chronique

Non, ce ne sont pas encore les vacances

La Federal Reserve américaine est attendue au tournant dès la semaine prochaine. Ceci avant un G20 à hauts risques à la fin juin au Japon. Et comptez sur Donald Trump pour jouer les trouble-fête.

Oups, Donald Trump en a encore remis une couche cette semaine. Le président américain s’est plaint d’un euro qu’il juge sous-évalué et d’une banque centrale américaine (Federal Reserve) qui ne l’écoute pas. Vous verrez, bientôt, on estimera que ces commentaires sont en définitive assez normaux. Au contraire, c’est l’absence de déclarations tonitruantes ou de tweets vengeurs qui sera jugée inquiétante par les marchés. Le président serait-il souffrant?

Cette semaine, Trump a osé cette phrase assez cinglante: "Il y a des gens qui ne sont pas des nôtres à la Federal Reserve." Traduisez, si les hommes de Trump étaient aux manettes de la Fed, les choses iraient nettement mieux aux Etats-Unis. Démonstration "trumpienne": si la Fed n’avait pas relevé ses taux ou si elle les avait déjà abaissés, l’indice Dow Jones de la Bourse de New York serait 10.000 points plus haut que le niveau actuel, soit un gain supplémentaire de 38%! La croissance économique serait également nettement supérieure.

Dixit Trump, la Bourse américaine pourrait se situer 10.000 points plus haut. Vraiment?

Le président de la Fed, Jerome Powell, était pourtant le choix de Trump. Mais aujourd’hui, il ne l’assume plus. S’il le pouvait, il débarquerait Powell illico presto. Adieu l’indépendance de la banque centrale. D’ailleurs, l’ex-roi des casinos américains a un modèle: la Chine! Là-bas, le patron de l’équivalent de la Federal Reserve, c’est le président chinois, a dit Trump. Et en tant que patron de la banque centrale, il peut faire ce qu’il veut, c’est-à-dire injecter des liquidités, pousser les taux d’intérêt à la baisse et donc déprécier sa monnaie. De quoi annuler l’effet des tarifs douaniers si chers au président des Etats-Unis.

Soyons de bon compte: Trump ne dit pas toujours que des bêtises. C’est surtout sa manière de communiquer qui apparaît choquante. C’est pourquoi la prochaine réunion du Groupe des 20 (G20) les 28 et 29 juin à Osaka risque d’être explosive. Un "clash" sur les taux de change notamment ne doit pas être exclu. Même avec l’Europe. Récemment, le président de la banque centrale allemande a reconnu lui-même que les critiques concernant le trop grand surplus extérieur de son pays étaient justifiées. Un surplus qui se manifeste vis-à-vis des Etats-Unis notamment. C’est clair, l’Allemagne profite d’un euro plutôt sous-évalué.

Impact boursier

Avant ce G20 de la fin juin, la Réserve fédérale américaine se réunit dès ces 18 et 19 juin. Et la pression est clairement sur Jerome Powell. D’autant que ce dernier a confié voici une semaine qu’il était disposé à soutenir l’économie en cas de coup dur. Les marchés ne semblent toutefois pas anticiper une baisse des taux lors de ce mois-ci. Ils placent plutôt leurs espoirs dans la réunion de la fin juillet.

Reste à voir si la baisse des taux n’a pas déjà été anticipée. Après tout, les marchés boursiers US sont en progression de quelque 15% depuis le début de l’année, ce qui est déjà très appréciable.

Les historiens de la Bourse font remarquer qu’une première baisse des taux de la Fed après une phase haussière – les taux ont été remontés à neuf reprises entre 2015 et 2018 – est généralement bien accueillie par les marchés. Mais six mois après, la tendance se retourne en raison des craintes de récession. Donald Trump, qui vise une réélection en 2020, ne devrait pas apprécier…

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