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analyse

Plongée dans la jungle des cryptomonnaies

Les cryptomonnaies présentent chacune des caractéristiques différentes. ©Bloomberg

Les devises virtuelles, en particulier le dogecoin, brillent depuis le début de l’année. Leur structure et leurs caractéristiques vont déterminer leur avenir.

Les cryptomonnaies font beaucoup parler d’elles en ce moment. Les records battus par le bitcoin, l’ether… et, surtout, le dogecoin ont attiré l’attention de nombreux particuliers. Une véritable fièvre de commentaires s'est emparée des réseaux sociaux et des forums de discussions, comme Reddit.

De leur côté, les plateformes de transactions de cryptomonnaies sont prises d’assaut et enregistrent des volumes de transactions record. Certaines, comme Binance, ont connu même des pannes informatiques momentanées. Celles qui entrent en bourse, comme la plateforme suédoise Safello qui a collecté récemment dix fois plus que ce qu’elle n’espérait, sont portées aux nues.

"Le bitcoin est la mère de toutes les cryptomonnaies."
Jean-Luc Verhelst
Consultant en bitcoin et blockchains

Des nouvelles cryptomonnaies, comme le safemoon et l’Internet Computer, ont suscité un véritable buzz. Et pour couronner le tout, des personnalités en vue comme Elon Musk, jettent de l’huile sur le feu en plébiscitant sur Twitter des devises virtuelles, en particulier le dogecoin.

"La mère de toutes les cryptomonnaies"

Mais derrière chaque cryptomonnaie se cachent des caractéristiques qui peuvent influencer leur évolution. Le bitcoin, pour commencer, figure parmi les premières devises virtuelles à avoir été lancées. Il remonte à 2009 et a été créé par le mystérieux Satoshi Nakamoto, derrière lequel se cachent probablement un ou plusieurs développeurs informatiques.

"Le bitcoin est la mère de toutes les cryptomonnaies", souligne Jean-Luc Verhelst, consultant en bitcoin et blockchains.  "Le bitcoin est devenu une réserve de valeur. Il s’est imposé par usage à travers le temps auprès des investisseurs institutionnels", constate Marc Toledo, directeur financier de la plateforme belge de négociations de cryptomonnaies Bit4you.

Depuis l’année passée, la cryptomonnaie enchaîne les adoubements auprès de sociétés comme Mastercard, Bank of New York Mellon, Citigroup, Tesla ou Microstrategy. Même Facebook, qui tente toujours de lancer sa propre devise virtuelle concurrente au bitcoin, le met sur un piédestal.

"Le bitcoin n’est pas fait pour être très efficace. Pour valider une transaction, il faut passer par cinq blocs. Un bloc prend 10 minutes."
Marc Toledo
Directeur financier de Bit4you

De son côté, Paypal veut conférer au bitcoin un rôle de monnaie d’échange. Le système de paiement autorise désormais les transactions sur sa plateforme en bitcoins. Toutefois, certains analystes doutent de cette fonctionnalité de paiement. 

"Le bitcoin n’est pas fait pour être très efficace. Pour valider une transaction, il faut passer par cinq blocs. Un bloc prend 10 minutes. Faites le calcul. Pour des commerces, ce n’est pas idéal. Mais pour des systèmes comme Paypal, ça peut marcher", souligne Marc Toledo.

Finance décentralisée

Juste derrière le bitcoin se trouve l’ether, qui connaît une forte progression depuis quelques jours et a dépassé 4.000 dollars, un record. La cryptomonnaie profite de l’engouement autour de  l’ethereum, sa blockchain (chaine de blocs) qui permet de nombreuses applications. "Par exemple, si votre employeur décidait de permettre le paiement de café en jetons de l’entreprise, il pourrait faire appel à l’ethereum pour créer ce jeton pour ses employés", explique Jean-Luc Verhelst.

"Ethereum permettra, grâce à sa standardisation, d'échanger ces jetons pour d'autres jetons, soit sur Ethereum, soit via un smart-contrat, soit via une place de marché (décentralisée ou non) qui fera le matching", ajoute-t-il. C’est ce qui explique son succès actuel. "De plus en plus, la finance décentralisée et les smart contracts utilisent l’ethereum pour faire naître de nouveaux projets", souligne Marc Toledo.

"Si Dfinity parvient à bousculer le monde de l’internet, il n'y aura pas non plus besoin de services de noms de domaines centralisés, d'antivirus, de pare-feu, de systèmes de base de données, de services de stockage de données et de VPN."
Mira Christanto
Chercheuse chez Messari

L’ethereum n’est pas la seule blockchain dans son domaine. "Dans la même catégorie, on retrouve aussi Neo ou Iota."  Binance Smart Chain, Polkadot, Chainlink et Solana font partie du même groupe. La blockchain Dfinity, qui vient de lancer sa cryptomonnaie Internet Computer, est la dernière à arriver dans cette catégorie.

