Pour vos investissements, "privilégiez la dette financière"

Emmanuel Petit, gestionnaire de fonds chez Rothschild ©Bruno Cohen

Emmanuel Petit (Rothschild AM) s’attend à un retour de l’inflation en Europe, mais pas avant 2019 ou 2020.

Les taux de défaut actuels sur le continuent européen soutiennent le maintien d’une conjoncture favorable pour le crédit européen. Dans le fonds qu’il gère, Emmanuel Petit (responsable de la gestion obligataire chez Rothschild AM et gestionnaire du fonds R Euro Credit) détient essentiellement de la dette d’entreprise de qualité "Investment Grade" (notation moyenne BBB) et près de 50% d'actifs du secteur financier européen.

"Les banques européennes se sont fortement restructurées suite à la crise financière, et ont dû répondre à des exigences règlementaires qui ont renforcé leur solvabilité et leur liquidité. Et dans le même temps, leur rentabilité devrait s’améliorer avec la hausse des taux."

Pas de krach

Car Emmanuel Petit anticipe que le mouvement de normalisation se poursuive. "Les taux réels (taux nominaux – inflation) sont supposés refléter le potentiel de croissance de long terme pour l’économie. Ils indiquent aujourd’hui que les taux américains à 10 ans restent encore 1 à 1,5% en dessous de leurs fondamentaux, tandis que cette décote atteint 2,5% pour les taux allemands. Ces anomalies sont flagrantes, et la normalisation des politiques monétaires entraînera une correction. Je ne prévois pas un krach obligataire, mais l’ajustement du marché aux nouvelles réalités risque d’être rapide et violent ". Emmanuel Petit souligne également que l’écart entre le taux à 10 ans américain et allemand atteint désormais 2,3%, ce qui va pousser à des arbitrages vers les bons du Trésor US.

"En dehors du secteur financier, les valorisations sont plus tendues, mais il n’y a aucune raison d’être sous-pondéré à l’heure actuelle. La majorité des sociétés européennes affichent une bonne santé financière."

La situation devrait rester relativement stable au niveau du crédit européen en 2018, mais il y aura un retour des pressions inflationnistes à partir de 2019-2020.
Emmanuel Petit

S’il estime que la situation devrait rester relativement stable au niveau du crédit européen en 2018, il s’attend toutefois à un retour des pressions inflationnistes à partir de 2019-2020. " Tant que l’inflation restera faible, la BCE aura difficile de muscler son discours et de s’engager sur la voie d’une normalisation de sa politique monétaire ".

Rester humble

Dans ce contexte, Emmanuel Petit privilégie les maturités courtes. Il utilise des contrats futures afin de diminuer encore la sensibilité de son portefeuille aux évolutions des taux. "Historiquement, notre portefeuille a généralement bien résisté aux précédentes périodes de hausse des taux. Il ne faut aujourd’hui surtout pas prendre trop de risque et rester humble et flexible par rapport à la phase plus volatile qui s’annonce."

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