Pour les investisseurs, l'inflation menace plus que le Covid

Le retour de la hausse des prix, notamment via les produits pétroliers, devient la première préoccupation des gestionnaires de fonds, selon le baromètre de Bank of America Merrill Lynch. ©Photo News

Les gestionnaires d'actifs interrogés par BofA Merrill Lynch s'attendent à une reprise en V. L'exposition aux techs a subi sa plus forte baisse en 15 ans.

Pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, les investisseurs s'inquiètent désormais davantage de l'inflation que du coronavirus. C'est le sentiment qui ressort du sondage mensuel de Bank of America Merrill Lynch (BofA). L'impact de la hausse des taux d'intérêt est à présent aussi une source de préoccupation plus importante que le Covid-19.

"L'idée d'une reflation est à présent dominante sur les marchés financiers."
Frank Vranken
Chef stratégiste chez Puilaetco

Après avoir craint une dépression économique puis espéré une reprise équilibrée, les investisseurs tablent, à présent, sur un rebond économique en forme de V. Cela devrait se traduire par une hausse plus soutenue des prix, selon 93% des gestionnaires d'actifs interrogés, un taux record. Par ailleurs, 89% de ceux-ci – également un niveau historiquement élevé – s'attendent à une progression des bénéfices par action des entreprises.

La forte croissance attendue du produit intérieur brut (PIB) a, en outre, provoqué un bond des anticipations en matière de taux d'intérêt. En ce qui concerne les taux à court terme, les prévisions des investisseurs ont enregistré leur plus forte progression en deux ans. Un resserrement des taux directeurs américains n'est toutefois pas attendu avant février 2023. "En clair, l'idée d'une reflation est à présent dominante sur les marchés financiers", commente Frank Vranken, chef stratégiste chez Puilaetco, dans une note publiée mardi.

Obligations délaissées

2%
Si le taux des obligations américaines à dix ans atteint 2%, les investisseurs craignent une correction de plus de 10% des actions.

Ce contexte particulier a provoqué des ajustements sensibles des portefeuilles d'investissement. D'après les données collectées par BofA, l'exposition aux valeurs technologiques a subi sa plus lourde chute depuis quinze ans, au profit des valeurs cycliques, mais aussi des matières premières auxquelles l'exposition a atteint un niveau record. Les investisseurs disent aussi avoir misé sur les actions au détriment des obligations, victimes de la hausse des taux.

Cette montée des rendements pourrait toutefois devenir problématique si certains niveaux sont atteints, montre le sondage. Un taux américain à dix ans de 2% pourrait provoquer une correction des actions de plus de 10%, pensent les gestionnaires d'actifs. Si ce taux atteint 2,5%, les obligations des États-Unis deviendraient alors plus attrayantes que les actions, jugent-ils encore.

Les investissements considérés comme les plus prisés du moment sont les techs, malgré la chute de l'exposition à ce secteur, mais aussi le bitcoin et les valeurs durables. Enfin, les sondés souhaitent que les entreprises profitent de la reprise pour réaliser des investissements au lieu de procéder à des rachats d'actions ou de se désendetter.

Prudence chez les investisseurs belges aguerris

Les investisseurs belges restent, de justesse, optimistes, selon le baromètre des investisseurs d’ING, publié mardi. Cet indicateur de la confiance des particuliers actifs sur les marchés a légèrement baissé en février, à 102 points, contre 104 en janvier. Au-delà du niveau neutre de 100 points, il traduit un certain optimisme pour l’avenir.

"Cela signifie que les Belges considèrent toujours l'environnement comme favorable aux investissements", analyse Peter Vanden Houte, chef économiste d’ING Belgique. "31% des répondants estiment ainsi que l'économie belge se redressera dans les trois prochains mois. Les pessimistes demeurent certes majoritaires, à 39%, mais le pourcentage d'optimistes ne cesse de grimper depuis novembre, mois où les premiers vaccins efficaces ont été annoncés."

Toutefois, les investisseurs les plus aguerris font désormais preuve de prudence: seuls 38% d’entre eux tablent encore sur une progression des cours boursiers, contre 49% un mois plus tôt.

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