Nouvelle ruée vers l'or

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Depuis l’été dernier, les cours de l’or se sont redressés de 10%. Le métal jaune est-il en train d’amorcer un nouveau cycle haussier? Ce qu’il est bon de savoir pour répondre à cette question.

De tout temps, il a toujours représenté un bien précieux. Au Moyen-Âge déjà, il était couramment utilisé dans le commerce. Souvenons-nous aussi de nos bons vieux livres d’histoires de collégiens qui racontaient les dangers que courraient ceux qui s’aventuraient dans les bois à cette époque avec des…. écus d’or.

L’or a toujours bénéficié d’un engouement sans faille. Des investisseurs, mais aussi de la part des particuliers épris de bijoux. Il en a toujours été ainsi. Pourquoi cela changerait-il? Explications.

Fascination séculaire pour l’or

L’or a effectivement toujours fait rêver. "D’aspect brillant et doré, l’or a suscité de nombreux espoirs qui se sont traduits par le phénomène de ruées vers l’or", indique le site Futura-Sciences. com.

Mais pourquoi donc? "Sans doute parce que cette matière est très belle. Sans doute aussi que dans les temps passés, il n’y avait pas beaucoup d’autres matériaux qui pouvaient jouer le rôle de monnaies", tente d’expliquer Guy Wagner, administrateur-directeur BLI. Plus fondamentalement, "l’attrait pour une monnaie qui ne peut pas être créée de manière aléatoire artificielle font de l’or une matière exceptionnelle. Son offre est en outre limitée", dit-il, ajoutant encore que "ce qui a été vrai pendant des siècles, devrait le rester à l’avenir".

Investissement de long terme

Comme la plupart des actifs financiers, le prix de l’or varie constamment. Tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. Après avoir atteint un sommet historique de 1.920 dollars au mois de septembre 2011, le cours de l’once d’or a depuis reflué. Il évolue pour le moment juste sous les 1.300 dollars.

Cette évolution en dents de scie de l’or devrait inciter les investisseurs potentiels dans cette matière précieuse à faire preuve d’une certaine retenue. À ne pas se ruer sur cet actif financier, surtout lorsqu’un environnement qui lui est trop favorable, voire euphorique comme cela arrive à intervalles réguliers, le propulse à des sommets. On avait connu cela à la fin des années 1970 quand l’once d’or était montée jusqu’à 850 dollars, un niveau record pour l’époque, avant de revenir aux alentours de 300 dollars quelques années plus tard. Ou encore à la fin de la première décennie de ce siècle.

Mieux vaut en réalité s’y intéresser quand le marché fait mine de ne plus s’y intéresser. Cela avait été le cas tout au long des années 1990. Durant ces années, le métal jaune n’était plus considéré que comme une simple matière première au même titre que le cuivre et l’argent, l’aluminium et on en passe. Ce conseil vaut pour les investisseurs de court terme.

Mais à plus long terme, et c’est surtout dans cette perspective qu’il est vivement conseillé d’envisager un investissement dans le métal jaune, le prix de l’or ne cesse de prendre de la hauteur. Pour mémoire, juste avant que le président américain Nixon eût pris la décision de rendre non-convertible le dollar en or, en août 1971, l’once d’or valait seulement 35 dollars!

Moins bien que les actions!

Preuve que l’or ne peut être considéré comme une matière première ordinaire, son prix a davantage progressé au fil des dernières décennies que ceux des autres matières premières. En près de 50 ans, son prix a été multiplié par 37, enregistrant ainsi une progression de 3.600%! En comparaison, avec une hausse de 600%, le cuivre par exemple, n’a pas été aussi performant.

L’éclat de l’or ne se ternit donc pas au fil des ans. C’est indéniable. Il doit cela au fait qu’il est considéré comme une valeur refuge. Petit bémol toutefois, et cela étonnera probablement plus d’un d’entre nous, il n’a pas été aussi performant que les Bourses. Les marchés d’actions réalisent en effet des returns bien plus conséquents que l’or sur une longue période. Depuis 1970, l’indice S & P 500 Total Return de la Bourse de New York, celui qui tient compte de l’évolution des cours des actions et des dividendes attribués, affiche une performance positive de 5.800%!

Les actions belges n’ont pas été en reste. Depuis le lancement de l’indice Bel 20 en janvier 1991, les principales actions de la Bourse de Bruxelles ont accumulé un return net de 680% contre 230% pour l’once d’or.

Est-il encore l’heure de s’intéresser au métal jaune?

Le cours de l’once d’or se situe actuellement quelque 30% sous son niveau historique de 2011. Sur la base de cette observation, l’idée de s’intéresser au métal jaune conserve tout son sens. Il est bon cependant d’avoir à l’esprit qu’il a fallu 25 ans à l’once d’or après sa dégringolade subie dans les années 1980 pour retrouver son niveau historique de 850 dollars atteint en janvier 1981.

Probablement que cette fois, il ne faudra pas patienter autant d’années pour le voir revenir sur ses derniers plus hauts de 2011. Comme les Bourses, le marché de l’or répond en réalité à des cycles haussiers et baissiers. D’ordinaire, il entame un cycle haussier, lorsque les marchés d’actions entament pour leur part un cycle baissier. Il reste donc à savoir si la baisse toute récente des Bourses

dans le monde -près de 20% en 2018- permet de penser qu’elles ont démarré un cycle baissier.

