"Mission accomplie" pour Christine Lagarde

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Nous avons demandé à deux observateurs aguerris de la politique monétaire de nous livrer leurs impressions sur la première conférence de presse de Christine Lagarde en tant que nouvelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Tous les deux lui attribuent un "A".

Christine Lagarde a son style bien à elle et la nouvelle Présidente de la BCE entend l’affirmer", souligne tout de go Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque. "Souriante et ouverte lors de sa première conférence de presse, elle a opéré un réel changement tant sur le fond que la forme, avec beaucoup de réussite".

"Sur la forme, dépoussiérer la BCE n’est pas une mince affaire et Christine Lagarde a choisi la voie de la communication pour y arriver. Ne pas se laisser enfermer par la presse et ses interprétations, tout en utilisant un ton pédagogue et nettement plus chaleureux que son prédécesseur, telle semble être sa stratégie.

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Sur le fond, le message de la BCE n’a pas changé bien évidemment et Christine Lagarde a fait preuve d’une très grande maîtrise de ses dossiers. Il est ressorti clairement que Christine Lagarde, tout en défendant l’indépendance de la BCE, veut lui donner plus d’ampleur et affiner les objectifs de cette institution. Il est évident que pour une institution créée il y a plus de 25 ans et dont la dernière revue stratégique date de 2003, une mise à jour s’impose. La nouvelle revue stratégique proposée aujourd’hui par Christine Lagarde fait donc intégralement partie des moyens pour y arriver.

La Présidente de la BCE qui s’est définie non pas comme un faucon ou une colombe, mais comme une chouette, entend que cette institution incarne la sagesse. Conseiller et écouter dans le même temps, face à un monde en pleine évolution, fait clairement partie de sa stratégie. Finalement, en agissant comme tel, elle a déjà fait passer les dissensions au sein du Conseil comme un élément appartenant au passé. Christine Lagarde a donc brillamment réussi sa première intervention."

Succéder à Mario Draghi, un exercice difficile

Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam, rappelle "l'exercice n’était pas facile pour Christine Lagarde: succéder à Mario Draghi, l’homme qui sauva la zone euro de la spéculation en 2012. L’homme dont le dernier message était de " ne jamais abandonner "". Mais pour lui, "la mission est accomplie".

"Le premier point qui peut frapper c’est la continuité. Continuité dans la politique de taux bas et de liquidité décidée par son prédécesseur. Christine Lagarde a maintenu inchangé la politique monétaire de la zone Euro. Continuité dans les prévisions économiques. Malgré de légères révisions, les prévisions de croissance et d’inflation sont restées relativement basses. Avec 1.1% de croissance et 1.1% pour l’inflation en 2020, Christine Lagarde a assumé une politique monétaire extrêmement accommodante, tout en soulignant que les risques baissiers étaient cependant moins prononcés.

"Christine e Lagarde a assumé sa différence en insistant sur son souhait d’une communication plus large et compréhensible pour les citoyens. Aristote, il y a bien longtemps, mentionnait que " la première qualité du style c’est la clarté ! " Nul doute que Christine Lagarde fut claire tout en affichant ici, un nouveau style."
Nicolas Forest
responsable de la gestion obligataire chez Candriam


Le deuxième point c’est la vision long terme. Christine Lagarde a clairement démontré que la BCE était prête à revoir sa stratégie de long terme. Ainsi en 2020 un exercice de revue stratégique va être mené pour mettre à plat la politique monétaire, tout en conservant son principal mandat de maintenir la stabilité des prix. Le dernier exercice remontait à 2003… Cet exercice devrait débuter par une large consultation de parlementaires ou d’académiques. Plusieurs sujets pourraient être abordés dont l’effet pervers des taux négatifs, la mesure du taux d’inflation, la gestion de la montée des inégalités, l’inclusion du changement climatique comme un risque à part entière… autant de sujets qui pourraient permettre à Madame Lagarde de tracer une nouvelle vision long terme pour la BCE.

Reste enfin le changement de style opérée par la première femme à occuper ce poste en Europe. Madame Lagarde a assumé sa différence en insistant sur son souhait d’une communication plus large et compréhensible pour les citoyens. Aristote , il y a bien longtemps, mentionnait que " la première qualité du style c’est la clarté ! " Nul doute que Christine Lagarde fut claire tout en affichant ici, un nouveau style."

. L’exercice n’était pas facile pour Madame Christine Lagarde : succéder à Mario Draghi, l’homme qui sauva la zone euro de la spéculation en 2012. L’homme dont le dernier message était de " ne jamais abandonner ".

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