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Pourquoi les prix du pétrole américain sont passés sous 0 dollar

Les analystes lient la chute du cours du WTI à un excès de stock de brut américain, notamment dans les installations de Cushing, dans l'Oklahoma (photo). ©Bloomberg

Le cours du baril de WTI, référence pour les États-Unis, s'est effondré ce lundi et a clôturé à -37,63 dollars le baril, un crash historique. Du jamais vu, alors que le baril de Brent, lui, n'a perdu qu'un peu plus de 5%. Le niveau d'engorgement du pétrole américain explique cette déconvenue.

A la fin d'une séance infernale, le baril de pétrole coté à New York pour livraison en mai a terminé pour la première fois sous les zéro dollar, les investisseurs et spéculateurs étant prêts à payer pour s'en débarrasser faute de stockage. Ce contrat expirant mardi à la clôture, ceux qui en détiennent doivent trouver des acheteurs physiques au plus vite. Mais comme les stocks ont déjà énormément gonflé aux Etats-Unis ces dernières semaines, ils ont été contraints de payer des gens pour trouver preneurs: le baril de WTI a terminé à -37,63 dollars, du jamais vu. La cause de ces problèmes de stockage aux Etats-Unis? Les restrictions de déplacements dans le monde entier et la paralysie de nombreuses économies à cause de la crise du coronavirus qui ont fait fondre la demande.

Le cours du baril de pétrole américain a ensuite rebondi ce mardi matin en Asie, revenant légèrement au-dessus de zéro.

Le Brent moins affecté

De son côté, le baril de Brent  de la mer du Nord, référence européenne, est moins affecté, ne cédant qu'un peu plus de 5%, à 26,50 dollars. "Bien que la réduction historique de la production de 9,7 millions de barils par jour de l'OPEP + ait soutenu le marché mondial du Brent, elle n'a pas fait grand-chose pour relever les prix de référence du pétrole brut ou atténuer les écarts de pétrole brut en Amérique du Nord", constatent les analystes de Bank of America dans une note.

Michael McCarthy, responsable stratégie pour CMC Markets, note que la chute du WTI "traduit un excès" de stocks de brut au sein du terminal de Cushing (Oklahoma). L'indice de référence américain est maintenant "découplé" de celui du Brent, référence du pétrole européen, et "l'écart entre les deux a atteint son plus haut niveau en une décennie", a-t-il souligné dans une note. Les stocks de brut à Cushing, en Oklahoma, le principal centre de stockage américain , ont bondi de 48% pour atteindre près de 55 millions de barils depuis fin février, selon les données de l'Energy Information Administration. Le hub avait une capacité de stockage de travail de 76 millions au 30 septembre, selon l'EIA.

Un marché américain engorgé

"Les États-Unis, en tant que marché enclavé, ont les plus importants problèmes de stockage", a renchéri Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group. "La demande est tellement inférieure à l'offre que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70% à 80% de leurs capacités", a-t-il ajouté.

"L'indice de référence américain est maintenant 'découplé' de celui du Brent, référence du pétrole européen, et l'écart entre les deux a atteint son plus haut niveau en une décennie."
Michael McCarthy
Responsable stratégie pour CMC Markets

"Un glissement du jour au lendemain de la demande des raffineries a laissé le pétrole brut dans le pays. Le marché utilise deux leviers clés pour progresser vers un semblant d'équilibre. Premièrement, les contrats à terme WTI sont passés de la rétrogradation à un contango raide pour encourager le stockage à grande échelle. Deuxièmement, les différentiels de pétrole brut en Amérique du Nord ont explosé, faisant baisser les prix dans le bassin pour étouffer une partie de la production", ont relevé les analystes de Bank of America.

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L'agence américaine de l'information sur l'énergie a indiqué la semaine dernière que les stocks de brut de la plus grande économie mondiale avaient augmenté de 19,25 millions de barils la semaine précédente, ajoutant aux malheurs d'un marché mondial surapprovisionné.  

La chute des prix pétroliers sous 20 dollars a forcé les producteurs américains à suspendre leur production. Des groupes comme Conoco, Continental, Concho et Parsley ont annoncé la suspension de leurs puits les moins rentables. Et du côté des exploitants de pétrole de schiste, "Diamonback, Marathon Oil et Nobel ont annoncé un "frac holiday" au deuxième trimestre", notent les analystes de Bank of America. Cela devrait provoquer selon eux une baisse de la production de 1,5 million de barils par jour d'ici juin. Visiblement pas suffisant pour compenser la faiblesse de la demande de pétrole.

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