"Pas d'hélicoptère à billets sur la table à la BCE"

©Kristof Vadino

La Banque centrale européenne a connu quelques dissensions entre ses 25 membres lors de sa dernière réunion de politique monétaire le 10 mars. L’institution avait envisagé de baisser davantage son taux de dépôt, en adoptant des exemptions. Mais plusieurs membres s’y sont opposés, tout comme ils ont émis des doutes sur l’intervention de la BCE sur les marchés obligataires ou l'utilisation d'autres outils, comme le fameux hélicoptère à billets.

La Banque centrale européenne a envisagé au mois de mars de baisser ses taux de dépôt encore plus bas que -0,4%. Le 10 mars, lors de la réunion de son comité de politique monétaire, les membres de la BCE ont discuté de la possibilité d’exempter certains dépôts bancaires comme l’a fait la Banque nationale suisse. Cela lui aurait permis de descendre plus bas, car la BNS a baissé à -0,75% son taux de dépôt en exemptant les grandes banques suisses pour une partie de leurs dépôts. Mais selon le compte rendu de la réunion de la BCE publié ce jeudi, plusieurs membres ont craint la complexité d’un tel système. "Des vues divergentes ont été exprimées sur les coûts et les avantages de s’enfoncer davantage en territoire négatif", selon le document.

"Des inquiétudes ont été soulevées sur les effets indésirables que pourrait entraîner le fait d’aller plus loin en territoire négatif", comme "la pression accrue sur la profitabilité des banques, qui pourrait avoir des effets négatifs sur la stabilité du secteur financier", poursuit le document.

80 milliards €
La BCE a décidé d’augmenter le montant de ses rachats d’actifs en élargissant son champ aux obligations d’entreprise, ce qui a suscité des craintes.

C’est pourquoi la BCE n’a pas introduit d’exemption en baissant son taux de dépôt à -0,4% contre -0,3%. "Nous n’avons pas voulu car nous ne voulons pas signifier que nous pouvons abaisser davantage nos taux d’intérêt" avait indiqué Mario Draghi, le président de la BCE, lors de la conférence de presse à l’issue de la réunion de politique monétaire. Il avait répété plusieurs fois durant cette conférence que la banque centrale "n’anticipe pas qu’il sera nécessaire d’abaisser davantage les taux d’intérêt".

Dissensions sur le QE

La BCE a aussi rencontré quelques oppositions à l’élargissement de son plan de rachats de titres sur les marchés (QE), qu’elle a porté à 80 milliards d’euros par mois contre 60 milliards d’euros jusqu’en septembre 2017. La BCE étendra au deuxième semestre ses rachats aux obligations d’entreprise.

©AFP

Mais plusieurs membres ont exprimé leurs inquiétudes quant "aux opérations de la Banque centrale qui continuent de remplacer le fonctionnement des marchés privés et de rendre les banques dépendantes au financement par la zone euro", mais aussi quant à la taille du programme de refinancement du secteur bancaire (TLTRO2). "La réduction du taux jusqu’à celui de la facilité de dépôt semble généreuse, et pourrait contribuer à des distorsions de marché et à la préservation des modèles faibles de certaines banques", ajoute le compte rendu de la réunion de la BCE. Pour rappel, à partir du mois de juin, l’institution lance quatre opérations de prêts à long terme pour le secteur financier, une par trimestre jusqu’en mars 2017.

Pas de monnaie hélicoptère

Lors de la dernière conférence de presse, Mario Draghi avait répondu à une question sur la monnaie hélicoptère, qui désigne une politique où la Banque centrale donnerait de l’argent directement au consommateur, que cette option n’est pas sur la table. Les membres de la BCE n’en ont pas discuté lors de leur dernière réunion.

"L'option de 'l'hélicoptère à billets' n'est pas sur la table. Si la situation financière le nécessite (en cas de choc, par exemple), différents instruments pourront être utilisés, comme une nouvelle baisse des taux d'intérêt ou des politiques non conventionnelles."
Jan Smets
Gouverneur de la Banque nationale de Belgique

Jeudi, Peter Praet, l’économiste en chef de la BCE et Vitor Constancio, vice-président de l’institution, ont rappelé que cette option n’a pas été discutée entre les 25 membres de la banque centrale. Le président de la Bundesbank, Jens Weidemann, qui n’a pas voté lors de la dernière réunion de mars, a, lui, indiqué que cette opération reviendrait à créer "des trous géants dans le bilan de la Banque centrale" européenne.

Mario Draghi a pour sa part rappelé que la politique de la BCE soutient l’inflation et l’économie de la zone euro.

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