Quasi aucun stratégiste en actions n’ose entrevoir actuellement une telle configuration pour les Bourses. Si leur évolution a été difficile à l’automne dernier, c’est parce qu’elles ont été confrontées à de profondes incertitudes. Ce dont l’or est friand et qui justifie la remontée de 10% de son cours depuis l’été dernier.

Parmi les principales incertitudes, citons pour mémoire les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, la question du Brexit et la montée des intérêts nationaux dans plusieurs régions du monde. "Ce que l’on peut dire, affirme Guy Wagner, c’est que l’or qui profite de tous ces facteurs négatifs est structurellement revenu dans un cycle plus favorable". Le responsable de BLI la BLI ajoute encore parmi les éléments en mesure de soutenir les cours de l’or, la difficulté qu’auront les banques centrales à normaliser leurs politiques monétaires. "Si le ralentissement de la conjoncture devenait plus prononcé, elles pourraient au contraire aller plus loin encore dans l’adoption de mesures peu conventionnelles", craint-il.

L’or plutôt que les obligations à titre de refuge

L’or bien sûr n’est pas le seul actif refuge en cas de tempête sur les marchés financiers. Il souffre, pourrait-on dire, de la concurrence des obligations souveraines. Il suffit d’un regain d’aversion au risque sur les marchés financiers pour que les rentes retrouvent de l’attrait. Mais est-il encore pertinent d’accorder le statut de valeur refuge à ces obligations, vu le niveau élevé de l’endettement de certains pays? On a le plus souvent reproché à l’or de n’offrir aucun rendement. Mais que penser des montagnes de dettes émises par les États qui offrent à présent des rendements négatifs? Selon des chiffres cités par le quotidien français Les Echos, un volume de près de 8.000 milliards de dollars d’obligations souveraines affichent aujourd’hui un rendement sous 0%.

Par ailleurs, l’or a l’avantage d’offrir une protection supplémentaire que les obligations souveraines ne sont pas en mesure d’assurer. Celle de se prémunir contre les éventuelles pertes de valeur des monnaies. C’est justement pour se prémunir contre ce risque que des banques centrales, celles de Hongrie et de Pologne entre autres, ont profité des bas niveaux touchés par le prix de l’or durant l’été pour augmenter leur détention de métal jaune. Selon des données compilées par le World Gold Council (WGC), "En fait, précise Guy Wagner, l’or tient le rôle de valeur refuge face aux risques inflationnistes et géopolitiques, et les emprunts d’Etats face aux craintes de déflation. Comme la thématique de la déflation est passée à l’arrière-plan en 2018, les emprunts d’États ont eu du mal à tirer leur épingle du jeu au cours des trois premiers trimestres. De toute façon, il n’y a guère plus que le Bund allemand et les Treasuries américains qui peuvent prétendre au statut de valeur refuge. Cela en raison de la réduction de la dette publique en Allemagne pour les premiers, ou encore du fait de leur rendement plus élevé pour les seconds."

L’or a protégé l’épargne des Britanniques

"Les banques centrales continueront d’acheter de l’or afin de diversifier leurs réserves de changes étrangers et de contrebalancer les risques d’érosion de leurs devises", estime le World Gold Council. Au troisième trimestre de 2018, elles avaient effectués des achats nets (solde entre les ventes et les achats) en hausse de 22% sur la période correspondante de 2017.

Sur la question des devises justement, les experts du site financier Goldprice.org se sont penchés sur l’évolution des cours de l’or face aux principales devises mondiales. Il ressort de leurs observations que les Britanniques avaient le plus intérêt à détenir de l’or. Selon leur calcul, le prix du métal jaune a accumulé un return moyen annuel de 11,1% contre la livre sterling depuis 2004. Face au dollar, ce return a été de 8,5% et à l’euro de 9,3% (pour + 6,5% pour le Stoxx 600, dividendes réinvestis).

Les Suisses étaient moins contraints de trouver refuge auprès du métal précieux. Leur monnaie a limité son recul à 6,9% contre l’or.

Les actions de mines d’or comme alternative

Détenir de l’or sous sa forme physique n’est pas toujours chose aisée. Aussi, il existe des alternatives: "Comme se tourner vers les ETF (Ex-Traded Fund). Mais dans un scénario catastrophe, il n’est pas sûr que l’or physique censé soutenir ces produits financiers sera vraiment là, avance Guy Wagner. On peut aussi investir dans l’or via des entreprises aurifères de qualité. En Bourse, elles ont tendance à amplifier les mouvements des prix du métal jaune. A la hausse, comme à la baisse".

Alors que l’once d’or a repris 10% depuis la mi-août 2018, l’indice JGold qui suit les principales valeurs des groupes miniers à la Bourse de Johannesbourg, a de son côté progressé de….47%! Si les prévisions de Goldman Sachs – qui voit l’once d’or à 1.425 dollars dans les douze prochains mois – se concrétisent, il reste bien de la marge aux actions aurifères pour progresser davantage.

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