
Directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de l'Université catholique de Lille

Habituellement, en zone euro, on se réjouit quand l'euro faiblit, car cela favorise les exportations, ce qui soutient la croissance économique. Mais, dans le contexte actuel, le recul de la monnaie unique semble mal tombé: les prix des matières premières, qui sont déjà en forte hausse, sont libellés en dollar. La montée du billet vert face à l'euro accentue donc encore l'appréciation des cours de ces ressources qu'il faut importer en zone euro, ce qui soutient la hausse des prix à la consommation. On parle d'inflation importée.

Mais ce phénomène n'inquiète pas les économistes. Ceux-ci jugent que la baisse de l'euro n'intervient qu'à la marge dans l'accélération de l'inflation. "Le cours de change intervient de façon assez marginale au regard d'autres facteurs", estime Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de l'Université catholique de Lille. "La progression des prix des matières premières, qui sont fixés en dollar, est si forte que l'évolution de l'euro face à la devise américaine ne rajoute pas beaucoup plus de pression à la hausse."

La BCE n'est pas inquiète

"L'inflation augmente à cause de la montée des prix des matières premières, mais c'est le cas partout dans le monde, quelle que soit la devise concernée", analyse Sylviane Delcuve, économiste chez BNP Paribas Fortis. "Ce qui joue le plus dans le niveau actuel de l'inflation, c'est l'effet de base, c'est-à-dire la comparaison avec les prix de 2020 à la même époque de l'année. La baisse de l'euro ne change pas grand-chose."

"Si la Fed confirme son resserrement monétaire, l'euro restera sous pression face au dollar."
Sylviane Delcuve
Économiste chez BNP Paribas Fortis

"Quand on regarde tous les éléments qui provoquent l'inflation, la dépréciation de l'euro a un effet assez limité", confirme Peter Vanden Houte, chef économiste chez ING Belgique. "Par exemple, le prix du gaz a été multiplié par quatre depuis le début de l'année. La contribution de la baisse de l'euro est négligeable. Les autres facteurs qui poussent les prix à la hausse sont bien plus importants. L'euro ne fait pas la différence."

À ce stade, la Banque centrale européenne ne s'inquiète d'ailleurs pas de la méforme de la monnaie unique. Interrogée à ce sujet fin octobre à l'issue de la dernière réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, sa présidente, Christine Lagarde, a signalé que ce point n'avait même pas été abordé par les banquiers centraux.

"En Europe, des voix s'élèvent pour dire qu'il est temps d'agir contre l'inflation."
Frank Vranken
Chef stratégiste chez Edmond de Rothschild

Il n'empêche que "l'Europe importera plus d'inflation à mesure que le dollar bondira, comme c'est le cas au Japon; ce dernier peut cependant aisément souhaiter un peu plus d'inflation, alors qu'en Europe, des voix s'élèvent déjà pour dire qu'il est temps d'agir contre l'inflation", relève Frank Vranken, chef stratégiste chez Edmond de Rothschild.

Évolution future

En attendant, la BCE semble plutôt préférer un euro faible qui soutient les exportations de la zone euro... "On peut se féliciter de cette faiblesse pour la compétitivité de la zone euro", abonde Eric Dor. "Sachant que la croissance donne des signes de décélération, on peut penser qu'il vaut mieux que l'euro ne s'apprécie pas, surtout pour les pays dont les exportations sont importantes."

1,10 $
L'euro en 2022, selon ING
Les économistes d'ING voient l'euro continuer à reculer jusqu'à 1,10 dollar dans le courant de l'année prochaine.

Reste à voir comment l'euro évoluera dans les prochains mois. "Si la Réserve fédérale confirme le début de son resserrement monétaire, l'euro restera sous pression face au dollar", prévoit Sylviane Delcuve. "Tant qu'il existera un tel décalage entre les politiques monétaires de la Fed et de la BCE, le biais restera favorable au dollar."

"Le potentiel de baisse de l'euro commence à s'estomper quelque peu, mais notre position est que le dollar pourrait encore s'apprécier légèrement, jusqu'à atteindre 1,10 dollar dans le courant de 2022", explique Peter Vanden Houte. "Ensuite, l'euro remonterait vers 1,15 dollar en 2023." De telles variations, si elles se confirment, ne devraient, à nouveau, pas influencer grandement l'inflation.

Le résumé

  • Le dollar monte face à l'euro. La monnaie unique est aussi en recul face aux autres grandes devises mondiales.
  • Comme les prix des matières premières sont libellés en dollar, la progression du billet vert face à la devise européenne augmente l'inflation en zone euro.
  • Mais cet effet est marginal par rapport à d'autres facteurs, selon les économistes.
  • L'euro pourrait encore baisser, selon ING.

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