Powell :"Le bilan de la Fed ne menace pas l'inflation"

Jerome Powell, le président de la Fed, a répété devant le Congrès que l'institution prend toutes les mesures pour soutenir l'économie américaine. ©REUTERS

La Fed a élargi, ce mardi, ses rachats d'actifs aux obligations d'entreprises sur le marché secondaire. Jerome Powell a souligné que l'augmentation du bilan de la Fed ne menace pas la stabilité financière.

La Réserve fédérale a annoncé lundi le début des achats d'obligations de sociétés individuelles dans le cadre de sa facilité de crédit aux entreprises sur le marché secondaire, un programme de prêt d'urgence qui n'a jusqu'à présent acheté que des fonds négociés en bourse. L'annonce a fait monter les marchés d'actions en Europe ce mardi. 

Lors de son intervention devant la commission bancaire du Sénat américain, Jerome Powell, le président de de la Fed, a souligné que "cette facilité n'augmente pas le volume d'obligations achetées, mais permet à la Fed de s'éloigner des ETF , une petite partie du marché, vers les obligations d'entreprises".

Des marchés surévalués

Selon la dernière enquête de Bank of America auprès des gérants de fonds, 78% des investisseurs interrogés, le plus grand nombre depuis 1998, pensent que le marché boursier est surévalué.  53% s’attendent à un rallye baissier. Alors que les mesures de confinement ont été levées dans certaines grandes économies, les investisseurs ont augmenté leurs paris sur la croissance mondiale, mais ont déclaré qu'ils ne s'attendaient pas à ce que le secteur manufacturier mondial affiche une expansion avant octobre.

L'enquête "montre que les prévisions de croissance bondissent, les niveaux de liquidités s'effondrent, l'appétit pour le risque augmente", ont déclaré des stratégistes dirigés par Michael Hartnett dans une note publiée mardi. "Wall Street a passé le "pic du pessimisme"; mais l'optimisme de juin est fragile, névrotique, loin d'être dangereusement haussier."

Le sondage intervient à un moment d'incertitude élevée pour de nombreux acteurs du marché après que l'indice S&P 500 ait plongé la semaine dernière à cause des inquiétudes concernant la deuxième vague d'infections Covid-19 et des craintes qu'une reprise économique ne soit pas aussi rapide que prévu.

 

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du PIB américain
Suite à ses récents rachats d'actifs, le bilan de la Fed atteint environ un tiers de la taille du PIB américain.

La banque centrale américaine a également expliqué, pour la première fois, comment elle envisage de mettre en œuvre sa stratégie d'achat, affirmant qu'elle suivrait un indice de marché diversifié d'obligations de sociétés américaines créé expressément pour la facilité. La Fed a construit l'indice en interne.

"Cet indice est composé de toutes les obligations sur le marché secondaire qui ont été émises par des sociétés américaines qui satisfont à la notation minimale, à l'échéance maximale et à d'autres critères de la facilité", a déclaré la Fed dans un communiqué. "Cette approche d'indexation complétera les achats actuels de fonds négociés en bourse de la facilité."

La création de l'indice a supprimé un obstacle potentiel pour les entreprises qui auraient dû certifier qu'elles respectent les restrictions énoncées pour le programme.

Un soutien supplémentaire à l'économie

"C'est un point positif important", a déclaré Dominique Toublan, responsable de la stratégie de crédit américaine chez BNP Paribas SA. "La principale raison est que la Fed a supprimé l'obligation pour les émetteurs de certifier leur éligibilité. De nombreux investisseurs craignaient que cela ne nuise à la capacité de la Fed d'acheter des obligations."

La facilité de crédit aux entreprises est l'un des neuf programmes de prêts d'urgence annoncés par la Fed depuis la mi-mars et visant à limiter les dommages causés par la pandémie de coronavirus à l'économie américaine. D'une capacité de 250 milliards de dollars, ce programme a jusqu'à présent investi environ 5,5 milliards de dollars dans des ETF qui achètent des obligations de sociétés.

"Cela devient difficile de suivre le nombre de programmes de rachats que la Fed a déployés jusqu'à présent, que ce soit sur le marché primaire ou secondaire."
Frank Vranken
Puilaetco

Un bilan qui gonfle à vue d'oeil

"Avec une duration jusqu'à 5 ans et une notation minimum de BBB-, les obligations d'entreprises peuvent être rachetées par la Fed", précise Frank Vranken, responsable de la stratégie d'investissement chez Puilaetco.

"La banque centrale américaine a annoncé une nouvelle salve d'assistance au crédit, et franchement, cela devient difficile de suivre le nombre de programmes de rachats que la Fed a déployés jusqu'à présent, que ce soit sur le marché primaire ou secondaire. Toutefois, la Fed augmente davantage son bilan, qui atteint environ un tiers de la taille du PIB américain et certains estiment que cette proportion va augmenter à un demi. La vague de liquidités lâchées sur les marchés est sans précédent", ajoute-t-il. Mais Jerome Powell a souligné que la taille actuelle du bilan de la Fed "ne menace pas l'inflation ni la stabilité financière".

Et l'expert de noter encore que "les entreprises n'ont aucun mal à émettre des obligations" et que "durant les cinq premiers mois de l'année, les sociétés américaines ont émis autant d'obligations que sur l'ensemble de l'année 2019".

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