Obligations émergentes : destination Turquie

L’économie turque s’est stabilisée. Mais l’obligataire offre toujours des primes de risque élevées.

La série de cette semaine est consacrée aux thèmes d’investissement originaux, qui sortent légèrement des sentiers battus, et qui, selon les spécialistes, pourraient se révéler aujourd’hui intéressants. Premier thème : les obligations à haut rendement émises par la Turquie et libellées en devise locale.

De fait, à l’heure où l’Europe, pas seulement méridionale, parle plans d’austérité et défi démographique, la Turquie sourit car elle se porte de mieux en mieux. La preuve ? Au moment où les obligations grecques, espagnoles ou portugaises étaient délaissées, la dette turque attirait les investisseurs obligataires qui estimaient que, quitte à choisir une dette à haut rendement, autant choisir un pays émetteur qui n’était pas concerné par les problèmes de déficit budgétaire et d’endettement.

C’est pourquoi depuis son pic de 10% début mai 2010, le rendement des obligations turques à 2 ans, le benchmark de référence pour ce pays, libellées en devises locales s’est légèrement contracté, témoignant d’une forte demande pour ce type d’investissement.

Selon les observateurs, la dette turque et sa devise méritent une place dans un portefeuille diversifié. A l’horizon d’un an, Bernard Lalière et Johnny De Buysscher, gestionnaires du fonds Petercam (L) Bonds Higher Yield, tablent sur un rendement pour les Certificats du Trésor turcs supérieur à 9%.

Des banques résistantes

La dette turque rapporterait donc gros, tout en présentant des fondamentaux solides, selon Petercam. A commencer par sa résistance pendant la crise financière. " La Turquie a subi en 2008-2009 une récession beaucoup moins forte que dans les pays développés. Et elle s’en est sortie beaucoup plus vite, dès le troisième trimestre 2009. A la fin de l’année dernière, son PIB était en hausse de 6% sur base annuelle ", explique Johnny De Buysscher.

Il faut dire que les banques turques, assainies au lendemain de la crise financière de 2001, ont été entièrement épargnées par la crise des subprime, d’autant plus que la culture locale ne favorise pas l’endettement des ménages. Le système bancaire dispose actuellement d’un ratio emprunt/dépôt particulièrement bas, à 80% environ. A titre de comparaison, ce rapport est de 88% en Allemagne et dépasse les 100% en France et aux Etats-Unis. " Vu que le secteur bancaire a très bien tenu le coup en Turquie, il n’a pas à opérer un resserrement du crédit, ce qui est une bonne nouvelle pour la croissance économique ", poursuit-il.

Par ailleurs, il est important de souligner que la croissance du produit intérieur brut turc est soutenue par la consommation privée, ce qui est essentiel étant donné que la croissance est presque à l’arrêt dans les économies développés et que les risques de rechute sont de plus en plus évoqués.

Une dette maîtrisée

Alors que l’Europe occidentale se bat avec ses déficits publics (celui de l’Irlande, de la Grèce, de l’Espagne ou encore de la Grande-Bretagne dépasse 10% du PIB), la Turquie n’est déficitaire que de 5% de son PIB. Et l’écart entre ses recettes et ses dépenses n’est pas voué à exploser, à l’inverse des pays développés, grâce à sa pyramide des âges dynamique. Du coup, sa dette publique ne dépasse pas 50% de la production totale du pays, ce qui peut laisser rêveuses la Grèce, l’Italie ou la Belgique dont le taux d’endettement a dépassé, parfois largement, les 100% du PIB.

Economie a l’europeenne

C’est que la Turquie revient de loin. En 2001, frappée d’une grave crise financière, elle avait été sauvée par le Fonds Monétaire International qui lui avait imposé, en échange, une cure d’austérité drastique. Le pays avait alors évité de faire défaut sur sa dette. " Les deux premières années ont été très pénibles du point de vue macroéconomique. Et puis, en quelques années, le pays s’est imposé en termes de compétitivité. De mauvais élève, le pays est en train de devenir très bon ", indiquent les gestionnaires du fonds.

Après être passé en 2006, pour la première fois depuis près de quarante ans, sous la barre des 10%, l’inflation tourne actuellement autour des 7%. La lire turque, qui avait dégringolé de 60% face au dollar au début des années 2000, s’est stabilisée.

Par ailleurs, grâce au projet d’adhésion à l’Union européenne, " la Turquie atteint lentement mais sûrement les standards européens. L’économie est plus flexible, les investissements étrangers sont favorisés. La Turquie possède une culture libérale du travail, et a le réel désir d’avancer ", résume Johnny De Buysscher, qui souligne toutefois les risques qui justifient le haut rendement de l’obligation : la libéralisation de l’économie est encore à la traîne et elle dépend encore beaucoup des flux de capitaux étrangers. L’inflation, même si elle est mieux maîtrisée que par le passé, reste également élevée. Par ailleurs, au niveau politique, l’investisseur pourrait se méfier des risques de nationalisation.

la lire turque solide

Quant à la stabilité de la devise, la lire turque, elle est essentielle pour pouvoir profiter du différentiel de rendement avec l’euro lors de l’achat d’obligations turques libellées en devise locale. Mais vu que le rendement des obligations turques tourne autour des 8%, la devise pourrait se déprécier de 6% avant que l’investissement devienne moins intéressant, étant donné les taux directeurs extrêmement bas pratiqués en zone euro (aujourd’hui 1%). Or, ce scénario n’est pas, actuellement, celui retenu par les gestionnaires du fonds High Yield, qui s’attendent au contraire à ce que la devise s’apprécie face à l’euro, alors que l’inflation turque devrait remonter, poussant la Banque centrale à relever ses taux d’intérêts directeurs. l

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