Nick Bortot: "Nous voulons être le Robinhood européen"

Nick Bortot, fondateur et CEO de l'app boursière Bux.

À partir de ce mardi, les Belges peuvent eux aussi télécharger l’app boursière Bux. Ce groupe de fintech néerlandais a déjà séduit 300.000 clients en Europe. "Il est possible d’acheter et de vendre des actions sans frais ou pour 1 euro", explique le CEO de Bux Nick Bortot.

En 2000, Nick Bortot faisait partie des fondateurs du courtier en ligne Binck et notamment de Binck Belgique. Il a quitté le groupe en 2012. "Je voulais rendre les investissements plus accessibles pour tout le monde. En d’autres termes, les rendre moins complexes et moins chers. En 2013, le projet était prêt, et un an plus tard, nous avons lancé Bux."

"Je remarque que les jeunes investisseurs fonctionnent différemment. Ils s’intéressent moins au ratio cours/bénéfice qu’à l’histoire de l’entreprise."
Nick Bortot
CEO de Bux

Bux a commencé avec des CFD, un produit financier qui permet de répliquer la performance d’une action. L’app a été déployée dans plusieurs pays, mais pas en Belgique étant donné que les CFD y sont interdits. "Les CFD étaient à l’époque le moyen le plus facile de proposer des investissements simples et bon marché. Vous pouviez acheter Amazon pour 10 euros."

Depuis 2018, si l’on en croit Bortot, la directive européenne MiFID 2 a créé une nouvelle possibilité. "Les ordres portant sur des actions européennes liquides peuvent être passés non seulement sur Euronext ou une autre bourse concurrente, mais aussi via un prestataire interne (dans ce cas, le client négocie contre le livre d’ordre d’une institution financière, NDLR). Résultat: le prix pour les courtiers a encore baissé. Cela a permis la création de Zero Bux, qui permet d’acheter des actions sans frais."

Attention au fisc

En réalité, il est impossible pour un investisseur belge d’acheter des actions sans frais, car il doit payer une taxe boursière de 0,35%. Bux ne retiendra pas cette taxe boursière à la source, ce qui signifie que tous les trois mois, vous devrez vous-même introduire une déclaration (via un formulaire spécifique) et payer la taxe. Bux ne retient pas non plus le précompte mobilier sur les dividendes. Vous devrez également le payer via votre déclaration fiscale annuelle. En cas d’oubli ou d’erreur, vous serez considéré comme un fraudeur et vous devrez payer une amende. "Nous fournirons régulièrement des relevés à nos clients afin de leur faciliter la tâche. Il est également possible qu’à l’avenir, nous retenions cette taxe à la source. Tout dépendra de la demande", explique-t-on chez Bux.

Pour s’inscrire chez Bux Zero, les investisseurs doivent ouvrir un compte chez ABN Amro aux Pays-Bas, ce qui les obligera également à déclarer l’existence d’un compte à l’étranger au Point de Contact Central (PCC) et à cocher la case ad hoc sur leur déclaration fiscale annuelle. L’argent placé chez ABN Amro est couvert par la garantie néerlandaise.

En 2015, un courtier britannique proposait déjà des transactions sur actions sans frais en Belgique. Mais les clients devaient payer pour percevoir les dividendes. Comment gagnez-vous votre vie ?

Nick Bortot: Si vous achetez une action américaine, vous payez un supplément via une marge sur le cours de change. Pour permettre aux clients d’acheter gratuitement des actions européennes, nous réduisons les frais en regroupant les achats et en passant un seul ordre à la fin de la journée.

Si le client préfère un ordre au marché ou un ordre à cours limité, il doit payer 1 euro. Cet euro représente une part importante de nos revenus. C’est pourquoi il est important d’avoir de nombreux clients dans de nombreux pays.

En dehors de la marge de change sur Wall Street et d’un euro pour les ordres à cours limités en Europe, Bux ne facture aucun frais.

Ceux qui souhaitent négocier sans frais une action européenne ne connaissent donc pas à l’avance le prix qu’ils devront payer (à l’achat) ou qu’ils percevront (à la vente). Les investisseurs sont-ils prêts à prendre ce risque?

Si vous croyez en Tesla sur le long terme, l’heure à laquelle vous achetez vos actions ne fera pas beaucoup de différence en termes de rendement. La transaction au cours de clôture peut même jouer en votre faveur, en fonction de l’évolution des ventes ce jour-là.

Lorsque j’étais jeune, nous faisions très attention au ratio cours/bénéfice et nous nous intéressions aux entreprises locales. Aujourd’hui, les jeunes fonctionnent différemment et s’intéressent davantage à l’histoire de l’entreprise, quelle que soit sa nationalité. Y croient-ils ou non? L’entreprise a-t-elle un impact positif sur la société et l’environnement? Voilà ce qui préoccupe les jeunes aujourd’hui. Bien entendu, les clients plus âgés sont également les bienvenus! (il rit).

Vous occupez-vous de la formation financière de vos clients ? Savent-ils ce qu’est une action?

Ceux qui veulent devenir clients doivent passer un test de connaissances. Vu que l’autorité de contrôle néerlandaise – l’AFM (Autoriteit Financiële Markten, NDLR) – ne considère pas les actions comme un produit complexe, le nombre de questions est limité. Les trackers étant considérés comme des produits plus complexes, les questions sur ces produits sont plus nombreuses.

"Aux Etats-Unis, 40% des citoyens détiennent un compte d’investissement, contre 15% en Europe. Je crois que nous allons nous ‘américaniser’ dans ce domaine."
Nick Bortot
CEO de Bux

Dans l’app, nous avons prévu des ‘stories’, comparables à celles que l’on voit sur Instagram. Ces ‘stories’ sont en fait un lien vers notre blog. Nous écrivons tous les jours en six langues du contenu éducatif et des informations boursières.

À terme, vous souhaitez prêter les actions de vos clients à des ‘shorters’. N’est-ce pas dangereux? Quid si l’emprunteur fait faillite?

Ceux qui souhaitent devenir clients doivent accepter que leurs actions puissent être prêtées à des tiers. Nous ne le faisons pas encore parce nous devons pour cela disposer de volumes suffisants. Lorsque nous le ferons, nous sous-traiterons cette activité à notre partenaire financier ABN Amro. Ces titres seront prêtés contre nantissement. Aux États-Unis, c’est très courant, alors qu’en Europe, cette activité souffre d’une image négative. À tort.

Dans quelle mesure Bux peut-elle se comparer à l’app boursière gratuite américaine Robinhood?

Je pense que nous sommes comparables. Nous voulons en tous points devenir le Robinhood européen. La principale différence, c’est que Robinhood perçoit de l’argent lorsqu’il transmet les ordres à un partenaire financier. Ce qui est interdit en Europe.

Aux États-Unis, 40% des citoyens détiennent un compte d’investissement, contre 15% en Europe. Je crois que nous allons nous ‘américaniser’ dans ce domaine. Les jeunes comprennent de plus en plus que la bourse peut apporter une réponse aux taux bas, aux prix élevés de l’immobilier et aux incertitudes en matière de pension. Il se peut qu’ils n’investissent que 100 euros par mois. Mais dans ce cas, cela peut aider de ne pas payer des frais de 5 à 6 euros.

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