"Pour les supporters plus que pour les investisseurs"

Le 6 janvier, des informations sur l'arrivée de Mesut Özil à Fenerbahçe ont fait bondir l'action du club turc de 10%. ©Photo News

La valorisation des clubs de football dépend de nombreux paramètres quasiment imprévisibles. Cette incertitude s'accommode mal avec une cotation en bourse.

Investir en bourse dans les actions d'un club de football? "C'est davantage pour les fans de l'équipe que pour les vrais investisseurs", tranche Tom Simonts, économiste chez KBC. "Le business model d'un club de foot n'est pas adapté aux marchés boursiers. C'est un investissement pour les 'friends, family, and fools' (amis, famille et idiots, NDLR)." Autrement dit, seuls ceux qui tolèrent un risque élevé devraient miser sur de tels titres.

"Il n'existe pas de création de valeur structurelle dans les clubs de foot cotés."
Tom Simonts
Économiste chez KBC

Et pour cause: le cours de bourse d'un club de football peut varier fortement en fonction de nombreux paramètres, tels que les résultats dans une compétition, les transferts de joueurs, les blessures de ces derniers ou encore la cession de droits de retransmission des matches. Certes, certains revenus sont, en principe, relativement prévisibles, comme les ventes des places dans les stades ou les recettes des produits dérivés, dont les maillots floqués au nom des joueurs. Mais cela ne suffit pas à promettre une croissance bénéficiaire à long terme qui permettrait à des investisseurs à la recherche de rendement de placer leur confiance dans de telles sociétés.

La crise sanitaire a d'ailleurs sapé une bonne partie de ce pan de l'activité des clubs. L'interdiction d'assister à des rencontres dans les stades ou en bord de terrain a fait perdre des recettes considérables au monde du sport en général, amateur comme professionnel. Les actions des grands clubs européens cotés en bourse ne s'en sont toujours pas remises (voir l'infographie).

L'une des rares à récupérer un peu mieux que la moyenne est l'action de Manchester United . Le club anglais a récemment bénéficié d'une annonce du Premier ministre britannique, Boris Johnson, au sujet de la perspective d'autoriser potentiellement la tenue de rencontres devant un public limité à 10.000 personnes à partir de la mi-mai et de lever totalement les restrictions un mois plus tard. Old Trafford, le stade de ManU, est l'un des plus grands d'Europe, avec quelque 76.000 places, ce qui souligne l'importance des recettes de la billetterie pour le club.

Ajax pas invulnérable

Mais l'étude des variations historiques des cours de bourse des équipes de football cotées démontre surtout que les supporters, pardon, les actionnaires doivent avoir le cœur bien accroché. Par exemple, le Borussia Dortmund , douzième équipe européenne selon le classement UEFA, a concédé un nul et perdu deux matches en Bundesliga (championnat allemand) entre le 16 et le 22 janvier derniers, une contre-performance inhabituelle; résultat en Bourse de Francfort: le cours du club a chuté de plus de 10% en six jours.

-48%
Chute de l'AS Rome après son élimination
Le 6 août 2020, l'AS Roma est éliminée en huitième de finale de l'Europa League. Son action plongera de 48% en deux séances de cotation en Bourse de Milan.

Mais même un seul petit but peut avoir un effet dévastateur sur les marchés. Le 9 décembre 2020, l'Ajax Amsterdam , club phare du championnat néerlandais, est battu à domicile par les italiens de l'Atalanta Bergame en encaissant un but peu avant la fin du match, quelques minutes après l'exclusion d'un joueur ajacide. Or, les Amstellodamois devaient l'emporter pour se maintenir en Ligue des Champions. Leur départ prématuré de la compétition reine du football européen fera chuter l'action de l'Ajax de plus de 4% le lendemain. Le repêchage en Europa League ne réconfortera pas les actionnaires: en cinq jours, le titre plongera même de plus de 8,5%.

Plus on approche de la finale d'une compétition européenne, plus le cours d'un club peut être volatil. Le 6 août 2020, en huitième de finale de l'Europa League, l'AS Rome est éliminé par Séville, futur vainqueur de l'épreuve. Durant les deux séances boursières qui suivent, l'action du club italien plonge de 48%...

Effet Cristiano Ronaldo

À l'inverse, certaines nouvelles peuvent doper le cours de bourse d'un club. On se souviendra qu'à l'été 2018, l'action de la Juventus de Turin s'était envolée de plus de 30% en quatre jours grâce à des rumeurs, confirmées officiellement ensuite, sur l'arrivée de la star portugaise Cristiano Ronaldo dans la formation italienne. Un grand nom, c'est la promesse d'une forte hausse des ventes de produits dérivés. La progression boursière de la "Vieille Dame", surnom de l'équipe turinoise, avait même permis à l'action d'intégrer le MIB , l'indice vedette de la Bourse de Milan. Mais aujourd'hui, le titre cote en dessous de son prix d'IPO (Initial Public Offering, soit la levée de fonds précédant l'entrée en bourse).

"La hausse des droits télé n'est plus exponentielle."
Tom Simonts
Économiste chez KBC

Plus récemment, l'action du club de Fenerbahçe s'est envolée de 10%, le 6 janvier dernier, grâce à des informations sur le transfert de Mesut Özil, idolâtré en Turquie.

Les droits de retransmission des matches en télé peuvent aussi influencer les cours des clubs mais moins qu'auparavant. "En 2015 et 2016, les droits TV avaient explosé", se rappelle Tom Simonts. "Cela a enrichi les clubs à l'époque mais ce phénomène ne joue plus du tout aujourd'hui car tout est devenu numérique et la hausse des droits n'est plus exponentielle, comme à l'époque." Ce qui fait dire à cet économiste qu'actuellement, "il n'existe pas de création de valeur structurelle dans les clubs de foot cotés". Ce qui destine leurs actions davantage aux fans qu'aux investisseurs.

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