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interview

Philippe Gijsels (BNPP Fortis): "Nous regardons quand le prochain 'bull market' va débuter"

Philippe Gijsels, chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis: "Nous pensons que les taux d'intérêt réels resteront bas, voire négatifs. Dans ce contexte, chaque crise nous donne des opportunités d'achat et il faut en profiter." ©ANTONIN WEBER / HANS LUCAS

Philippe Gijsels (BNPP Fortis) voit des marchés volatils tant que le pic de l'inflation n'aura pas été dépassé. La stagflation "n'est pas le scénario de base".

Les indices boursiers sont à leur plus bas niveau de l'année ou n'en sont pas loin. Certains secteurs sont en "bear market" (marché baissier caractérisé par un recul de plus de 20% depuis le dernier sommet). Pour Philippe Gijsels, chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis, "chaque crise offre des opportunités d'achat".

Quelle est la cause principale de la déprime boursière?

Le plus important, c'est l'inflation. Les banques centrales sont en retard sur l'évolution de la courbe. Les banquiers centraux concèdent que s'ils avaient su comment l'inflation évoluerait, ils auraient augmenté leurs taux d'intérêt directeurs plus vite. À présent, ils sont obligés de les augmenter plus fortement pour conserver leur crédibilité.

"La hausse des taux est la plus rapide depuis 200 ans: ce n'est pas rien!"

Quelles en sont les conséquences?

Cela crée des incertitudes sur les marchés. On assiste à une montée des taux d'intérêt à court terme, mais aussi des taux à dix et trente ans, ainsi que des taux hypothécaires. Il s'agit de la hausse la plus rapide depuis 200 ans: ce n'est pas rien! Ça provoque un "repricing" (réévaluation, ndlr) de toutes les classes d'actifs.

Combien de temps la correction peut-elle encore durer?

On a peu de visibilité sur le niveau final que les taux d'intérêt atteindront. Même les anticipations des investisseurs fluctuent sans cesse. Tout cela rend les marchés nerveux. Tant qu'on n'observera pas un pic de l'inflation, je crains que les marchés ne restent très volatils.

Faut-il craindre une stagflation?

La probabilité a augmenté, mais ce n'est certainement pas le scénario de base. L'économie reste très forte, surtout aux États-Unis. La politique monétaire est toujours expansionniste et le restera. Il n'est pas possible de maintenir des taux d'intérêt à 5%, 6% ou 7% car ça rendrait les dettes publiques ingérables. Les banques centrales vont devoir maintenir les taux assez bas si elles le peuvent.

"C'est comme un match de foot. En première mi-temps, les banques centrales sont agressives pour stabiliser les prix. En deuxième mi-temps, après le symposium de Jackson Hole d'août, elles pourront se permettre d'être plus conciliantes, ce qui va peut-être aider les marchés."

Elles resserrent pourtant leur politique monétaire.

Je compare cette situation à un match de football. Nous en sommes à la trentième minute. Durant cette première mi-temps, la stratégie des banques centrales est d'être agressives. Elles y sont obligées pour préserver la stabilité des prix. Mais la fin de la première mi-temps devrait intervenir en août, lors de la conférence annuelle des grands banquiers centraux, à Jackson Hole. Durant la deuxième mi-temps, les banques centrales pourront se permettre d'être moins agressives parce qu'une partie du travail a déjà été réalisée par les anticipations des investisseurs qui ont provoqué une hausse sensible des taux longs. Les banquiers centraux pourront adopter un ton plus conciliant et cela va peut-être aider les marchés durant le reste de l'année.

Y a-t-il déjà des opportunités d'achat?

Notre stratégie consiste à rester favorable aux actifs tangibles, qu'il s'agisse d'actions, d'immobilier, d'œuvres d'art ou autres, parce que nous pensons que les taux d'intérêt réels (après déduction de l'inflation, NDLR) resteront bas, voire négatifs. Dans ce contexte, beaucoup d'alternatives, même chères, deviennent intéressantes. Lors de chaque crise, le marché nous donne des opportunités d'achat et il faut en profiter.

Comment?

Comme les marchés ont déjà perdu 20%, nous sommes en train de regarder quand le prochain "bull market" (marché haussier, NDLR) va commencer. Nous recherchons les actions, les thèmes ou les secteurs qui reprendront avant les autres. Historiquement, ceux qui remontent en premier sont les leaders du nouveau "bull market".

"On pourrait trouver des opportunités dans l'énergie verte parce que l'indépendance énergétique et la transition énergétique sont très importantes."

Quels thèmes ou secteurs regardez-vous en priorité?

Nous n'avons pas du tout d'indications, nous ne pouvons que spéculer. Mais je pense qu'on pourrait trouver des opportunités dans le solaire et dans l'énergie verte en général, parce que l'indépendance énergétique va être très importante. La transition énergétique en cours est aussi très importante: l'Europe et les États européens vont injecter des milliards d'euros dans ces projets. Les futurs leaders du marché haussier se trouvent peut-être aussi dans la biotechnologie ou la robotique ou encore la sécurité internet voire les semi-conducteurs. La "buy list" (liste d'achats, NDLR) est longue, mais c'est le marché qui nous dira quels seront les prochains leaders.

Que conseiller aux "nouveaux investisseurs", arrivés en bourse depuis le printemps 2020, qui subissent leur plus cuisant revers?

Ils doivent être là pour le long terme. Les marchés ont été fantastiques pendant les 200 dernières années et ça va continuer. De temps en temps, il y a des corrections. Il faut aussi souligner que les indices européens ont moins baissé que les indices américains. Et pour les investisseurs européens, la hausse du dollar a compensé la chute boursière américaine.

Certains perdent énormément dans les cryptoactifs.

Ici aussi, il y a un "repricing". Comme on a injecté énormément d'argent dans le système, il est logique qu'il ait trouvé son chemin vers les actifs tangibles et les actifs virtuels. Il est donc normal d'avoir une corrélation entre les cryptoactifs et les actions. Comme le flux de liquidités s'inverse, ces actifs souffrent aussi.

Le résumé

  • "Tant qu'on n'observera pas un pic de l'inflation, les marchés resteront volatils."
  • "La probabilité de stagflation a augmenté mais ce n'est pas le scénario de base."
  • "Les banques centrales pourront se permettre d'être moins agressives après Jackson Hole, ce qui va peut-être aider les marchés."
  • "Nous recherchons les actions, les thèmes ou les secteurs qui reprendront avant les autres."

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