Dfinity veut concurrencer des sociétés comme Amazon et Apple sur le terrain du stockage de données, grâce à la puissance d’internet.  "Si Dfinity parvient à bousculer le monde de l’internet, il n'y aura pas non plus besoin de services de noms de domaines centralisés, d'antivirus, de pare-feu, de systèmes de base de données, de services de stockage de données et de VPN", a noté Mira Christanto, chercheuse à la plateforme d'analyse Messari.

Système de paiement

D’autres cryptomonnaies sont utilisées spécifiquement comme système de paiement. "Le ripple et le tether servent comme monnaie d’échange", souligne Marc Toledo. "Le ripple est beaucoup plus centralisé que l’ether. L’équipe derrière cette cryptomonnaie détient beaucoup de cette devise virtuelle en réserve et on peut craindre une manipulation. Toutefois, le ripple est utilisé dans le secteur bancaire, car il est moins axé sur la philosophie de la décentralisation. Au contraire, la centralisation permet à une liste de personnes d’accepter ou refuser la cryptomonnaie", constate Jean-Luc Verhelst.

"Le dogecoin a été créé comme une blague en 2013, une année où tout le monde commençait à créer sa cryptomonnaie."
Jean-Luc Verhelst

Le tether fait, lui, partie des stablecoins, ce qui signifie que sa valeur ne fluctue presque pas. Il est arrimé à une devise existante sur le marché des changes. Par exemple, pour chaque tether USD correspond un dollar. La cryptomonnaie est aussi centralisée.

Quant au dogecoin en tant que moyen de paiement, les avis sont partagés. "Elon Musk dit que le dogecoin est la monnaie du peuple, et peut s’imposer", indique Marc Toledo. "Le dogecoin a été créé comme une blague en 2013, une année où tout le monde commençait à créer sa cryptomonnaie", rappelle Jean-Luc Verhelst. "C’est une devise virtuelle marrante, qui est devenue hype, mais elle n’est pas rare et elle n'a initialement pas l'ambition de servir comment moyen de paiement."

Perspectives divergentes

L’ether suscite actuellement des marques d’intérêt des investisseurs institutionnels. La Banque européenne d’investissement (BEI) a utilisé la blockchain ethereum afin d’émettre des obligations pour un montant de 100 millions d’euros.

"Ce geste est important, car il représente une recommandation de la blockchain ethereum par une institution publique majeure", soulignent les analystes de JPMorgan. Pour autant, ceux -ci estiment que le cours actuel de l’ether, aux alentours de 4.000 dollars, s’avère 75% surélevé. Autrement dit, ils jugent que l’ether devrait valoir 1.000 dollars.

"Essentiellement, un plus grand réseau d'utilisateurs et de mineurs rend la blockchain sous-jacente plus sécurisée et implique une plus grande acceptabilité de la cryptomonnaie sur cette blockchain (...). Une simple évaluation de l'activité minière et du nombre d'adresses actives uniques sur le réseau ethereum suggère que l'ether devrait se négocier à environ 1.000 dollars."

10.000
Dollars
La co-fondatrice de Magnetic, Megan Kaspar, voit l'ether grimper à 10.000 dollars d'ici la fin de l'année en raison de la méthode moins énergivore de la cryptomonnaie.

D’autres analystes sont, par contre, beaucoup plus optimistes pour la cryptomonnaie. Chez Ark Invest, l’analyste James Wang voit l’ether atteindre 40.000 dollars en raison du boom des applications de la finance décentralisée.

Chez la société d’investissement Magnetic, la co-fondatrice Megan Kaspar souligne de son côté l’atout de la méthode moins énergivore de l’ether. "Le réseau PoS (utilisé par l’ethereum) pour la validation de bloc réduit les émissions de carbone de 99,9%, faisant d'ethereum une technologie verte (...) Les deux mises à jour sur le réseau à elles seules pourraient pousser l'ether à une capitalisation boursière de 1.000 milliards de dollars, où se situe le bitcoin, aujourd'hui. Cela représente un ether entre 8.000 et 10.000 dollars."

Volte-face d'Elon Musk

L’argument de Megan Kaspar s’avère d’autant plus valable que, jeudi dernier, Elon Musk a fait une volte-face spectaculaire en annonçant que sa société Tesla n’acceptera désormais plus le bitcoin comme moyen de paiement pour l’achat d’un véhicule. Il a motivé sa décision par des raisons environnementales. "Nous sommes inquiets de constater l'augmentation rapide de l'usage des énergies fossiles, en particulier le charbon, le pire des carburants en termes d’émissions, pour générer des bitcoins et effectuer des transactions" a -t -il indiqué sur Twitter.

L’annonce a fait plonger le bitcoin. Mais Jean-Luc Verhelst souligne que la cryptomonnaie conservera son statut de réserve de valeur en raison de sa rareté. Actuellement, 18,70 millions de bitcoins circulent, sur un total de 21 millions maximum. "Parmi les cryptomonnaies, le bitcoin conservera son statut de réserve de valeur dans les années à venir car son fonctionnement reste stable même si, technologiquement parlant, il existe des blockchains avec plus de fonctionnalités", prédit-il.

