Premier procès après le scandale du Libor

Tom Hayes, un ancien trader d’UBS et de Citigroup ©EPA

Tom Hayes est le premier trader à comparaître devant les tribunaux dans l’affaire du Libor. Il est accusé d’avoir manipulé ce taux, pierre angulaire du crédit, durant la crise financière.

Le scandale du Libor, ce taux de référence du crédit, a désormais un visage. Ce mardi, Tom Hayes, un ancien trader d’UBS et de Citigroup, a comparu devant la justice londonienne. Il est accusé d’être le cerveau, ou l’épicentre de la manipulation de ce taux d’intérêt, entre 2006 et 2010. Mais le trader a toujours plaidé non coupable. Son procès durera trois mois. Le verdict sera rendu en août. Hayes risque une peine maximale de dix ans de prison.

Le procureur de l’Office britannique des fraudes à la cour de justice de Southwark a décrit l’accusé comme un être "manipulateur, malhonnête, qui a trompé de manière répétée les clients pour lesquels il devait exécuter des transactions".

Le procès met sur la sellette les pratiques de certaines banques

Hayes avait tenté de réduire sa peine en 2013, en fournissant à la justice britannique 82 heures d’interviews avec l’Office des fraudes. Il comptait plaider coupable et témoigner contre ses anciens collègues dans l’espoir d’éviter une extradition aux Etats-Unis, où il devrait être jugé pour les mêmes faits.

Durant ces 82 heures d’enregistrements, l’accusé reconnaît avoir agi malhonnêtement, avec la complicité d’une vingtaine de traders et de courtiers. Mais en 2013, il a décidé d’arrêter de collaborer avec l’Office des fraudes et s’est constitué une défense contre les accusations de la justice britannique.

Derrière le trader, les banques

Le procès pourrait mettre sur la sellette les pratiques de certaines grandes banques internationales et soulever des interrogations sur une possible complaisance des autorités de régulation et des banques centrales. La question de savoir si les véritables responsables des manipulations présumées ont été mis en cause pourrait bien aussi être posée à cette occasion.

Les taux Libor sont des moyennes des taux pratiqués par différentes banques pour des échéances données, calculées sur la base des déclarations sur l’honneur faites par un panel de grandes banques.

Qu’est-ce que le Libor?

Le Libor (pour London interbank offered rate, en français: taux interbancaire offert à Londres) est un taux interbancaire fixé à Londres.

Il représente la moyenne des taux déclarés chaque jour par les banques, qui doivent estimer le taux auquel elles doivent emprunter auprès d’autres banques. Seize institutions se prêtent à cette fixation de taux.

Celui-ci sert deréférence pour de nombreux produits financiers, du compte épargne le plus classique au produit dérivé complexe, en passant par les emprunts immobiliers, les crédits à la consommation, les prêts aux entreprises et aux autorités publiques. Il concerne des centaines de milliers de milliards de dollars de transactions par an à travers le monde. Ce taux est décliné en plusieurs monnaies.

La supervision de ce système déclaratif, assuré jusqu’à sa réforme par la British Bankers Association, la fédération professionnelle des banques britanniques, était peu transparente et considérée comme peu contraignante. Le nom des membres du comité en charge de la fixation des taux n’était pas rendu public, pas plus que les comptes rendus de leurs réunions.

Les traders en charge de fixer les taux étaient alors libres de s’arranger pour influencer le niveau du Libor à leur avantage. Le scandale avait éclaté en 2012, lorsque la banque britannique Barclays avait révélé devoir payer une amende de 290 millions de livres sterling pour s’affranchir de poursuites pénales. UBS fut la deuxième banque à débourser une telle amende en décembre de cette année, mais cette fois, de 1,5 milliard de dollars aux autorités britanniques et américaines. D’autres institutions, comme Royal Bank of Scotland, Rabobank et Deutsche Bank, ont également réglé de telles pénalités. Deutsche Bank s’est acquittée à la fin du mois d’avril d’une amende globale de 2,51 milliards de dollars.

L’autre scandale

A la suite du scandale du Libor, le Royaume-Uni a renforcé sa législation pour tenter de redorer le blason de la City, permettant d’envoyer en prison les banquiers coupables de manipulations. Le changement va connaître son premier test majeur avec le procès de Tom Hayes qui s’est ouvert mardi.

Depuis, les accusations de mauvaise conduite se sont étendues à d’autres plateformes, notamment au très important marché des changes, et les banques sont sous une pression accrue des régulateurs.

Six grandes banques internationales ont écopé la semaine dernière d’amendes portant sur près de six milliards de dollars pour avoir notamment manipulé des taux de changes entre 2007 et 2013. Ceci a porté à plus de 9 milliards de dollars la facture totale acquittée jusqu’ici par les grands établissements dans ce nouveau scandale.

Sheila Bair, présidente du Systemic Risk Council, avait souligné en novembre, lors de son passage à Bruxelles, le problème de la culture des traders dans les salles de marché. Elle avait souhaité que des personnes soient condamnées, car jusqu’à présent, personne ne l’a été aux Etats-Unis.

Le procès de Tom Hayes, premier d’une longue série, pourrait changer tout ça.

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