Michel Claise: "Le bitcoin est le principal défi face au blanchiment"

Michel Claise, juge d'instruction, met en garde contre l'évolution du Bitcoin. ©Frédéric Pauwels /HUMA

Les instances de lutte contre la fraude s’inquiètent de l’absence de contrôle des monnaies virtuelles.

"Le bitcoin constitue notre plus grand souci pour l’avenir dans la lutte contre le blanchiment d’argent." La mise en garde émane du juge d’instruction bruxellois Michel Claise, qui s’exprimait mardi devant la commission des Finances de la Chambre dans le cadre du suivi des FinCEN Files.

Les FinCEN Files, ce sont ces documents du gendarme américain de la finance qui sont tombés entre les mains de l’ICIJ, le consortium international des journalistes d’investigation, et qui font état de pratiques de blanchiment impliquant de nombreuses banques, y compris belges. L’affaire avait fait les grands titres en septembre 2020.

Michel Claise s’inquiète de l’engouement autour de la monnaie virtuelle. "Celle-ci représente aujourd’hui 1% du PIB mondial et recèle le plus grand potentiel de blanchiment", prévient-il. "Or il n’existe aucun contrôle ni encadrement de ces nouvelles monnaies."

Ces propos ont été appuyés par le président de la Cellule de traitement des informations financières (CTIF), Philippe de Koster, également auditionné par les députés: "J’appelle les parlementaires à faire quelque chose. Je comprends que le bitcoin gêne la Banque nationale, mais ce que souhaitent les émetteurs de bitcoin, c’est précisément se soustraire à toute forme de contrôle."

«Il n’existe aucun contrôle ni encadrement de ces nouvelles monnaies.»
Michel Claise
Juge d’instruction

Il y a quatre ans, dans la foulée des attentats de Bruxelles, Philippe de Koster avait déjà épinglé devant les parlementaires les monnaies virtuelles comme étant "le plus grand danger pour l’avenir" en matière de financement du terrorisme.

Secret bancaire

De son côté, le patron de l’Inspection spéciale des impôts (ISI), Frank Philipsen, a insisté sur la nécessité de pouvoir lever plus facilement le secret bancaire lorsqu’il y a des soupçons de blanchiment d’argent. "La procédure actuelle est fastidieuse, surtout lorsque le contribuable n’est pas disposé à collaborer", souligne-t-il.

Frank Philipsen a par ailleurs appelé à une mise à jour de la charte du contribuable (qui date de 1986) et à l’octroi du statut d’officier de police judiciaire pour certains agents de l’ISI. À cela s’ajoutent les problèmes récurrents de manque d’effectifs au sein de la magistrature et d’arriéré au niveau des Cours d’appel. "Le dépassement du délai raisonnable ouvre la porte à une sorte d’impunité", observe Michel Claise, plutôt pessimiste. Il a également appelé les parlementaires à renforcer le statut des lanceurs d’alerte. "Des informations me reviennent en provenance de certains établissements financiers, mais les gens ont peur de se confier."

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