"Pour l'Europe, cela va être très compliqué" (Bruno Colmant)

©Kristof Vadino

Le second semestre va amener des questions sur le taux de croissance en Europe et aux Etats-Unis, estime Bruno Colmant, directeur de la recherche chez Degroof Petercam.

Les banques centrales européenne et américaine ont lancé un signal inquiétant récemment. Bruno Colmant, directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam, souligne que le second semestre va être plus compliqué. "On va rentrer dans un contexte de taux de croissance assez faible. Un rattrapage important a eu lieu depuis 2008, et maintenant, l’Europe va entrer dans un taux de croissance entre 1 et 1,5%, très faible. Le vieillissement de la population explique cette faiblesse, qui est structurelle. Les gains de productivité et la démographie ne peuvent pas justifier un taux de croissance plus élevé", constate-t-il.

En Europe, nous n’avons pas cette réserve de taux d’intérêt qui peuvent être baissés ultérieurement.
Bruno Colmant
Directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam

Pour l'économiste, "les Etats-Unis arrivent à une fin de cycle. La question repose maintenant sur les armes à disposition pour relancer la croissance. Les Etats-Unis ont l’avantage d’avoir fait un assouplissement quantitatif plus tôt que nous, sept ans avant. Ils ont pu normaliser le marché de l’emploi plus rapidement. Ils ont pu augmenter les taux d’intérêt, avec l’objectif de pouvoir les baisser si nécessaire, ce qu’ils vont sans doute faire."

"En Europe, nous n’avons pas cette réserve de taux d’intérêt qui peuvent être baissés ultérieurement. Le discours de Mario Draghi laisse comprendre que les taux d’intérêt peuvent être plus négatifs. Les TLTRO (opérations ciblées de refinancement de long terme, NDLR) seront donnés aux banques à partir de septembre, ce qui est une façon de donner de l’argent gratuit. Mais structurellement, cela veut dire qu’il est impossible que les taux d’intérêt montent. Quand on dit qu’ils ne vont pas monter avant 2020, il faut comprendre qu’ils ne monteront pas avant 2022 au minimum", relève-t-il.

Scénario à la japonaise

"Pour l’Europe, cela va être très compliqué. On va être coincé entre un taux de croissance faible, une arme budgétaire quasi impossible à utiliser car le vieillissement de la population crée des dépenses publiques plus élevées, et une arme monétaire utilisée modiquement dans des territoires inconnus. Avec une rancœur sociale dans certains pays" s’inquiète -il. "Toute la logique du retour à l’équilibre et du désendettement va être mise en péril par le manque de croissance et le vieillissement de la population. J’ai l’impression qu’on va rentrer dans un scénario à la japonaise, où on imprime de la monnaie au moment où on émet de la dette. On risque d’avoir un schisme dans la zone euro, entre d’un part des pays où les dépenses publiques augmentent, comme dans les pays du Sud, y compris la Belgique, et d’autre part les pays du Nord", conclut-il.

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