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Où est passée la Spac-mania?

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Les Spacs qui se présentent comme une alternative aux introductions en bourse traditionnelles ont connu un véritable boom en 2020 et au début 2021. Mais la bulle est en train d'éclater. Les Spacs sont entrées dans un "bear market".

Il faut toujours se méfier des effets de mode sur les marchés boursiers. C’est un pléonasme, mais ces effets ne durent qu’un temps. Non, je ne parle pas ici du bitcoin et autres cryptomonnaies, mais bien des Spacs, cette folie qui s’est emparée des marchés américains comme alternative aux introductions en bourse traditionnelles (IPO).

Petit rappel: l'ambition d’une Spac (Special Purpose Acquisition Company) qui vient se faire coter en bourse est de lever des fonds pour ensuite dénicher une entreprise-cible et fusionner avec elle. Au départ, cette Spac est donc une coquille vide. Elle ne dispose de rien, si ce n’est du cash reçu en échange de l'émission d'actions et de warrants. C'est une "société chèque en blanc". L’investisseur agit à l’aveugle. Il doit faire entière confiance aux initiateurs de la Spac.

Tout a commencé à se gâter quand pour appâter le chaland, certaines Spacs ont fait miroiter la participation de célébrités comme des sportives (Serena Williams) ou des artistes (Jay-Z). Les Spacs sont devenues "hype" et tous les ingrédients se sont mis en place pour créer une petite bulle sur les marchés.    

Après une année 2020 record et un premier trimestre 2021 de tous les diables, cette Spac-mania est en train de s’éteindre progressivement. Les annonces de nouvelles transactions ont chuté depuis la fin mars après les plus de 300 deals enregistrés depuis le début de l’année. Aujourd’hui, ce sont plus de 400 Spacs qui cherchent une société à acquérir et forcément, elles sont toutes à la recherche de sociétés de croissance actives dans les mêmes segments. Face aux doutes des marchés, certaines sociétés repoussent aujourd'hui les offres des Spacs visant à les racheter. Et pour couronner le tout, l'indice Ipox Spac, qui reproduit leur performance boursière, accuse une chute de plus de 20 % depuis son pic atteint en février dernier. Les Spacs sont donc entrées dans un "bear market", un marché baissier.

Un des deals les plus marquants était celui de Lucid Motors, un constructeur de véhicules électriques parfois qualifié de nouveau Tesla, qui a annoncé sa fusion en février avec la SPAC Churchill Capital IV Corp. Le cours a bondi à plus de 60 dollars. Mais en quelques semaines, le cours a ensuite dégringolé de plus de 50%, le marché se posant des questions sur la valorisation de Lucid Motors et sur ses perspectives. Consolation pour l'investisseur: le cours qui se situe aujourd'hui à 20 dollars reste bien au-delà de la valeur initiale de 10 dollars.

Avertissement

La SEC a bien fait de rappeler que ce n'est pas parce qu'une célébrité est à la tête d'une Spac que cela en fait nécessairement un bon placement.

Comme avec le bitcoin, les régulateurs ont commencé à montrer les dents. Dans le cas des Spacs, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés US, a bien fait de rappeler que ce n'est pas parce qu'une célébrité est à la tête d'une Spac que cela en fait nécessairement un bon placement. Gary Gensler, le nouveau président de la SEC, se pose aussi des questions sur la protection des petits investisseurs. Les mêmes questions que se pose chez nous Jean-Paul Servais, le président de l’Autorité des services et marchés financiers (FSMA). La FSMA a organisé une consultation publique concernant la création de Spacs en Belgique et leur cotation sur Euronext Bruxelles. Cette consultation s'achève ce 31 mai. Tout indique que les conditions d'émission vont être très strictes. Pour la FSMA, ce produit doit être réservé à un public de professionnels. Les particuliers ne pourront monter à bord que dans le cadre d’une responsabilisation très forte.

Ce qui pose problème à Jean-Paul Servais, c'est le traitement réservé au petit investisseur qui bénéficie de conditions nettement moins attrayantes que les fondateurs (sponsors) ou les institutionnels. Les fondateurs reçoivent habituellement 20% des actions en échange d’une très modique somme, ce qui implique un effet de dilution de valeur immédiat pour le petit investisseur. Il existe encore une dilution supplémentaire subie lors du remboursement des actionnaires "dissidents", c'est-à-dire ceux qui n'ont pas approuvé le projet d’acquisition retenu par la Spac.

Au bout du compte, le petit investisseur risque bel et bien d'être le dindon de la farce surtout lorsque l'on apprend que les banques d'investissement américaines vont, elles, empocher pas moins de 15 milliards de dollars en 2020-2021 grâce à leurs conseils et opérations de souscription aux Spacs.  

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