Mission: sauver l'euro

L’arsenal des dirigeants européens pour endiguer la crise de la dette souveraine? Une poignée de cadres basés à Luxembourg. En quelques minutes, ils ont levé des milliards sur les marchés.

Des tables, des chaises, des téléphones, des ordinateurs, des dossiers, quelques armoires et quelques lampes. La déco est pour le moins minimaliste au Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui a établi ses quartiers au quatrième étage d’un bâtiment situé au Kirchberg, la version luxembourgeoise de la City de Londres. Ces locaux étaient occupés auparavant par un département de la Banque européenne d’investissement (BEI). "Les murs ont été repeints la semaine dernière. On n’a pas eu le temps avant", précise l’attaché de presse.

Une pme de 12 personnes

Tout a été très vite pour ce fonds créé dans l’urgence au printemps dernier, suite à la quasi-faillite de la Grèce. Une société anonyme de droit luxembourgeois a été constituée en juin et, dès le mois d’août, le fonds était opérationnel.

Les effectifs, recrutés auprès d’autres institutions européennes ou dans le secteur privé, se réduisent à douze personnes pour la stratégie de financement, les prêts, la gestion du risque, la communication et les tâches administratives. Le fonds bénéficie en effet du soutien de l’agence allemande de la dette, qui réalise les opérations financières, et des ressources administratives de la BEI. Besoins en effectifs réduits donc.

"Le staff est très varié: il y a des Allemands, des Français, des Luxembourgeois, un Finlandais, un Espagnol, un Polonais et un Anglais", explique l’attaché de presse.

Le directeur financier et directeur adjoint, le Français Christophe Frankel, a été recruté en août dernier et seconde l’Allemand Klaus Regling, le CEO. Un casting qui fait la part belle aux deux principaux contributeurs du fonds, l’Allemagne et la France.

"En 1996, j’ai participé à Paris à la création de la CADES (ndlr: Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale), un véhicule de financement de structure étatique noté "AAA" et fortement lié au ministère des Finances, explique Christophe Frankel. Il était responsable des marchés financiers au Crédit foncier de France, avant de rejoindre le fonds. À l’époque, nous étions au même stade de développement que le FESF, soit au stade de la réflexion préliminaire juridique. Mais l’essentiel restait à mettre en place sur le plan opérationnel. C’est en particulier pour cette expérience que Klaus Regling a trouvé ma candidature intéressante".

Course contre la montre

En août 2010, tout reste en effet à construire. Et rapidement. "Il y avait une attente très forte des marchés, commente le directeur financier. La mission du FESF, en tant que vecteur de la stabilisation européenne, est de rassurer les marchés. Et pour être rassurés, les marchés ont besoin d’informations et de sécurité. Il fallait donc que l’on soit opérationnel très vite, avec une notation et un plan de financement".

Lorsqu’en novembre, l’Irlande fait appel au dispositif européen de secours et obtient une aide de 85 milliards d’euros, le fonds est prêt à l’emploi. Le FESF bénéficie d’une notation "AAA" auprès des trois agences de notation et les rencontres avec les investisseurs institutionnels internationaux débutent en octobre. "Il fallait commencer tôt, vu le nombre important d’investisseurs à voir absolument: des banques centrales, des fonds souverains, des compagnies d’assurances…", explique Christophe Frankel. En plus des "road shows" en Chine, au Japon, en Suède, au Danemark, à Abu Dhabi, aux Etats-Unis, à Singapour, à Francfort, à Paris et à Londres, Christophe Frankel multiplie les conférences téléphoniques avec les investisseurs. Les principales questions portent sur le mécanisme très complexe de garanties des obligations, qui permet au FESF d’être noté "AAA" auprès des agences.

L’intérêt des investisseurs est très important, surtout en Asie. "Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’attitude positive des personnes que nous avons rencontrées: il y avait en Asie des objectifs très politiques, avec une volonté de soutenir l’Europe au sens large, souligne Christophe Frankel. Les contacts avec le Japon ont été initiés dès le mois de novembre et sa volonté de soutenir la stabilité européenne a été très clairement exprimée".

Demande record

Les promesses sont tenues et le travail réalisé porte ses fruits. Le 25 janvier, la toute première émission d’obligations du fonds suscite une demande record de près de 45 milliards d’euros, bien au-delà des 5  milliards visés. L’opération est bouclée en moins de quinze minutes. Comme prévu, le Japon achète plus de 20&flexSpace;% des obligations et annonce déjà sa participation à la prochaine émission, prévue dans le courant du deuxième trimestre.

"Nous devons continuer: le travail n’est pas fini, poursuit Christophe Frankel. Des investisseurs ont encore des questions, la revue de nouveaux investisseurs n’est pas terminée… Et puis il faut voir les investisseurs une fois par an pour leur parler des projets, comprendre leurs attentes."

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