Moody's: "L'absence de gouvernement n'a pas d'impact sur l'économie belge"

©Tim Dirven

Olivier Chemla, analyste chez Moody's, estime que l'absence de gouvernement ne pénalise pas la croissance économique belge. Mais il souligne toutefois un dérapage du déficit.

La Belgique sans gouvernement n'inquiète pas l'agence de notation Moody's. En octobre 2019, celle-ci avait réaffirmé sa note de crédit de la dette belge à Aa3 et sa perspective à "stable" alors que la Belgique se trouve déjà en affaires courantes depuis le 21 décembre 2018.

Olivier Chemla, analyste chez Moody's et spécialiste de la dette belge, est revenu sur cette décision lors d'un entretien à Bruxelles.

Compte tenu des précédents, nous ne sommes pas particulièrement inquiets.

La Belgique a déjà connu plusieurs épisodes de gouvernement en affaires courantes. Est-ce que cela peut endommager la croissance économique du pays?

La difficulté à former un gouvernement est devenue consubstantielle à l'existence de la Belgique. Au quotidien, l'absence de gouvernement n'a pas d'impact sur l'économie belge. Quand nous avons pris notre décision de maintenir la note (Aa3) et la perspective (stable) en octobre 2019, nous disposions déjà d'un faisceau d'informations qui nous indiquait que la formation d'un gouvernement prendrait du temps. Ce facteur est donc déjà intégré dans la notation.

Nous avons observé qu'entre mai et octobre, les trois gouvernements locaux se sont formés. Il s’agit là d'un premier pas important puisque 90% de l'investissement public est réalisé au niveau des communautés et des régions. On se retrouve désormais face à un blocage au niveau fédéral. Compte tenu des précédents, nous ne sommes pas particulièrement inquiets. Toutefois, compte tenu du haut niveau de la dette publique belge et de la dérive naturelle des comptes publics, l'absence de gouvernement et de mesures va peser sur le déficit cette année. On l'a vu en 2010 et 2014. Il y a eu un impact. Dans nos projections d'octobre 2019, nous avions prévu une dégradation du déficit de la Belgique en 2019 et en 2020.

On a vu dans le passé que dès que le gouvernement se reforme, un plan d'action est décidé et est relativement bien exécuté.

Et après?

Le déficit va atteindre son pic en 2020 avant de baisser légèrement en 2021 sous l'hypothèse qu'un nouveau gouvernement sera formé d'ici là. Car on a vu dans le passé que dès que le gouvernement se reforme, un plan d'action est décidé et est relativement bien exécuté.

Moody's a placé les perspectives de la zone euro et du monde sous surveillance négative. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la croissance économique belge?

La Belgique est un pays très ouvert. Si on prend les exportations plus les importations sur le PIB, le degré d'ouverture s'élève à 80% du PIB. Parce que le pays est relativement petit et est une plaque tournante commerciale. Si vous défalquez les biens qui ne font que transiter par le pays de ce ratio d'ouverture, cela porte le ratio à plus de 40% du PIB, soit une part élevée en comparaison européenne. Le canal du commerce international est important. Le principal risque pour l'économie repose sur ce dernier, avec les tensions entre la Chine et les Etats-Unis, ou encore les Etats-Unis et l’Europe. Car l'économie locale envoie des signaux positifs. Le troisième trimestre s'est avéré meilleur que prévu. La consommation se tient toujours relativement bien. Le marché du travail se montre assez résilient. Il reste des incertitudes sur l'impact des mesures prises par le précédent gouvernement. Mais globalement, l'économie belge a créé beaucoup d'emplois ces trois à quatre dernières années. L'année passée, avec la troisième étape du tax shift, les gens ont vu leurs revenus disponibles augmenter, davantage que la consommation. Le taux d'épargne a augmenté. Donc, sur le plan intérieur, l'économie belge fonctionne assez bien. Et même dans les endroits les plus compliqués en Wallonie, certains indicateurs s’améliorent. 

Forte demande pour les Olo

La demande pour de nouvelles obligations belges à dix ans n’a jamais été aussi forte. D’après Bloomberg, les investisseurs institutionnels ont formulé des offres d’un montant total de 28,5 milliards d’euros pour l’émission d’Olo à 10 ans prévue par l’Agence fédérale de la dette, alors que celle-ci prévoit d’emprunter 5 à 6 milliards. Cette forte demande permet à l’Etat belge d’emprunter moins cher. Alors que l’Agence de la dette avait envisagé un taux inférieur de 5 points de base au taux de référence dit "swap", elle peut se permettre de descendre 7 points de base sous ce taux.

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