"Le dogecoin n’a jamais eu pour but de devenir une grande capitalisation de marché."
Jean-Luc Verhelst

"Le bitcoin n’amuse pas les gens, il n’est plus volatil. L’arrivée des investisseurs institutionnels dans le bitcoin a apporté une certaine inertie du cours. Résultat, ses variations sont devenues moins importantes que pour d’autres cryptomonnaies. Cela confirme son statut refuge", constate Marc Toledo. Il ne considère pas que le bitcoin reste en retrait alors que les autres cryptomonnaies ont brillé plus fort cette année. D’ailleurs, Elon Musk a confirmé que Tesla gardera les bitcoins que la société détient dans son bilan.

Popularité en question

Le dogecoin, en comparaison, n’affiche pas une rareté, avec 129,57 milliards d’unités en circulation. "Le nombre de dogecoin est illimité, contrairement au bitcoin", relève Jean-Luc Verhelst. Depuis son lancement en 2013 avec un nombre de 100 milliards d’unités, le dogecoin croît en nombre de 5 milliards chaque année. Le consultant remarque aussi que "le dogecoin est technologiquement peu entretenu, car la communauté de développeurs s'est vidée, ce qui est assez interpellant quand on sait que Elon Musk tweete qu'il est en discussion avec des développeurs. On se demande bien avec qui..."

"Le dogecoin n’a jamais eu pour but de devenir une grande capitalisation de marché", regrette Jean-Luc Verhelst. Car la cryptomonnaie affiche une valeur de 56,9 milliards de dollars, davantage que Ford et la plateforme de négociation de devises virtuelles Coinbase. Cela n’empêche pas les fans du dogecoin de viser un cours de 1 dollar d'ici à la fin de l’année. Le chiffre peut sembler modeste, mais il faut rappeler que la devise virtuelle valait 0,005 dollar fin décembre.

L’agence d’informations Bloomberg soulignait, il y a peu, que 2% des comptes détiennent 95% du bitcoin.

Les critiques du dogecoin lui reprochent son côté "meme" (populaire sur les réseaux sociaux) qui a propulsé dernièrement des autres cryptomonnaies comme le shiba Inu, l’akita Inu et le dogelon mars. "Le shiba Inu, c’est du grand n’importe quoi. Cela peut porter préjudice aux autres cryptomonnaies. Les régulateurs l’ont dans leur viseur. Si les gens perdent beaucoup d’argent, on peut craindre une régulation plus stricte sur les cryptomonnaies", craint Marc Toledo.  Les aficionados des cryptomonnaies s’irritent aussi de la popularité du dogecoin.

Forte concentration

La forte concentration du dogecoin fait aussi craindre pour l’évolution de la cryptomonnaie. Quelque 109 adresses détiennent 67,4% du dogecoin. Une adresse détient à elle seule 28,36% du dogecoin, mais les pistes remontent à la plateforme Robinhood, qui a indiqué utiliser ce stock pour permettre à ses clients de négocier la cryptomonnaie.

Rappelons que le bitcoin suscite aussi les mêmes inquiétudes. L’agence d’informations Bloomberg soulignait, il y a peu, que 2% des comptes détiennent 95% du bitcoin. Le risque que l’un de ces comptes vende ses bitcoins et fasse chuter brutalement le cours pèse sur la cryptomonnaie.

Token ou cryptomonnaie?

Une cryptomonnaie, ou crypto-actif, sert principalement de monnaie d’échange. "Une cryptomonnaie est un jeton (token) qui permet le transfert d’un actif d’une personne à une autre. Cet actif peut être une monnaie, une action, ou par exemple 10 jetons Uber qui permettent de prendre un VTC pendant 10 kilomètres. Dans ce dernier cas, on dira que le jeton a un côté utile", souligne Jean-Luc Verhelst. "Un jeton peut servir au transfert de kilowatt ou l’achat d’un tableau", indique Marc Toledo. "Un jeton est une application qui s’appuie notamment sur l’ethereum. Il peut être un NFT (token non-fongible)", ajoute Jean-Luc Verhelst.

Les NFT connaissent un véritable boom actuellement. Le marché de l'art s'en est emparé pour présenter des artistes numériques. Le patron de Twitter, Jack Dorsey, a touché le pactole en vendant son premier tweet sous forme de NFT, pour une somme de 2,9 millions de dollars. Des musiciens comme Kings of Leon ont vendu un album en NFT.

Le résumé

  • Les cryptomonnaies battent des records et font beaucoup parler d'elles cette année, en particulier le dogecoin.
  • Le bitcoin est considéré comme une réserve de valeur par de nombreux investisseurs institutionnels. L'ether est plébiscité pour sa blockchain ethereum, utilisée pour de nombreuses applications.
  • Le dogecoin soulève de nombreuses questions et critiques.
  • Le ripple et le tether servent comme monnaies d'échange.

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