"On a un fonctionnement du capitalisme complètement pervers" (Georges Ugeux)

©Dieter Telemans

Georges Ugeux, président de Galileo Global Advisors, dénonce dans son dernier livre le déni des pays développés envers le problème de la dette publique.

Georges Ugeux, ancien vice-président du New York Stock Exchange et professeur de finance internationale à Columbia University, revient dans son dernier livre "La descente aux enfers de la finance", sur l’évolution de la société depuis 2008. L’instabilité financière a augmenté selon lui. "On est face au déni de l’urgence du problème de la dette souveraine par le monde politique" constate-t-il. "On se trouve face à une crise politique majeure dans le monde des pays développés sur le plan de la gestion de l’endettement public", ajoute-t-il.

"La menace américaine ne peut pas être sous-estimée"
Georges Ugeux

Il cite l’exemple des Etats-Unis, où toutes les mesures prises par le gouvernement de Donald Trump sont "mauvaises". "La réforme fiscale, les dépenses somptuaires, le budget américain ont conduit à un déficit budgétaire au premier trimestre fiscal à 77% de l’année précédente. On a dépassé les records depuis dix ans de déficit de la balance des paiements. C’est une bombe à retardement", s’alarme-t-il. "La menace américaine ne peut pas être sous-estimée".

En Europe, il souligne le même problème. "On a un fonctionnement du capitalisme complètement pervers où entre les Etats et les entreprises, c’est la même caisse. Mais on va découvrir que la réaction à ce système, le populisme, est pire", indique-t-il. Il rappelle que le problème actuel de l’endettement de l’Italie est "potentiellement cinq fois plus important que la Grèce". "Il faudrait trouver un capitalisme où les marchés ont leur place, et où le politique a le courage de prendre des mesures".

"En Europe, les mesures prises par la Banque centrale européenne sont mauvaises"

Georges Ugeux estime que les banques centrales n’ont pas résolu le problème de dette publique des Etats. "Aux Etats-Unis, sous Jerome Powell, la Réserve Fédérale est plus préoccupée par son impact sur les marchés. Or, le maintien de l’équilibre de la Bourse ne fait pas partie de la politique monétaire", estime-t-il. "En Europe, les mesures prises par la Banque centrale européenne sont mauvaises. Elle n’a pas touché à ses taux d’intérêt, alors qu’une hausse de 25 points n’aurait aucun impact. Elle a décidé de laisser son bilan à 4200 milliards d’euros alors que la Fed le diminue et les dernières mesures de TLTRO sont très favorables aux banques, alors que le problème de l’Europe est la dépendance aux grandes banques extrêmement puissantes dans les Etats membres".

"On a spolié les épargnants"

"On n’a pas réussi à trouver une bonne solution. On a spolié les épargnants. Et il n’est pas normal que l’Allemagne se finance à dix ans à taux négatif alors que le taux américain à dix ans s’élève à 2,80%. On ne peut pas expliquer cela par le risque, mais par la gestion artificielle de la politique monétaire qui favorise les Etats", regrette-t-il. "De plus, la banque des règlements internationaux autorise depuis décembre les banques à ne pas pondérer les emprunts d’Etat. On est face à un triangle des Bermudes qui tient, mais des éléments externes comme les guerres, les problèmes pétroliers et l’environnement peuvent le faire exploser, comme en 2008", prévient-il.

Mais il estime qu'il n'est pas trop tard. "Les pouvoirs politiques doivent dire la vérité aux électeurs, et prendre des mesures équitables alors qu'on a régressé en termes de politique sociale et de politique de progressivité de l'impôt", estime-t-il. En Europe, il souhaite que cesse la concurrence fiscale entre les Etats et que l'impôt sur les sociétés soit ramené à un minimum de 35%. "Tant pis pour l'Irlande". Il juge aussi que les banques centrales doivent être scindées, en isolant les emprunts d'Etat dans un fonds de défaisance. 

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