Pourquoi la baisse de l'euro va se poursuivre à court terme

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La devise européenne déprime sur le marché des changes. Troisième vague Covid, retard dans la campagne de vaccination, BCE aux aguets... Tout porte à croire que cela va perdurer.

Il est loin le temps où l’on s’inquiétait de la (trop?) forte vigueur de l’euro . Après avoir gagné près de 9% en 2020 et culminé à 1,2327 dollar le 6 janvier 2021, la devise européenne a petit à petit perdu du terrain sur le marché des changes. Elle est temporairement repassée sous la barre symbolique de 1,18 dollar ce jeudi. Ce qui représente son plus bas niveau en cinq mois. L'euro a ainsi lâché 3,59% depuis le début d'année.

Et ce n’est pas la seule devise à accuser le coup. Sur la même période, la couronne suédoise a reculé de 5,07% face au billet vert, le yen japonais de 5,40%, le franc suisse de 5,74% et le réal brésilien de 7,76%. Seuls le dollar canadien (+0,88%) et la livre britannique (+0,38%) affichent une performance positive.

Les économistes et stratégistes étaient pourtant persuadés fin 2020 que la baisse du dollar américain constatée l'an dernier allait se poursuivre à court terme. Outre des tensions politiques autour de la prise de contrôle du Sénat américain par les démocrates, ils pointaient également la mauvaise gestion des autorités pour endiguer la pandémie et relancer la première économie mondiale.

De meilleures perspectives aux USA

Mais "la donne a changé", explique Bernard Keppenne, chief economist chez CBC Banque. Selon lui, trois principaux facteurs expliquent la déprime de l'euro. À commencer par l'écart entre les États-Unis et l'Union européenne dans leur campagne de vaccination.

"En termes de campagne de vaccination, "l'écart entre les USA et l'Europe ne se réduira pas au 2e trimestre, et le principal facteur baissier sur l'euro est donc là pour rester pendant un certain temps."
Audrey Childe-Freeman
Responsable de la stratégie devises chez Bloomberg Intelligence

Si Donald Trump était réticent à agir contre la propagation de la Covid-19, le nouveau président américain Joe Biden en a fait l'une de ses priorités. "Tous les Américains devraient pouvoir se faire vacciner d'ici le 1ᵉʳ mai", a-t-il annoncé il y a deux semaines. D'après les données compilées par Bloomberg, 130 millions de doses ont été administrées aux États-Unis à l'heure actuelle. Ce qui signifie que 20% de la population américaine a été vaccinée. Contre seulement 6,9% pour l'Union européenne.

"Il y a un risque que la suspension temporaire du vaccin d'AstraZeneca par certains pays européens se traduise" par une population moins encline à se faire vacciner, prévient Audrey Childe-Freeman, responsable de la stratégie devises chez Bloomberg Intelligence. "Cela signifie que l'écart entre les USA et l'Europe ne se réduira pas au 2e trimestre, et le principal facteur baissier sur l'euro est donc là pour rester pendant un certain temps."

Or, qui dit campagne de vaccination efficace, dit reprise économique plus rapide et significative. L'activité du secteur privé dans la zone euro est certes repassée en zone de croissance ce mois-ci. Mais les perspectives de croissance restent bien meilleures aux États-Unis. La Réserve fédérale américaine (Fed) table désormais sur un rebond de 6,5% cette année. Contre 4% chez nous.

Vers un euro à 1,16 dollar?

Dernier facteur baissier sur l'euro: une remontée des rendements obligataires plus prononcée outre-Atlantique. Un taux américain à 1,61% est plus alléchant pour un investisseur qu'un Bund allemand à -0,38%. "Sans vraiment le dire, la Fed voit d'un bon œil la pentification de la courbe des taux. À l'inverse de la Banque centrale européenne (BCE), qui a décidé d'accélérer son programme de rachats d'actifs (PEPP)", ajoute Bernard Keppenne.

1,16
dollar
Selon Stephen Gallo (BMO Capital Markets), la monnaie unique pourrait tomber à 1,16 dollar au cours du prochain mois.

Pour toutes ces raisons, de nombreux observateurs estiment que le repli de l'euro va se poursuivre à court terme. Stephen Gallo, responsable de la stratégie devises de BMO Capital Markets, pense que la monnaie unique pourrait tomber à 1,16 dollar au cours du prochain mois. Ce qui est bien entendu bénéfique pour nos sociétés exportatrices.

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